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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Epis 4 : L'encravaté

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Ils m'attendent, je suis prête.

Je me présente puis je fais l'appel en prenant soin de croiser le regard de chacun. Marqueur à la main, sourire aux lèvres, je lance la première consigne, confiante, lorsque j'entends une voix traînante maugréer : « C'est bon, on l'a déjà fait ça ! ». Je passe sur le « c'est bon » qui a le don de me mettre hors de moi pour me concentrer sur la seconde partie de sa phrase.

Moi : « pardon ? »
Eux : « oui, on l'a fait la semaine dernière avec le prof de français »

Oh putain le connard ! Le prof engagé pour me remplacer durant mon congé parental partiel et qui assure une partie des cours de français pendant que je donne ceux d'histoire, m'a pompé ce premier cours que je dispense quelque soit la matière puisqu'il me sert de base pour fixer les règles.

Je récapitule. Ce que j'avais préparé a déjà été fait dans une autre matière et bien sur, je n'ai rien d'autre sous la main. Réfléchir, vite et trouver autre chose. Je mets donc en place les règles à partir de ce qu'ils en ont conclu avec l'autre prof mais bon, je le vois, ça sent le réchauffé... c'est nul et ils décrochent, je le sens immédiatement. Je me raccroche aux branches, je rame, mais c'est déjà trop tard. J'ai beau essayé d'afficher un air joyeux et détendu, je n'y suis pas : je suis trop en colère. Ils sont loin, commencent à se disperser et se désintéressent du cours. J'en déplace deux qui bavardent en me tournant le dos. Puis j'en affiche un autre en l'excluant du groupe, ce que je n'ai jamais fait avant de bien les connaître !! C'est n'importe quoi. C'est mon premier cours avec eux et je fais n'importe quoi.

Ces deux heures cauchemardesques se terminent enfin. Je vais pouvoir laisser libre cours à ma colère.

D'abord, je n'accepte pas que l'on se serve de mes cours sans m'en parler. C'est quand même la moindre des choses bordel !! Non seulement par politesse mais également parce que je me suis retrouvée dans une situation plus qu'inconfortable : j'ai du improviser pendant deux heures sans aucun support.

Ensuite, je n'accepte pas non plus que l'on pioche dans mes cours à sens unique. Je ne suis pas une banque de données froide et inhumaine. Je mets parfois une dizaine d'heures à préparer une séance de deux heures car c'est le fruit d'une vraie réflexion sur le sens, la forme, le contenu. Elle tient compte de ce qui a été appris avant (les pré-recquis), de ce qui va suivre mais également de mes échecs, de mes réussites. J'ai toujours rêvé de rencontrer un autre prof de français et d'histoire avec lequel nous échangerions nos idées et nos cours. En vain. J'ai souvent donné mais très peu reçu en échange. Et bien j'en ai marre de ces prof-iteurs à deux balles. Oui c'est difficile de monter un cours, cela demande du boulot mais ça fait partie du travail de l'enseignant. En construisant ses propres séquences, on y met de soi et l'on se sent donc dépossedé dans une situation pareille.

Enfin, et surtout, ce trou du cul encravaté, m'a privé du plaisir de ce premier cours avec mes nouveaux élèves. J'ai mis du temps à l'imaginer cette séance, me servant de mes dix ans d'expérience, d'ouvrages sur des méthodes pédagogiques dites actives et de la psychologie des adolescents. Bien menée, cette séance permet à certains de se livrer sur les représentations négatives qu'ils ont de l'école, des profs et des autres élèves. Au bout de deux heures, nous ressortons confiants sur l'année à venir. Normalement.

Avec cette classe, je vais devoir, demain, rattraper les choses. Et cela m'angoisse. Quelle que soit la raison, j'ai été franchement mauvaise. J'ai donné l'image d'une prof désorganisée et qui perd son calme.

Bon, je mettrai ma robe bleue, elle me porte toujours chance.

 

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By Rolanda Bibine

Commentaires
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Alecto 28-09-2009 07:19:17

Ah quel con!
La moindre des choses aurait été de te prévenir c'est clair, parce qu'avec les élèves, pas le droit à l'erreur.
Courage Mme Bibine!
Chope le dans un coin!
Belam 28-09-2009 08:34:50

Tu ne pourras pas revenir sur cette entrée en matière avec ces élèves.
Mais lui, tu peux lui dire. Bordel, ça se fait pas!

Ta robe bleue ? Je l'ai jamais vu !
Rolanda Bibine 28-09-2009 10:32:31

J'apprends l'écriture m'dame ... et les métaphores, l'imagination. En plus du bleu avec ma nouvelle blonditude, ce serait une très grave faute de gout
Le cauchemar...
Emmanuel 28-09-2009 10:04:45

de toute prise de parole public... Se retrouver avec une intervention préparée obsolète et devoir improviser.
Je compatis...
Je te confirme que c'est le genre de choses qui justifierait une bonne explication de texte, d'autant plus qu'un cours comme le reste est soumis au droit d'auteur : ce que t'as fait ton collègue est non seulement incorrect mais dans les faits illégal. (Je ne suis pas en train d'écrire qu'il faut que tu colles ton collègue au tribunal, mais de dire qu'il a tout faux).
Zan 29-09-2009 23:39:24

chope le par le col ce putain d'encravaté et accroche le à un porte manteau (s'il y en a encore) dans le couloir.
testé et approuvé.
le mec n'a plus bronché de l'année.
huhuhu
Zanflygal
Rolanda Bibine 30-09-2009 10:00:29

Tu as des méthodes plutôt radicales
Mon encravaté vient le jour où je ne suis pas là donc il est difficile de lui parler en face. Je vais plutôt lui expliquer dans quelle situation il m'a mise et que de plus, un cours, cela s'approprie si l'on veut que le message passe auprès de ces jeunes.

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Rolanda Bibine est membre de Voldemag depuis le Mercredi, 25 Février 2009.

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