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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Epis 6 Comme un rat mort

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Parmi les causes avancées de l'absentéisme, l'ennui des élèves. Même Luc Ferry avoue qu'à l'école il s'est ennuyé «comme un rat mort ».  Les profs sont de mauvais pédagogues, ils manquent de dynamisme, de passion, leurs exercices sont ennuyeux et blablabla et blablabla.

Ah ! Si c'était si simple. Alors Monsieur Ferry, pourquoi ne pas revoir entièrement le système de recrutement de ces mêmes enseignants ? Le CAPES et autres concours de l'enseignement ne sont basés que sur les connaissances et absolument pas sur la capacité à transmettre les savoirs. Aucun cours sur la psychologie des adolescents ou des enfants, aucun cours sur les différentes méthodes pédagogiques, les différents supports... avant d'avoir réussi le dit concours (et encore !!). Je peux être une tête, une bête à concours mais ne pas savoir m'adresser à un public, ne pas être passionné, ne pas savoir transmettre. Je n'ai jamais eu ce putain de concours et pourtant je suis une bonne pédagogue (c'est mon billet, j'ai le droit de m'envoyer des fleurs !).

Alors c'est vrai, je le vois autour de moi, tout le monde n'a pas la même passion du métier. Certains de mes collègues ont malheureusement tendance à reproduire ce qu'eux même ont vécu durant leur scolarité : ils font des cours magistraux ponctués d'exercices d'application ce qui ne donne pas vraiment de sens à la matière. Oui mais voilà, moi avec ma pédagogie inductive partant surtout du vécu des élèves, les faisant travailler en groupe sur paper board, sur transparents, utilisant des supports modernes, des techniques variées et y mettant un dynamisme qui parfois m'épuise, je constate que je n'ai pas moins d'absentéisme dans mes cours que ceux qui critiquent mes méthodes et considèrent ma salle de classe comme un « salon de thé », en référence à la disposition des tables qui facilite le travail de groupe (Je l'ai mauvaise quand j'entends ça !).

C'est vrai, les enseignants ont besoin d'être mieux formés à la pédagogie (ce qui n'en fera pas pour autant des profs passionnés) mais on doit aller chercher aussi autre part la raison de cet absentéisme qui est un vrai danger pour l'élève : les orientations faites à la va-vite sans se préoccuper de ce qu'aime ou pas l'adolescent et de ses capacités, la responsabilité des parents qui ne s'intéressent pas/peu à la scolarité de leurs enfants ou qui sont dépassés (« Madame, il faut que vous disiez à ma fille de ne plus sortir tard le soir si elle veut venir à vos cours le matin »). Et puis il y a aussi toute cette opprobre lancée sur l'enseignement professionnel et l'enseignement en général : non, tous les profs ne sont pas des fainéants constamment en grève ou en vacances. Quelle image des enseignants donnent-on aux enfants ?

Enfin, il y a l'élève lui-même. S'il n'a pas le déclic lui permettant de comprendre que l'école est importante, toutes les méthodes, les projets et les brimades n'y changeront rien. Malheureusement.

 

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By Rolanda Bibine

 

 

 

Commentaires
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Sonia 12-10-2009 09:28:14

Je pense que l'on oublie aussi un facteur important : la surcharge du programme.
J'ai fait mes études primaires en Espagne, le matin, cours l'après-midi soutien scolaire dans les matières où il y avait des signes de faiblesses puis sport. Aucun élève n'est laissé de côté puisque le soutien est obligatoire dés que l'élève montre des faiblesses. En arrivant en France, le choc !
C'était trop lourd, trop de choses à apprendre et surtout, aucune prise en charge de l'élève en cas de difficulté (enfin, à mon époque...). Beaucoup décrochent...
Je crois que au-delà de la motivation même de l'élève, c'est tout notre système qui est à revoir, non ?!? Peut-être que le salut de l'école passe avant tout par une réforme de fond.
Rolanda Bibine 12-10-2009 10:40:53

Oui depuis le temps qu'on en parle ! et pourtant, des réformes, qu'est ce qu'il y en a !Mais certains progammes sont parfaitement adaptés et notamment ceux de CAP.
Et puis comment veux-tu prendre en charge les élèves en difficultés avec 30 gamins par classe!! La aussi il y aurait à faire. On nous demande une pédagogie centrée sur l'élève ce qui est une très bonne chose mais avec des classes moins chargées.
Oula... il y a tant à dire sur l'école
Kowaslki 12-10-2009 13:27:39

Avant, je me disais souvent que si je devais devenir prof, tout serait différent. Les gamins, je les fascinerais. Vu ce que je vivais à l’institut notre Dame de la Providence ce n’était pas dur : Jésuites en robes de bure, apprentissage par cœur et coups de clés sur la tête.

Je m’y suis attelé ensuite, passé les concours, pas obtenu, vacations successives : apprentissage difficile. Tout ce que je peux dire c’est que ce métier là est dur et qu’il faut du temps pour comprendre comment ça fonctionne.

Même si l’on y met tout son cœur et toute sa fougue, il y a la lassitude adolescente, cette putain de maladie qui s’attrape vers 14 ans et qui t’enferme en toi même. Plus envie de parler à ces profs de con, plus envie de participer à rien, plus envie de s’attacher à personne, plus besoin d’être sympa avec quelqu’un, l’impression d’avoir tout vu. Bref, t'es aussi passionnant qu'un mégot de cigarette.

On guérit bien plus tard ! Alors là ça connecte mieux ! On est à la Fac et on se dit que l’on peut leur causer à ces profs, qu’ils n’incarnent ni l’autorité ni la domestication des masses ! Bref que ce sont des hommes et des femmes intéressants ! Mais ça met du temps ! Des fois le prof est choisi comme ennemi, juste par hasard, juste parce qu’il en faut un…

Ton article est très intéressant mon ange.
Rolanda Bibine 12-10-2009 14:46:06

Merci
C'est vrai que c'est difficile parfois de les apprivoiser mais je crois qu'on ne s'en sort pas trop mal
sapiens 12-10-2009 19:52:43

J'ai l'impression que rien ne change trop depuis notre sortie du cursus du côté de l'EdNat. En fait, il y a des améliorations d'un côté et des mauvais points de l'autre, ça dépend d'où le regard s'est porté.
Je ne trouve pas cela anormal de s'ennuyer comme un rat mort.
Comment un ado pourrait accepter de se laisser enfermer ? C'est contre-nature.
Comment un ado pourrait-il trouver toutes les matières intéressantes ?
Trouver tous les profs sympas ?
C'est si souvent une question de goûts, d'approche.
Vous trouvez qu'il en est autrement dans le monde du travail ? (j'ai pas dit que les profs n'étaient pas dans le monde du travail, hé ho)

Mais l'école est un passage obligé, nécessaire surtout, pour plein de raisons qu'il serait difficile de résumer.
Pourquoi tout le monde (politiques principalement) veut que les enfants et ados adorent l'école ?
Pourquoi pas y aller en chantant avec un grand sourire tant qu'on y est.
Pendant que les ministères tirent sur les motivations des profs, ils ne font pas autre chose. C'est toujours bon de savoir se remettre en question mais il n'y a sans doute pas que ça.

A l'école, j'y suis allé à reculons, avec plaisir, avec horreur, avec impatience. Et puis après, je devais y aller. Point.

Est-ce qu'alors ce ne serait pas plutôt l'attitude des parents vis à vis de l'école qu'il faudrait modifier dans notre société actuelle ?
Rolanda Bibine 13-10-2009 12:22:59

Tout à fait, l'image négative des enseignants vient parfois des parents. Ils râlent avant même de savoir ce que leurs enfants ont fait pour mériter une sanction, ou une réprimande.
baci 12-10-2009 20:41:45

moi je me suis énormément ennuyée en classe, alors que j'adorais l'école.
et ce que je ne comprenais pas du tout c'est ourquoi, quand j'avais fini mon travail bien avant les autres, je n'avais pasle droit de sortir un bouquin
du coup j'écrivais des romans épistolaires à mes copines qu'on lisait pendant la récré...
Rolanda Bibine 13-10-2009 12:23:51

Hum hum... tu me donnes des idées Baci
Le conseiller d'orientation
Belam 13-10-2009 11:48:01

voilà un job largement sous estimé occupé la plupart du temps par des gens completement incompétents.

Si on avait les moyens d'installer plusieurs conseillers d'orientation ds chaque établissement des la 4 eme, à mon avis, qui suivrait les éleves, je n'ai pas peur d'affirmer que cela changerait clairement notre société.

Car trouver sa voie, c'est compliqué. Et un quelqu'un qui n'a pas choisi un pis aller mais a pu poser tranquillement une direction ds laquelle il souhaitait vraiment aller, ca nous donne

un employé beaucoup plus épanoui donc un individu qui a de grandes chances d'être efficace et motivé

C'est basique, je ne suis pas sure que ca coute si cher que ca, mais bordel quel impact!
Rolanda Bibine 13-10-2009 12:25:12

Cela fait des années que je le crie : il n'y a pas assez de conseillers d'orientation. Parfois, dans un établissement, il n'y a qu'un demi poste pour plusieurs centaines d'élèves !! hallucinant quand même !
Zan 13-10-2009 15:42:40

les conseillers d'orientation que j'ai rencontré m'ont désorienté.
quand au système scolaire il faudrait admettre qu'il n'est pas nécessairement adapté à tous. et ce n'est pas une histoire de degré d'intelligence (quelle horreur).
mes sœurs auraient pu réussir. à partir du moment où l'on est passionné (quelque soit cette passion) je pense que l'on peut réussir. pourtant elles ont "échoué". guillemets nécessaire quand on remarque/admet que ce qu'on considère comme "réussite" répond à des critères bien étranges.
Musardine 17-10-2009 12:23:32

Dans les années 80, et avec en ligne de mire un de mes profs de fac qui avait été orienté en CAP en fin de 5ème parce déclaré "inapte aux études", j'ai applaudi à tour de bras au "collège unique".
Depuis, je les cotoie au quotidien, tous ces ados à qui on sert la même soupe et je me dis que, sous couvert de démocratisation,on leur a surtout joué un sale tour.
A mon avis, la vraie raison de la fin de ces orientations professionnelles précoces, c'est que ça coûte quand même sacrément moins cher de mettre les enfants assis sur des chaises devant un tableau (fût-il numérique) que dans un atelier.

J'ai aussi un vécu de mère, avec une fille qui était rétive à la moindre addition, jusqu'à ce qu'elle ait à se servir de l'arithmétique comme outil pour réaliser son rêve : apprendre la cuisine. Il m'a fallu en dépenser, de l'énergie et de la force de conviction, pour qu'elle parvienne sans trop de mal au bout de cette fichue année de 3ème à apprendre des trucs qui l'emm...
Plus de conseillers d'orentation ? Pourquoi ? S'ils ne peuvent rien proposer d'autre que de ronger son frein avant de pouvoir faire, enfin, ce que l'on aime, c'est peine perdue : un ado ne peut pas ronger son frein en attendant des jours meilleurs, il vit dans le présent, et son présent est souvent celui d'un profond ennui.

Au lieu de cela - une diversification des parcours - l'EN vient encore de supprimer les BEP, laissant largement au monde de l'entreprise le soin de "former" les jeunes qui voudraient entrer dans le monde du travail avant le bac (oui, oui, c'est très possible dans certains secteurs d'activités). Quand on voit comment la plupart des chefs d'entreprise traitent leurs apprentis, ça fait peur...
musardine
Rolanda Bibine 17-10-2009 22:24:13

Mes élèves sont des apprentis et parfois, leur orientation s'est faite à la va vite. personne n'a pris le temps de se pauser, avec eux, pour envisager toutes les possibilités qui s'offraient à eux. On a aussi le cas de ceux qui pensaient avoir trouvé leur voie mais qui sont tombés sur des maîtres d'apprentissage qui les ont franchement découragés ! heureusement, pour certains, ça marche
Musardine 18-10-2009 20:05:11

Je crois surtout qu'il serait important que tout le monde sache un peu de quoi il parle en matière d'orientation. Quand je vois des collégiens foncer tête baissée vers les métiers de l'électronique, s'imaginant qu'ils vont pouvoir bidouiller des cartes-mères et des micro-processeurs, alors qu'en réalité, ils vont passer l'essentiel de leur temps de cours assis à une table de classe à faire des maths, je leur crie "stop!". Mais c'est uniquement parce que j'ai eu l'occasion de travailler précédemment dans un lycée qui proposait cette filière et de voir des cohortes de déçus.

Plus que des entretiens, j'aimerais voir mes 3èmes pouvoir multiplier les mini-stages en entreprise, en lycée professionnel, pour voir concrètement de quoi il en retourne, avant de prendre une décision qui, parfois, les engagera pour la vie.
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Rolanda Bibine est membre de Voldemag depuis le Mercredi, 25 Février 2009.

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