S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

Salut
(oulah, pas beaucoup mieux, on dirait que c'est ton vieux pote de soirée oberbayern "oui c'était sympa on a fini dans un coin à vomir la bière et le früstück")
Hello !
(voilà, c'est jeune, c'est frais, c'est sympa, ça envoie du bois. Es tu la seule personne au monde qui met un quart d'heure pour trouver la bonne façon d'entamer un mail, ou bien?)
Hello,
Je pourrai commencer par les formules de politesse habituelles, mais ce serait tellement prévisible. Donc,
(pourquoi tu écris donc, c'est quoi ça, d'où çà sort? Oublions ce donc)
Hello,
Je pourrai commencer par les formules de politesse habituelles, mais ce serait tellement prévisible. Te dire que j'espère que tu vas bien. Que je suis ravie d'avoir eu ce mail de toi. Que depuis mon sourire a tendance à jouer les spotlights un soir de première. Mais je ne vais pas le faire, parce que c'est complètement attendu. Tu ne veux pas plutôt qu'on discute de l'importance de bien doser les cristaux de soude quand on débouche un évier? Parce que c'est le genre de trucs essentiels qu'on oublie trop souvent. Et puis quand t'en mets trop ça bouffe les canalisations, et dieu sait que j'aime que mes canalisations soient propres, mais pas ravagées non plus
( a y est, les canalisations, non mais t'as bu ou quoi? Ca part en sucette, bon, efface et recommence, c'est n'importe quoi, tentons plus factuel)
J'ai bien reçu ton mail, lu etc. C'était fort agréable. A lire, et relire.
Merci.
J'espère que tu vas bien.
Sof.
(là, c'est trop, beaucoup trop factuel. Au moins tu dis pas de conneries, mais c'est limite foutage de gueule quand même. Ca va pas, mais alors pas du tout).
Hello,
Tu vas ?
J'ai aimé ton mail, je l'ai lu avec un sourire progressif. Tu sais le genre qui pousse comme ça, spontanément, sans qu'on s'y attende. C'est toujours agréable de lire quelqu'un, d'imaginer quelles hésitations il a pu mettre derrière un mot, une ligne, une phrase, ou au contraire de penser que c'est venu tout seul. Un peu comme une dhiarrée verbale. Moi aussi, je ne sais absolument pas pourquoi (enfin, j'ai bien une petite idée, mais je la garde pour moi, pour l'instant), je te trouve "spécial". Pas spécial au sens bizarre, hein. Spécial au sens, "hum, ah oui, bien sûr, ...".
Tu veux savoir des choses sur moi. Que te dire? Je m'appelle Sophie (c'est original, n'est ce pas?). J'ai l'âge plus que raisonnable pour boire des mojitos. Je bosse dans une grosse boite, qui use tous les clichés, sinon c'est pas drôle. Je n'ai pas de descendance connue. Pas de casier judiciaire. Pas de pied bot.
Et toi? Un passé d'agent secret? Des passions coupables et dangereuses? Une usine à Met' planquée dans ta cave?
On ne sait jamais avec le net, n'est ce pas?
J'imagine que comme on passe un cap de communication, en transitant par les mails, faudrait que je fasse une sorte d'effort de communication non verbale...
Je te serre la main ou je te fais un bisou?
Sof'
Voilà. Il est bien celui là. Mis à part peut être le passage "dhiarrée verbale". Tant pis, j'envoie, parce que sinon, je vais encore y passer des plombes. Et je l'enverrai jamais, et il a l'air cool
(dans ton langage Sof' ça veut dire "il est pas improbable que je commence à fantasmer dessus d'ici peu").
Maintenant, il faut attendre. C'est super énervant d'attendre. J'aime pas ça. F5. Bon d'accord, il n'y a rien. En meme temps, heureusement, ce n'est pas un éjaculateur rapide. De mails (les vannes pourries, tu te rends comptes que tu te les fais à toi même maintenant? Tu vas finir dans une grotte, seule, pas épilée, à bouffer des glands). F5. Rien. Si j'éteignais l'ordinateur? Parce que là, je me connais, je vais être incapable de me concentrer un moment. Jusqu'à ce qu'il réponde. Et s'il répondait pas?
Ok. j'éteins. Au pire, j'ai toujours mon smartphone pour jeter un oeil furtif (coupe le aussi.C'est malin, coupe, coupe tout). J'éteins tout.
Je vais frotter. La baignoire c'est fait. D'ailleurs toute ma salle de bain resplendit. On dirait une salle de bain de pub à la con. Manque plus que le mari ravi dedans qui se brosse les dents et les enfants bien coiffés qui foutent pas d'eau partout et c'est complet. Quel stéréotype. Le stéréo-type... Un gars avec un walkman? (t'écoutes trop de Benabar, c'est affligeant. Complète avec Delerm et Cali, et on a typiquement la playlist de la bobo trentenaire ridicule...).
Je vais ranger ma bibliothèque. Enfin, bon. Que ce soit regardable, parce que là, c'est franchement n'importe quoi. Etrange chez moi, plus j'aime les choses, plus elles deviennent bordéliques. Les étagères Ikéstufaisla sont remplies à presque ployer. Aucun ordre, ni alphabétique, ni même pseudo logique. Simplement j'aime, j'amasse. Les livres, les cd's, c'est pareil. Tout juste si j'ai un semblant d'organisation...
Par exemple, en haut à droite, c'est "les livres qui me font pleurer", plus à gauche "les livres à relire", un peu plus bas on trouve "livres de pluie", "livres d'après midi". Ca parait compliqué, mais c'est mes mini mondes. Evidemment trouver un Flaubert jouxtant un Philip Roth, à priori ça n'a rien de logique. Pour moi si. Le monde selon Sof'. Les cd's, c'est exactement la même chose. "Musique des matins doux", "musique de bain", "musique de sexe". Une dernière catégorie où je ne pioche plus trop ces derniers temps. Espérons que ça s'arrange. Mais... Aaaah...
Gagné. L'armoire vient de s'écrouler lamentablement. Les livres, chûs comme des tas de petites baleines échouées, en pagaille sur le parquet, et moi consternée (reprends toi idiote, de toutes façons ça te pendait au nez. A force). Hem. Je commence un truc, pleine d'énergie, ça finit toujours par déborder. Ramasser, plus ou moins, remettre l'armoire d'aplomb. Ca ira. Ca va me donner l'occasion de ranger correctement. Mais pas de suite.
De suite, je prends un bain. Avec mon mp3. Ecouteurs vissés aux oreilles, se laisser glisser dans l'eau chaude. C'est ça que je vais faire. Tourner le robinet, l'eau coule. J'en profite pour rallumer le telephone. C'est juste pour voir si personne n'a appelé, on ne sait jamais un truc important... La salle de bain commence à se remplir de buée, c'est bon signe. Pas d'appel. Ok. Mais bon, tant que j'y suis, ce serait bête de pas regarder les mails, hein? Je jette juste un petit coup d'oeil. Non. Rien. Enfin, si, une notification de DM de Jean_Bon sur Twitter (faudrait que tu penses à les désactiver ces foutues notifs non?). Je l'avais pas bloqué celui là? (penser à bloquer le cochonnet). Sur ces entre-fêtes (mouah ah), le bain est prêt. Déshabillage éclair, et hop. J'adore. L'eau est juste assez chaude. Je me laisse glisser, mes cheveux ondulent dans l'eau, mes épaules se détendent, sourire....
Mais... Merde ! Se rappeler de ne pas immerger sa tête et principalement ses oreilles quand on a les écouteurs dedans... Je me redresse en catastrophe. Les ôte. Attrape un essuie en me cognant la porte de l'armoire. Comme toujours. Frotte. Si je souffle dedans pour les sécher? Distraction. Le drame de ma vie. Et des dix sept paires d'écouteurs depuis mon histoire d'amour avec le mp3. Bon. Faudra aller en rechercher une paire, je le crains. En attendant, bain. Se détendre. Il était drôle mon mail... Pas trop... Non, c'était bien. Je crois. J'en sais rien. Pourvu que...
Est ce qu'il va aimer? Est ce qu'il va répondre?

By Sand
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Belle lecture, merci, que ce moment v...
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