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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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L'essence des sens #02

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En décembre dernier,  j'avais un peu tirer le rideau de mon regard pour vous laisser entrevoir le Monde au travers de ma synesthésie ici, grace à Sand (avec définition, si besoin est).

Il y a quelques nuits, Elunatik et moi découvrions par hasard être toutes deux synesthètes. justement. Envie de prolonger cette découverte. De jouer avec nos langages personnels. De s'entre traduire. De s'enrichir de l'autre. Nos échanges étranges et amusants pourraient être hermétiques. Nous vous donnons la clefs de nos Mondes Multiples où tout s'exacerbe.

Techniquement ? Elunatik choisit un mot, vous offrant sa vue. Moi je suivis en fonction du dit mot.

àFeuVif.

 

Bidule.

J'aime ce mot.

Il est rond. Comme un ballon. Il est gonflé de joie et de vie, malicieux et espiègle. Il est jaune. Comme le soleil. Lumineux et brillant. Sur un coin de ma langue, toujours prêt à servir, en cas de besoin.

Ce mot ne sert à rien, ne veut rien dire mais exprime tout. Il peut prendre la place de n'importe quel de ces confrères. Il comble mes trous de mémoire, remplace le terme que j'ai sur le bout de la langue, et qui ne veut pas venir. Il est celui qui ne me fait jamais défaut contrairement aux autres qui m'échappent régulièrement.

Souvent je le dis, sans raison, j'aime le mâchouiller. Je trouve que plus on le répète, plus il prend tout son sens, plus on le comprend, plus on le pénètre. Alors je le dis, encore et encore.

Bidule est un mot qui en amène d'autres et qui créé entre moi et mon labrador des conversations étranges que certains penseraient à sens unique. Je la regarde et je le répète, le lui souffle dans l'oreille. Je le laisse se gonfler pour envahir ma bouche, ma gorge et mes poumons. Comme pour m'inonder de soleil et de joie. Je le murmure, je le crie, j'ulule son « u ». Biduuuuule.

Mon mot change alors de couleur avec tant de « u ». Le « U » est lie de vin. Rouge. Marron aussi. Bidule le jaune soleil devient alors Bidule le rouge. Le sombre. Il devient le crépuscule, une chouette au loin, une forêt pleine de choses étranges et inconnues. Il devient mystérieux.

Parfois je laisse trainer le « i » sur mes lèvres, alors il devient l'aube naissante. Jaune toujours, mais jaune de Naples, ce jaune si léger, si doux. Bidule le rond s'affine, fini les rondeurs, il s'étire, comme un sourire qui nait, comme un matin pour s'étendre sur une journée. Un sourire énigmatique, plein de secret, plein d'amour.

Bidule est mon mot. Mon préféré. Mon précieux. Un lien jaune entre ma chienne couleur sable et moi, sa maitresse blonde. Bidule est mon mot. Notre mot.

Elunatik.

 


Quand Elunatik a choisit "Bidule", tout de suite "bobine" est apparu. Pas la bobine de cinéma. Mais la bobine de fil. La bobine en bois. Et "quelle drôle de bobine" aussi. D'autres mots s'ajoutent, plop ! Plop ! Comme éclatent des bulles ! "Cannette". Celle de couture. "Épingle". Tout un univers de couture artisanale et d'essais manuels. Un assemblage de ficelle, de tweed et de gros boutons. Inattendu. Loufoque. Un peu passé. Un peu désaturé.

Je voulais vous parler de "bobine". Mais comment vous traduire ce mot sans vous dessiner tout son univers, "bidule" et "cannette" compris ?

Bobine est multicolore. Des milliers de minuscules touches de couleurs. De laine. "Gudule".

Bobine est sautillant. Enfantin. Des clignements d'yeux. Il a l'imagination sans bornes. C'est un théâtre d'objets, des marionnettes, la malle du grenier. L'odeur, le son et la veine du bois. De noisetier. De l'atelier du sabotier. C'est un désordre d'outils sur l'établi. C'est un désordre de mot. Un désordre des sens. C'est festif et fou.

"Bobine" ça s'enroule, se déroule, et roule sur la langue comme "bidule". Tu le mâches et gonfle les joues pour souffler dans ton chewing-gum.
"Bobine" tu peux relire tous mes paragraphes dans un autre ordres ce sera toujours ça !

"Bobine" c'est un goût d'Earl Grey au Miel du Jura. Un goût de vin chaud partagé, aussi.

C'est un coin d'enfance. Et d'adulte qui regarde son coin d'enfance.

Bobine ce sont les années 50.
Les cuisines au vert improbable couleur de flageolets séchés. Émaillées. Les biscottes. Le poêle. La bouilloire qui siffle.

"Bobine" c'est cette chanson de Boris Vian :

àFeuVif.

 

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Elunatik & àFeuVif

Commentaires
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Poupimali 02-02-2011 16:14:15

rhooooo j'aime beaucoup le concept ! je suis partante pour y jouer si une troisieme comparse vous tente

joli exercice !
Elunatik 02-02-2011 16:28:38

Hey! Poupi! Merci! Why not, je ne suis pas contre! Qu'en pesnes-tu Feu Vif?
àFeuVif 02-02-2011 20:40:51

pourquoi pas ^^
Zan 03-02-2011 19:50:21

Elunatik, je me permets juste un petit mot pour qualifier ton texte dans ton langage :
biduuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuule
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Auteur de cette article : Elunatik + àFeuVif