
Mes élèves ont choisi le chemin particulier de l'enseignement professionnel et celui encore plus particulier de l'apprentissage. Ils sont donc une partie de leur temps en entreprise et l'autre partie à l'école dans un Centre de Formation pour Apprentis.
A la fin de la 3ième pour la plupart, ils ont choisi un métier. Parfois au petit bonheur la chance, parfois par passion et c'est ainsi qu'à 16 ans ils entrent, par la petite porte, dans le monde du travail. Ils deviennent salariés à part entière d'une entreprise et ont par conséquent les mêmes droits et les mêmes obligations que les autres salariés.
L'apprentissage, sur le papier, est un enseignement formidable pour des jeunes qui ne veulent pas, qui ne peuvent pas, faire de longues études ou qui ont déjà choisi le métier de leur rêve ! Mais concrètement la réalité est parfois bien différente de tous les beaux discours qui en vantent les mérites.
Je mets des gants, voyez vous, pour en parler. Je dis « parfois », « certains » blablabla... je mesure mes propos, je tempère ma colère pour ne pas dire à quel point « certains » employeurs sont de vrais pourris (ah bah si, je l'ai dit finalement !).
Je m'explique et ça va être long parce que la liste de leurs méfaits n'est pas exhaustive.
Sur une classe de 30 élèves en CAP coiffure (Il faut dire apprentis voyons !) près de la moitié font des heures supplémentaires. Quelquefois une, deux et parfois 10, 15 par semaine. La durée légale du travail étant toujours de 35 heures, on se retrouve avec des gamins qui travaillent 45, voir 50 heures par semaine. Sans être payés en plus parce que l'entreprise qui fait bosser un mineur plus que la légalité, alors que c'est interdit par le code du travail, ne le paye pas non plus. Soyons pourris jusqu'au bout.
Oui, soyons pourris et faisons lui signer, chaque mois, un petit papier sur lequel il certifie qu'il a bien effectué 35 heures. Il n'y est pas obligé d'ailleurs mais on lui sortira alors ma réplique préférée des patrons : « Si tu voulais travailler 35 heures, fallait choisir un autre métier, fonctionnaire par exemple ».
Allons plus loin, faisons le travailler 10 heures par jour avec une pause de 10 minutes pour manger son pauvre sandwich de midi (à 15 heures), mais sans quitter le salon, au cas où il faudrait faire un shampoing.
Faisons le bosser aussi les jours fériés malgré l'interdiction et s'il se plaint, opposons lui l'argument fatal : « Si t'es pas content, tu peux toujours trouver une autre entreprise » et puis parlons lui comme à un chien pour qu'il soit bien dégoûté de la coiffure et qu'il démissionne. « Ah ces jeunes, vraiment tous des fainéants ! ».
Ecoeurés, certains (beaucoup) apprentis le sont. Parce que non seulement, les entreprises (certaines, pardon) ne respectent pas le code du travail spécifique à ces derniers mais aussi parce que leur maître d'apprentissage ne se soucie pas de leur formation.
Certains jeunes passeront leur CAP au bout de 2 ans en n'ayant appris au salon qu'à faire les shampoings (massant c'est vrai, mais ça fait pas une bonne coiffeuse), le ménage et à apporter des cafés. Pourtant là aussi l'employeur a une obligation de formation.
Non, en réalité, certains ne prennent des apprentis en coiffure que pour avoir des petites mains. C'est tout bénéfice puisqu'ils ne les payent ces (petits) salariés qu'un (petit) pourcentage du SMIC, qu'ils reçoivent une prime de 1500 euros par an (par apprenti présent un mois au moins dans l'entreprise !), qu'ils sont exonérés des charges patronales. Ils se moquent bien de leur apprendre un métier tout comme ils se fichent de savoir ce qu'ils apprennent en formation. Certains bien sûr, parce que précisons le, sur 120 invitations lancées pour une réunion d'information sur le rôle du maître d'apprentissage, 2 ont quand même répondu présents !
Résultats nos classes se vident et ces jeunes sont complètement démotivés. Notre rôle de formateur référent est d'appeler les employeurs pour leur rappeler leurs engagements. Mais doucement parce qu'à la moindre contrariété, certains (encore et toujours) préviennent illico le directeur du CFA pour se plaindre que nous les avons harcelés. Et un apprenti en moins à l'école, c'est de l'argent en moins ! Comment aider nos jeunes alors ?
« L'apprentissage est une aventure humaine qui est le fruit d'une rencontre, d'une complicité entre un apprenti et un maître d'apprentissage. »
A d'autres.

By Rolanda Bibine
Ah mon grand A. - Merci pour tout ce ...
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