
17. C'est le nombre de classes auxquelles j'enseigne. Oui, vous pouvez faire montre de compassion à mon égard, de sollicitude (où m'envoyer vos messages de soutien via Voldemag) car c'est énorme. Enorme. Puisque mes élèves sont des apprentis, ils viennent à l'école une semaine sur deux. Lorsque certains sont en entreprise, d'autres sont au CFA et inversement et réciproquement et vice et versa...
La première année a été une galère sans nom pour me souvenir de ce que j'avais fait aux cours précédents, où je m'en étais arrêtée, ce que je pouvais éventuellement demander à mes élèves. Il y a eu quelques jolis ratés («Madame on peut pas répondre aux questions, vous ne nous avez pas encore montré le film !», « mais si on l'a faite l'interro Madame, vous avez perdu nos copies ? »). Aussi, il a fallu que je me creuse sérieusement les méninges pour trouver une organisation qui tienne la route. Et ça tient la route.
17 classes, à raison de 25 apprentis en moyenne, cela veut dire 425 élèves à connaître. Là aussi, j'ai commis de belles boulettes : «Madame Dupond, je vous ai convoqué car votre fille a été surprise en train de fumer du cannabis dans les toilettes. Elle va donc être renvoyée. Ah vous n'êtes pas la maman de Stéphanie Dupond ? », « Comment ça vous n'avez pas votre dossier pour l'examen mais enfin c'est inadmissible Cindy... bah non Madame c'est vous qui l'avez». Pour remédier à ce genre d'erreur, chaque année, je photographie les nouveaux apprentis, pour le plus grand bonheur de ces ados qui détestent les photos. La devise de notre CFA : jamais sans mon trombinoscope !!
Et puis 425 apprentis, cela veut dire 425 devoirs à corriger et au début, (qu'on est con quand on est jeune !) je m'évertuais à avoir 3 notes par apprenti et par semestre soit...1275 copies. Sachant qu'en moyenne, je mettais (et je mets encore) 5 à 10 minutes pour corriger un devoir, je passais mon temps un stylo rouge à la main. J'ai fait des overdoses de correction allant jusqu'à vomir des notes. En arriver là est du grand n'importe quoi. «J'ai mis la même chose que Cindy sur ma copie et elle a 15 et moi 11, pourquoi ? ». Parce que j'ai corrigé vite fait, Stéphanie et que j'ai sous estimé ton travail en fonction de ton niveau faible alors que Cindy est une bonne élève ! Quand on se rend compte de cette réalité, on se prend une grande claque.
Alors j'ai changé ma façon de travailler. Pour avoir beaucoup, beaucoup moins de travail (parce que c'est pas humain quand même !) et pour que ces notes (ces fameuses notes dont on reparlera dans un autre billet tant il y a à dire !) soient réellement utiles à mes élèves.
Tout d'abord, je favorise le travail en groupe. Je leur demande par exemple de réaliser à partir de documents, un travail sur paper board en fonction de critères d'évaluation précis. Chaque réalisation est ensuite présentée au reste de la classe, argumentée à l'oral par le groupe puis notée, collectivement en fonction de ces critères. Les travaux les plus accomplis sont affichés dans toute l'école. Construisant quelque chose par eux-mêmes, ils retiennent bien mieux les notions et ils s'impliquent davantage dans leur travail. Et pendant qu'ils travaillent en autonomie, je corrige d'autres devoirs.
Je peux aussi leur demander d'effectuer des recherches à plusieurs, sur un corpus de documents préalablement constitué ou sur internet. Une feuille par groupe m'est rendue : j'ai donc 8 copies maximum à corriger. Et pendant qu'ils travaillent en autonomie, je corrige d'autres devoirs.
Je prépare aussi des évaluations avec des mots clés à noter. Je leur distribue avec un numéro pré-inscrit et à la fin du temps imparti, chacun corrige la copie d'un autre élève sans savoir à qui elle appartient. C'est tout bénéfice : ils adorent avoir leur note immédiatement, ont le rôle du professeur (ils sont d'ailleurs bien plus sévère que moi !), et je n'ai aucune correction à faire pour cette classe.... parce que pendant qu'ils font leur évaluation, je corrige d'autres devoirs.
Enfin tout ça c'est bien beau mais dans 10 jours commencent les conseils de classes (donc 17 pour moi). Il me reste 7 paquets de 25 copies à corriger (175 copies, 15 heures de boulot), toutes mes notes à entrer sur une base de données via Internet (c'est beau la modernité, elle vous permet de travailler plus, chez vous !) et 425 appréciations à apporter (Merci le dieu Trombinoscope).
Ca me donne le tournis tous ces chiffres. Et après on dit que les profs sont des fainéants !!! Mais comment je vais faire ?

By Rolanda Bibine
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Ce qui est génial avec ton écriture...
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