
Je suis en bout de table. Autour de moi le sérail est installé. Moi, je suis une pièce rapportée, comme me l’expliquait un jour une chef d’établissement alors que nous discutions de mon statut de contractuelle : « vous n’êtes pas du sérail, mais bon, vous ferez peut-être l’affaire ». L’affaire je l’ai faite et me voici aujourd’hui, entourée de mes « pairs » afin d’assister à une réunion autour du décrochage scolaire.
Les infatigables faux défenseurs de la cause scolaire ouvrent les hostilités en brassant autant d’air que de vent et en semant à tout va de stériles critiques, montant sur leurs grands chevaux pour s’indigner, s’indigner et s’indigner encore d’une ultime réunion de formation contre laquelle ils sont contre parce qu’ils la savent déjà inutile. Alors qu’ils discourent et discourent encore, je remarque les agitations de leurs fesses molles difficilement conciliables avec la dureté d’une chaise sur laquelle, somme toute, si réellement ils avaient eu le courage de défendre leurs ouailles comme ils semblent le prétendre, ils ne seraient jamais venus s’assoir dans cette salle de réunion.
D'autres, rient bêtement et infatigablement de leurs propres bêtises : collier de trombones, photos avec la webcam de l'ordi... tandis que devant eux, surnagent comme elles le peuvent, deux formatrices que personne ou presque n'écoute.
Quelle drôle d’ethnie que cette ethnie professorale qui décidément, est parfois peuplée de gens bêtes, voire de nombrils mal dégrossis qui ne demandent qu’à être idolâtrés. A tous les regarder, il me revient en mémoire une chanson de Pierre Perret… Tout, tout, vous saurez tout sur les professeurs :
Les sauveurs de l’humanité, désespérés de voir déprimer des élèves qui allaient bien avant d’arriver à l’école et qui cherchent à tout prix à les sauver des griffes laborieuses mais efficaces de leurs collègues acariâtres qui ne rêvent que de mettre au garde à vous à genoux tous ces petits cons.
Il y a les fantasques maladifs, prêts à tout moment, mais surtout les plus inopportuns, à se lancer dans des discours dithyrambiques sur la pêche à la truite tout en bombardant leurs élèves de photos personnelles tandis que, en attendant que le cours reprenne, des grenouilles, le ventre ébahi, baillent aux corneilles.
Il y a encore, parmi ces fantasques, ceux qui réussissent à ranimer les élèves après une journée entière d’excursions intellectuelles complexes, en leur transformant l’époque communiste russe en terrain de jeux érotiques pour le jeune candide qu’ils étaient et à qui l’épouse d’un haut fonctionnaire avait décidé d’apprendre la géographie féminine.
Il y a ceux, aussi, et pour moi, ceux-là font partie des plus savoureux, qui s’avancent une main sur le front, digne des plus grandes tragédiennes et qui du sommet de leur montagne jette un tonitruant « cet élève ne comprend décidément rien ! » et qui fort d’argumenter sur l’incapacité intellectuelle de leur élève, se baisent les pieds sans jamais n’être capables de soupçonner que ce sont peut-être eux qui ne comprennent rien à l’élève.
Il y a aussi les petits aigrefins qui s’attachent à leur programme comme on s’attache à la sacro sainte bible et qui le brandissent dès qu’on leur suggère d’essayer par d’autres méthodes d’apprentissage, de raccrocher les wagons éparpillés des élèves un peu paumés, ceux enfin, qui portent haut le front digne du professorat et qui jamais au grand jamais ne s’abaisseront à n’être autre chose que cette figure ancestrale du professeur immuable dans son marbre Républicain et pour qui, s’intéresser à un élève, ne serait-ce qu’un quart d’heure pour essayer de comprendre l’insupportable milieu familial qui le gangrène, ne serait qu’une pure coulée d’opprobre sur sa noble, très noble profession.
Une incisive réaction me sort de cette torpeur fantasmée et me remet en selle avec mes « pairs ». Au devant de moi, s’agite un professeur d’anglais dont les cheveux qui hésitent entre le roux et le rouge créent sur sa tête une créativité que ses propos ne semblent pas être capables de refléter. La voilà qui harangue brusquement nos deux formatrices sur le contenu d’une séquence donnée en exemple : « Mais attendez, mais ça, ça ne marchera jamais avec des élèves comme Dylan, Jordan et Sabrina ! » et là, trouvant du regard le soutien d’une partie de ses pairs, elle en rajoute une couche « nan, parce que sur le papier c’est beau, mais faut voir en classe maintenant ! ». Tandis qu’un de ses voisins acquiesce comme si sa bouche était un oracle, elle se sent galvanisée, investie d’une mission purgatoire, elle dégomme en long et en large , en large et en long deux élèves qui vraisemblablement ne sont pas aptes à venir au collège. Emoustillée par autant de postillons que d’idées perfides, la voilà qui se lève pour composer sa diatribe. Sa voix se prend de passion pour elle-même et s’élance dans les airs pour quelques répétitions sur l’inaptitude des gamins dont elle parle, capitonne ses oreilles pour être sûre que la réponse que pourraient lui apporter nos deux formatrices ne pénètre pas jusqu’à son cerveau puis redescend sur sa chaise, presque en transe. Certains de ses collègues la soutiennent d’un regard, d’autres applaudissent presque. Elle jouit.
Mais en face d’elle, à l’autre bout de la salle, un Professeur prend la parole : «Je pense qu’on ne peut plus enseigner comme on enseignait avant, c’est une réalité. il nous faut trouver d’autres solutions pédagogiques pour nos élèves. Alors, ok, on n'a pas encore trouvé la solution mais ce qu'on nous propose là, je trouve que ça nous donne des éléments d’action intéressants.». Nos deux formatrices respirent. Je salue le courage de ce pair et jouis à mon tour devant la décoloration de la précédente interlocutrice...

Agrippine de la Mancha
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...