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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Dans la vie d'une fille

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Dans la vie d'une fille, y'a énormément de choix à faire.
Tous plus difficiles les uns que les autres, concernant les garçons, le premier soir avec un mec, avec une fille, la frange, les styles de sacs à main, ce genre de choses.
Et puis un jour, y'a le choix ultime, celui qui te tombe sur le coin de la figure au moment où tu ne t'y attends pas, et auquel il faut que tu répondes vite, sans trop tergiverser, sans demander l'avis des copines, des sœurs, des meilleurs potes. Le choix qui te laisse seule face à toi même.


Un jour, on te dit que si tu le souhaites, dans 7 mois et des poussières, tu seras maman.


Tu éclates de rire, parce que c'est pas possible, c'est une sacrée blague qu'ils te font là.
Et en même temps, comme t'as un cerveau de fille qui te permet de faire plusieurs choses à la fois, tu réfléchis. Tu remontes le temps. Et tu te souviens d'une nuit en particulier, ça ne peut-être que celle là, d'ailleurs vous en aviez rigolé ensemble.
Vous en aviez rigolé ensemble, mais là, c'est toute seule que tu vas « réfléchir ».
Mais réfléchir à quoi ? La décision est déjà prise, c'était un choix presque trop facile en fait. Y'a pas un niveau 2, juste pour voir si c'est toujours aussi simple ?
Est-ce vraiment un choix quand la décision se prend aussi facilement, aussi rapidement ? L'espace d'un instant, tu penses aux autres, à toutes celles qui sont dans la même situation que toi, qui n'auront pas le choix et qui devront assumer.
Parce que toi, si tu te débrouilles bien, y'a moyen que tu n'aies rien du tout à assumer, que ça ne se sache pas, et que tout soit oublié dans quelques jours. Et ça, c'est quand même une grande chance.


Après, tu penses que tu t'en sortiras seule. Comme toujours. Ca remonte à quand, la dernière fois que tu as eu besoin de quelqu'un ? Ouais, c'est bien ce que je pensais : pas moyen de t'en rappeler, avec ta fierté à 2 balles. Pourquoi ce serait différent cette fois ?
Naïve que tu es, t'as pas pensé un seul instant à toutes ces femmes enceintes autour de toi, toutes ces inconnues que tu ne remarquais pas avant. Tu n'imaginais pas ne voir qu'elles dans la rue, tu n'aurais jamais pensé que les voir se caresser le ventre avec leur putain de sourire épanoui te ferait pleurer. T'avais pas envisagé d'arriver en retard en cours à cause d'un ventre que tu fixes tellement que tu en zappes ta station. Tu commences à te pourrir la tête avec des « et si... », tu commences à douter d'avoir pris la bonne décision, pourtant la seule qui s'imposait.
T'as envie de l'appeler. De lui cracher ta souffrance au visage. De lui dire à quel point tu le détestes, pour tout ça.
Tu ne l'appelleras pas. Il n'y est pour rien, ça s'appelle la faute à pas de chance et puis c'est tout. Et d'abord, petite maligne, comment tu crois qu'il va réagir, hein ?


Ces sentiments bizarres, ça ne s'en va pas comme ça, ça reste en toi, et tu t'y fais, progressivement.
Petit à petit, tu acceptes l'idée d'avoir tué ton presque-bébé.
Ca n'empêche pas (encore ?) cette boule dans le ventre et les larmes aux yeux quand tu subis la présence d'une future mère, mais t'as pas vraiment le choix, t'es obligée d'aller de l'avant.

Sinon t'en crèves.

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By Pau

Pau, encore une découverte de la semaine. Candidature spontanée que ce texte, qui me confiait-elle est sorti tout seul. Il m'a bouleversée. Pour des raisons évidentes. Parce que femmes, on aura peut être un jour ce choix à faire. Parce qu'humain, on est toujours si peu face à l'inconnu.

Commentaires
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sand 18-01-2011 13:52:20

compliqué à commenter... juste énorme empathie....
Poupimali 18-01-2011 17:58:54

je n'ai jamais eu à "réfléchir à ce sujet".
heureusement je dois dire.
mais j'accompagnais ces filles, ces presque mère. Le plus comme tu le dis si bien c'est l'après.
Après, est ce que je pourrai devenir mère ? est ce que je me le pardonnerai ?
les question qui malgré la rationalité, trottent.

j'aime bien le coté cru de ton texte.
une réussite dans le genre
Rolanda Bibine 19-01-2011 10:29:19

Peut-être que certaines préfèrent effacer cette souffrance là. Je suis très douée pour gommer des souvenirs dont je ne veux plus. Pourtant, cette fois, rien à faire. Et il m'arrive souvent de penser à l'âge qu'aurait eu ce "presque bébé". c'est plus fort que moi, même si je ne regrette absolument pas cette décision.

Pau, l'avortement est un sujet dont on parle souvent mais rarement vu sous cet angle. Merci
Sonia 19-01-2011 12:16:47

L'homme est fait de choix et de circonstances. Si on n'a aucun pouvoir sur les circonstances, on en a sur les choix qui s'offrent à nous.
Et certains choix peuvent nous impacter, nous marquer.
Texte difficile à commenter.
Énorme pensée.
milllie 19-01-2011 20:59:26

Comment commenter quand on sait le chemin qui a conduit à ce choix...
Les choix sont des chemins de croix parfois.
Réponse
Pau 26-01-2011 00:48:36

Texte difficile à commenter, sûrement. Vécu difficile à assumer, souvent.

Et vos commentaires... Je ne sais pas comment y répondre. Peut-être juste en vous remerciant d'avoir lu et partagé. Merci.
Une douleur de femme
Yogiimise 22-02-2011 17:39:17

Encore un sentiment difficile à partager avec un homme, difficile à imaginer en tant qu'homme...

Il m'a bien évidemment retourné. Je pense forcément au courage qu'il faut, qui n'est pas toujours là dans ce genre de situation. Surtout, à la solitude. Peut-être la pire des solitudes.

Je pense sincèrement que tu feras une merveilleuse mère, Pau.
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