S'envoyer en l'air, les pieds sur terre
Il est 18h45.
J'arrive presque au bout du couloir et de ma tournée de soins. J'ai de la chance ce soir. Pas un seul effet secondaire, pas de complication, pas de décès. Margaux a presque fini, elle aussi. On va finir à l'heure pour une fois.
Enfin, je ne sais pas, je n'en suis plus vraiment sûre. En effet, il me reste la chambre 217. Et, surtout, il me reste Monsieur Germain. J'ai presque peur d'entrer dans sa chambre.
Monsieur Germain, à qui j'ai posé tant de chimio qui s'avère en réalité inefficace aujourd'hui, je ne suis pas prête à lui dire « au revoir ». Je ne le veux pas, sa mort programmée me fait peur. Je suis impliquée cette fois. Mr Germain, je l'aime vraiment bien. Margaux, elle aussi, c'est pour cela qu'on a tiré au hasard nos secteurs ce matin.
Quelques pas et me voilà déjà devant sa porte. Je m'habille. Je mets les lunettes, le masque et la sur-blouse. Je me désinfecte les mains avec cette putain de solution hydro-alcoolique. Elle me brule encore une fois ; purée, que c'est galère les gerçures.
Je frappe à la porte. Pas de réponse, pas de bruit. Un frisson me glace, je clenche la poignée doucement avec mon coude et pousse celle-ci. Le bruit des gonds résonne dans le couloir. Je respire profondément quand j'entends : « Ne vous inquiétez pas, Millie, je ne suis pas encore parti... »
Je souris sous mon masque, il a gardé son humour Monsieur Germain.
« - Vous êtes toujours aussi drôle, Monsieur Germain.
- Il me reste ce privilège, Millie. Celui-là et celui aussi de sourire des petits bonheurs.
- Les petits Bonheurs ?
- Oui, figurez vous Millie que Monsieur Simoni est mort et que cela m'amuse.
- Pardon ? La mort vous amuse ?
- Oui, Millie parce qu'elle ne me fait plus peur. Alors, maintenant, elle m'amuse...».
Je reste perplexe, je termine la prise des constantes dans le silence. Il n'y a plus que le bruit du brassard électronique entre nous deux. J'en ai profité pour vérifier les débits des deux pousses seringues et la voie d'abord. Tout est normal.
« - Monsieur Germain, votre tension est à 11/7. Vous n'avez plus de fièvre et la morphine passe bien. Avez-vous besoin de quelque chose ?
- Oui, Millie, j'ai besoin.
- Dites-moi, Monsieur Germain ?
- Vous pouvez vous assoir là à coté de moi et me serrer la main ? Je ne veux pas mourir seul ce soir... »
Gros silence. Je reste là. J'observe ses yeux. Je lis la plus grande détresse que je n'ai à ce jour eu à affronter. J'affronte la mienne sans bruit en même temps.
A peine quelques secondes se sont écoulées, mais elles m'ont parue si longues. J'espère qu'il n'a rien remarqué. J'entrave alors tout le protocole ; et, j'enlève mon masque. Je m'assoie sur son lit, je pose sa main dans les miennes et je souris.
Il me regarde. Je vois ses yeux briller une dernière fois. Il les ferme sans bruit.
Les minutes vont s'écouler ainsi. Son rythme respiratoire, de plus en plus ralenti, comble le silence de la chambre alors que le soleil couchant nous baigne de ses couleurs chatoyantes.
19h17
Le tracé du scope est devenu plat depuis 5 minutes déjà. Mes larmes ont fini de couler sur mes joues. Margaux vient juste d'entrer. Elle s'inquiétait de ne pas me voir revenir. Elle coupe l'alarme, se tourne vers moi. Elle, aussi, a les yeux rougis.
Monsieur Germain s'est éteint.

Milie
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...