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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Elle. La fée sait

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fesse

J'abaisse la visière car le soleil m'aveugle dangereusement.

Je tente de me concentrer sur la route sinueuse dont le macadam luit aveuglément plus que miroir au soleil, mais toute mon attention semble avoir migré dans des contrées bien plus moites que ma boîte crânienne totalement désertée. Je conduis par automatisme, absorbée par la pensée de ma main posée sur sa cuisse. Il me parle du paysage, je pense à ses monts et à ses vallées secrets. Ma main, simplement posée, croit percevoir le sang battre sous la toile comme le cœur d'un vit conquérant sur ma paume. Je tente de répondre mais il est évident que bientôt je dirai un mot pour un autre et un lapsus languae sans ambiguïté trahira la route qu'ont prise mes pensées, bien loin de celle que je suis en automate.

Puis-je lui dire sans fioriture "j'ai envie que tu me baises, là, maintenant ?" Non, une femme de mon standing ne saurait succomber à cette vulgarité. Pourtant, c'est bien en ces termes-là que frisonne l'envie qui remonte gentiment le long de mes reins. Ma main sur sa cuisse, nerveusement statique, et mes yeux qui voient déjà se dérouler les images d'un scénario que nous allons bientôt jouer, lui en acteur docile et moi en metteur en scène méticuleux, mais ça il ne le sait pas encore... Il croise mon regard. Mes yeux frisent assurément. Ah, comme le français est plaisant qui fait friser un regard comme une boucle rebelle qui s'échappe du bonnet, donnant au spectateur envie de l'arranger. Nul besoin de dissertation, il a compris. Il sourit.

Vite, monter les escaliers, serrer la porte derrière lui et l'embrasser à pleine bouche. Je l'entraîne par la main vers l'alcôve. Oui, j'ai le désir très bourgeois et l'érotisme confortable et rien ne vaut pour mes ébats une couche moelleuse aux draps frais. Lui ne s'encombre pas de faux semblants et fait écho à mon envie en deux temps trois mouvements. Il est nu. Je le contemple de haut en bas, de bas en haut et ne m'en lasse pas. Il est bien fait et n'a rien à envier au Vitruve de Léonard qui fit entrer l'homme dans la quadrature du cercle (avec un Q s'il vous plaît) en quelques coup de crayons alors que d'autres cherchent encore la solution. Et par mes yeux, de mes reins l'envie descend à ma bouche vermeille, "cette merveillette fente, qui vivement entre ces flancs reluit, le bienheureux pertuis qui rend la vie heureusement contente" * que Ronsard a tant vanté. Elle salive comme une affamée devant les appâts qu'il a dévoilé. Qu'il est beau et mon désir s'enflamme.

Encore toute habillée je le jette sur le lit et par mes baisers répétés manque de l'étouffer. Il se reprend bien vite et tel un Houdini, en un instant, fait disparaître les vêtements qui me couvraient. Il est nu. Je suis nue. Nos peaux collées et mes flancs qui ondulent au rythme mystérieux du flot et du jusant de la marée qui monte. Serait-il dans ce ballet devenu le Soleil et moi la Lune pour déclencher de tels élans ? Ses mains caressantes, tour à tour flattent mon dos et ma croupe, mes épaules et mes fesses, et moi sur lui, tel le lierre sur la pierre, je me moule et m'accroche comme pour le pénétrer. Nos émois s'enlaçoient, aurait dit Du Bellay, et nos souffles courts embuent la chambre de plaisir.

Subitement, un bruit sec jaillit ainsi que la douleur d'une claque sur ma fesse. La gauche, je vous le dis, elle s'en souvient encore. Un instant suffoquée, je cesse de le baiser. Mon cerveau interloqué s'interroge ! Mais les caresses reprennent et mon désir toujours plus vif efface bien vite toute trace de la douleur. Subitement, une deuxième claque sonne, encore plus fort ! Je sursaute et je crie mais n'ose m'insurger. "Un de ces petits jeux sans doute, il me faut m'y plier". Hélas, plus il me bat, plus la fesse me chauffe et le désir en moi décroît tant ma chair de douleur flamboie. Je tente d'esquiver mais il me frappe encore. "Aie !" hurlé-je mais une voix en moi me dit "Tais-toi donc imbécile, c'est une fessée. Tu sais bien, c'est à la mode, à ton tour d'y goûter !" Rassérénée, je tente de reprendre mon ouvrage où je l'avais laissé.

Hélas, une claque de trop brûle ma peau qui crie à l'outrage. La voix off, curieuse l'instant d'avant, me murmure maintenant comme Sophie Daumier* "... Aïe, mais il est givré ce mec, il me fait mal ce con, moi qui ai un mal fou à cicatriser..." Mais ne suis-je pas sensée aimer ? Ne suis-je pas sensée, par ces soufflets sur mon cul, atteindre l'acmé de la jouissance ? Je repense à tous ces blogs qui vantent ce châtiment comme le meilleur des piments des joutes de l'amour. "Allons ma fille, laisse-toi aller, éprouve... " J'invoque la fée de la sensualité, que sa baguette magique me fasse ressentir enfin le plaisir fulgurant de la fessée à ses assauts conjugués. Mais non, rien n'y fait, le charme est rompu et le fil si ténu du désir aussi.

De dépit, lasse, je me désenlace de ses bras et fonce dans la salle de bain. "Ah !" J'ai encore crié, non pas de douleur cette fois mais de stupeur : ma fesse gauche est violacée ! Et si d'aucun tente de me persuader par un fallacieux syllogisme que toute douleur est jouissive et que la fessée est douleur...

Je vous le dis tout net, de ce syllogisme-là je ne jouirai pas !

 

* Référence que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître :

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By Gicerilla

Commentaires
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sand 23-04-2010 13:52:24

Excellement écrit. Choli choli
Boursibien 23-04-2010 23:39:43

Il a du lire cela , en avoir entendu parler ou vu dans un film porno . Il n'a probablement pas observé l'expression de ton visage et se dire : "Elle aiment cela les garces". C'est certainement un imbécile et un piétre amant. Tu n'a rien à regretter.
Ps : Tu a une réelle culture érotique,et des références parlantes.C'est agréable à lire .
Spleen sans idéal 25-04-2010 21:17:15

oh, arretez
une fessée bien amenée et bien maitrisée est une piqure erotique dont la brulure peut amener à des vertiges insoupconnés
encore faut il y etre sensible
et ce n'est ni un livre, ni un ami , ni un film porno, mais une demoiselle. Ou plutot des demoiselles. Donc pas la peine d'etre insultant non plus, hein.

Par contre, j'adore le texte ^^ m'a rappelé des souvenirs
Elunatik 25-04-2010 23:28:11

J'ai (bien) moins de quarante ans. Je connais Et j'adore.
Rolanda Bibine 26-04-2010 11:31:21

Superbe paire de fesses !!! c'est vrai que ce doit être tentant
Et puis, faut qu'il contrôle sa force le monsieur
  Emmanuel 27-04-2010 12:39:27

Il faut apprendre à bien se connaître avant de se fesser. C'était ma contribution à ce texte plein de verve et d'humour.
  La Sauterelle 27-04-2010 21:58:24

Quand meme, certains passages et au final la fesse violacée, je pense au billet de Millie... Y a que moi?
"Je sursaute et je crie mais n'ose m'insurger.
"Un de ces petits jeux sans doute, il me faut m'y plier".
Hélas, plus il me bat, plus la fesse me chauffe et le désir en moi décroît tant ma chair de douleur flamboie.
Je tente d'esquiver mais il me frappe encore.
"Aie !" hurlé-je mais une voix en moi me dit "Tais-toi donc imbécile, c'est une fessée. Tu sais bien, c'est à la mode, à ton tour d'y goûter !"
Rolanda Bibine 28-04-2010 09:38:40

Oui... et non. La Fessée est jeu érotique qui nécessite l'accord des deux partenaires. Certaines femmes apprécient d'être fessée pendant un rapport amoureux ;C'est lorsque qu'effectivement celui qui fesse est un peu trop violent et qu'il ne prête pas attention au refus de l'autre que l'on peut rejoindre le texte de Millie.
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Auteur de cette article : Gicerilla

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