
Il règne dans la pièce un silence de mort. Silence que je prends soin de faire durer, par pur sadisme, comme un moment de grâce, parce que je sais pertinemment qu'il ne se reproduira jamais plus (sans grosse engueulade qui les laisse dans un mutisme revanchard j'entends). Je savoure de les voir si timides, si tranquilles, un peu anxieux. Comme ils sont muets et comme c'est drôle ! Demain déjà ils auront fait connaissance, auront envie de se raconter (« moi un jour, j'ai craché sur ma prof »), de se tripoter (oui, les filles aiment se tripoter entre copines, se toucher les cheveux, les bras....allez savoir !) et je commencerai à produire toutes sortes d'onomatopées bien connues de ma profession : chut, tsss, tutut....pour les rappeler à l'ordre.
Trente paires d'yeux me regardent donc, attendant de savoir quel genre de prof je suis. Peau d'vache, barbante, passionnée, speed, plutôt sympa, juste... à ce stade de leur scolarité, ils en ont vu défiler. Pour certains, leur idée est déjà toute faite : un prof c'est con et pas sympa, ça représente l'autorité et l'autorité à 16 ans on s'y oppose fermement.
Pour nombre d'entre eux, s'ils sont en CAP, c'est qu'il y a eu un hic dans leur parcours scolaire. Pas assez bon ? Trop turbulent ? Insolent ? Pas motivé ? Allez hop réorientation : trouve toi un métier pour la vie. Ils choisissent donc une voie professionnelle, mal parfois, car peu ou pas assez renseignés et c'est remplis de sentiments contradictoires que je les retrouve devant moi.
Moi aussi j'en ai vu défiler. De celui qui veut se racheter une conduite dans ce nouvel établissement, de celle qu'il faudra emmener tout doucement à s'exprimer devant les autres, du gamin qui masquera ses difficultés en faisant l'andouille ou le flemmard et qu'il faudra encourager sans cesse, de celui qui va me tester, là, dans moins de 5 minutes, de celle hyper motivée qui ne supportera pas le bruit de ses camarades, de celle qui arrivera un matin couverte de bleus. Il me faudra gérer toutes ces personnalités différentes. Parfois j'y arriverai, parfois je serai totalement à côté de la plaque. J'en aimerai certains et d'autres pas, c'est humain.
De ce premier cours peut dépendre la qualité de mes relations avec eux. Ils doivent avoir confiance en moi. Pour cela, il me faut établir les règles d'emblée, en partant de leurs représentations de l'école, des enseignants et des élèves. Ces règles, nous les fixerons ensemble en discutant. Ils me raconteront leurs expériences, je leur parlerai des miennes. Nous rirons, nous argumenterons, nous apprendrons à nous connaître, à nous apprivoiser. Je ne suis pas le loup, ils ne sont pas des moutons, ni une meute d'ados. Je leur donne les clés pour comprendre le monde dans lequel ils vivent mais je suis aussi celle qui fait respecter les règles. C'est essentiel pour que chacun, à son rythme, puisse devenir un jeune adulte, capable d'avoir une vraie réflexion personnelle.
Ils m'attendent, je suis prête.

By Rolanda Bibine
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...