
Ah bordel ! C'est pas possible. 8h27. Il me reste 3 minutes avant de devoir être dans ma classe et cette foutue machine à café est encore en panne. Je n'aurai pas le temps de passer par le bâtiment où se trouve le deuxième fournisseur de ma drogue matinale et d'aller ensuite chercher mon cahier de texte. Trop court. Il faut que je choisisse l'un des deux.
Jusqu'à la semaine dernière, cela ne m'aurait posé aucun problème de faire poireauter mes élèves quelques minutes devant la salle de cours. De toute façon, ils ne se seraient probablement pas rendu compte de mon retard tant ils ont à se dire de choses terriblement passionnantes ("quoi, tu te laves les cheveux tous les jours ?"). Ils sont même heureux de pouvoir grappiller quelques secondes supplémentaires pour envoyer frénétiquement les derniers SMS avant de devoir éteindre, la mort dans l'âme, leur ifone (mais comment ont-ils assez de tune pour s'acheter ces téléphones derniers cris ??), pendant deux heures. Et puis j'aime bien leur donner le faux espoir que peut-être, je ne vais pas être là !
Mais « on » nous a bien signalé qu'un certain laxisme régnait en cette fin d'année et qu'il nous faudra désormais être à l'heure précise devant la porte de nos salles de cours. Sinon ! Sinon.... on nous le redira dans deux mois comme on nous le répète régulièrement. Il faut montrer l'exemple de la ponctualité face à ces jeunes qui manquent déjà assez de repères et blablabla et blablabla. Je suis d'accord et je promets de faire un effort pendant au moins 5 jours. Donc je vais quand même chercher mon élixir de vie à l'autre bout de l'école, et à 8 heures 30 précises, je serai fin prête à ouvrir la porte de la connaissance (salle 42, bâtiment B) puis j'enverrai le délégué chercher le cahier de texte sous un prétexte quelconque (j'en ai en stock).
Parce que rien ne me privera de mon café du matin. Qui a une machine à café industrielle à son boulot me comprendra. Il ne ressemble en rien à du café (même pas l'odeur) mais il m'est indispensable. Et pourtant, j'ai assisté horrifiée à l'ouverture des entrailles de la dite machine et j'ai pu voir des tuyaux d'où coulait une eau jaunâtre reliés à des sachets en poudre repoussants ! Rien n'y a fait. Je reste accro.
A tel point que j'ai même institué dans mes cours, le quart d'heure déjeuner (où chaque élève peut venir avec sa boisson chaude et des gâteaux) pour pouvoir le boire tranquillement chaque matin sans me prendre une réflexion (« ça se fait trop pas, la prof elle boit du café alors que nous on a pas le droit !!! »). Oui, je sais, je suis machiavélique (et non super sympa !).
Les plus anciens savent qu'ils peuvent me corrompre facilement et arriver en retard s'ils m'apportent un café. Je suis capable de mimer la plus profonde tristesse, le plus grand désarrois, pour m'en faire payer un si je n'ai plus de monnaie. Quoi ? bien sûr par mes élèves aussi !!
Car rien, n'y personne ne se mettra entre le café infecte de ma machine et moi ! Qu'on se le dise !

By Rolanda Bibine
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