3 ans et 364 jours d'écart
Lundi, 25 Octobre 2010 23:35
Marie
Nous avons 3 ans et 364 jours d'écart. On ne se ressemble pas tellement. C'est un mec, un beau blond, un matheux, un ingénieur, un indépendant, un plein d'amis, un plein d'idées. Celui qui passe son bac en premier. Celui qui passe son permis en premier. Celui qui part en vacances sans ses parents en premier. Celui qui quitte la maison en premier. Celui qui, en premier aussi, fait des enfants.
Je ne suis que la petite sœur. Celle qui, lunettes aux verres énormes et appareil dentaire, tente de se faire une place dans la cour du bellâtre. Celle qui n'est pas douée pour les sciences. Celle qui n'est pas douée pour les gens. Celle qui traîne dans les jupes de sa mère. Celle qui ne voit pas l'intérêt de sortir de sa bulle. Celle qui a peur, trop peur. Celle qui, pour exister, veut être différente mais jalouse secrètement les succès de l'aîné.
Il a tout réussi, ou presque. Il n'a jamais montré que l'échec existait. Il n'en a jamais donné l'exemple. Il les a rendu fiers. Ils ont parlé de lui, raconté ses études, raconté ses passions. Il a été un bon fils. Il n'y aurait plus aucune surprise avec le reste de la descendance. Ils étaient déjà passés par les tumultes de l'adolescence, des examens, des sorties, des choix à faire, des affrontements qui forgent.
Et je l'ai détesté pour ça. Pour avoir déjà tout pris. Pour avoir été heureux et les avoir rendus heureux. Pour son apparente facilité à traverser la vie. Pour ne pas avoir pris la peine de me prendre sous le bras et de m'emmener sourire avec lui.
La vie était donc si injuste qu'elle m'avait réservé toutes les douleurs, toutes les luttes, toutes les questions ? Lui, elle l'avait préservé. Elle avait offert à mes parents le plaisir d'un enfant joyeux, qui trace sa route dans la sérénité. Et la contrepartie de ce cadeau, finalement, c ‘était moi. Moi qui, à 6 ans, me demandais ce que je faisais dans ce monde de merde (je ne m'en souviendrais pas si mon père n'avait pas gardé comme une relique ce morceau de papier, preuve de l'enracinement du mal-être). Moi, en pleurs, effrayée, seule. Moi et ma vie rêvée, celle qui finirait par se concrétiser, bientôt, un jour. Moi et mes phobies, sociale, alimentaire. Moi et mes crises d'angoisse, en pleine nuit, devant mes parents désabusés. Moi et mes anti-dépresseurs. Moi et mes appels au secours.
La vie a-t-elle été si injuste ? Est-on si différent ? Maintenant que nous sommes deux adultes, maintenant que l'on peut se parler, maintenant que nous avons dépassé l'étrangeté de deux êtres qui s'appartiennent mais ne se connaissent pas, maintenant je peux vous le dire : mon frère et moi, nous sommes les mêmes. On se regarde désormais au fond des yeux. On a appris à s'aimer, à se libérer des attentes parentales. Lui aussi, il a connu la douleur. Lui aussi, il a connu les crises d'angoisse. A lui aussi, il lui arrive de pleurer au téléphone avec ma mère.
On arrive aujourd'hui à rire de choses qui ne font rire que nous. On se prend dans les bras, pudiquement. On s'appelle, on bafouille, on sait qu'on est au bout du fil. On est sur un nuage où il n'y a que nous deux. Il va partir bientôt, emmener sa famille à l'autre bout du monde. Cette fois, je ne lui en voudrai pas de me laisser sur la rive. Je serai juste heureuse de savoir qu'il est heureux.
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...