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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Emois, et lui et moi

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Il avait un secret qu'il avait partagé avec sa mère. Il ne fallait pas que sa sœur soit au jus. J'étais hors de la communication, un peu cafteur à ce qu'il imaginait. Pourtant, s'il savait ce qu'attendent les parents.

Je n'ai jamais rien dit de tout cela à mes parents. J'étais bien entendu amoureux dans un coin, mon coin. Je crois qu'il ne me serait pas venu à l'idée, naturellement, de dire à ma mère que j'étais amoureux. Et puis, à quoi cela aurait servi? Avais-je besoin de conseils ? J'avais mes amis. Et puis, les parents, qu'est-ce qu'ils y connaissent de l'amour de nos jours ? De mes jours de l'époque aussi. Je pense que ça ne m'a jamais manqué. Ils s'inquiétaient sans doute, s'interrogeaient. Il faudra leur poser la question, à l'occasion.

C'est une fille de sa classe. Il faut qu'il me la montre en photo. C'est lui qui me le disait ce matin. Il me dit que ça dure depuis deux ans... Hum, il joue bien l'acteur. Il y a quinze jours, j'aurai mis ma tête à couper au feu que la vérité sortait de sa bouche d'enfant quand il affirmait que les filles, c'étaient des enfin bon.
J'attendais que l'amour lui tombe dessus. Qu'y-a-t-il de mieux à son âge ? A tous âges.
Je souris intérieurement, déconcerté. Pourquoi ce matin, devant son bol de chocolat? Ah oui, en fait, je me rappelle, je venais de lui demander si ça allait car nous l'avions entendu se retourner plusieurs fois dans son lit avant l'heure (d'ailleurs à ce propos, ça promet, il faudra trouver une moquette épaisse pour l'isolation phonique, d'ailleurs ça me rappelle que ma chambre était au dessus de la salle à manger... hum, bon, finalement, je ne poserais peut-être pas trop de questions à mes parents).

Il me dit qu'il s'était réveillé avant. Il pensait à quelque chose. Et il me lâchait l'annonce. C'est ainsi, il sait que l'amour empêche de dormir.
J'attendais de pressentir ce type de sentiment chez mes enfants. J'ai envie qu'ils se souviennent trente ans après ce qu'est un petit amour de cour d'école, et pourquoi pas, un premier baiser, disons-le comme nous, un smack, derrière une porte. Je les pense fragiles, certain qu'il leur faudra des déceptions, car c'est ainsi qu'il faut apprendre.
Ils grandissent vite.
Avant que sa sœur nous entende, je lui demandais si l'être choisie était aussi amoureuse. Il m'a répondu que non. Puis une petite fille en collant Petshops est arrivée.
Je crois me douter qu'il n'en sait rien, en fait. Les petits garçons et les petits filles de primaire, j'ai aussi cette impression, ne sont pas comme nous étions, un peu trop collégiens à l'avance, un peu trop attentionné à ce que pensent les autres. A moins que ce ne fusse pareil dans les années 70-80.
J'ai envie de ne pas lui expliquer la vie d'avance. Juste quelques mots, qu'on ne tombe pas forcément sur la bonne du premier coup, qu'une de perdue, ce n'est jamais, dix de retrouvées, c'est une de perdue.
Même si ce n'est pas une obligation, s'il n'y a pas de généralités, il devra sans doute passer par de la tristesse, quelques pleurs, des faux espoirs, mais tout ça, ce n'est pas bien grave, le temps passe et il y a toujours des surprises.

Je lui conseillerai d'avoir des bons copains. Il en parlera avec eux, un jour, parce qu'ils se posent les mêmes questions. S'il y pense autant que j'y ai pensé, qu'il en parle avec ses potes autant que moi, il n'est pas près d'améliorer son orthographe. Soudainement, je lui pardonne ses fautes. Un instant après, je continuerai de l'écharper pour ces ‘s' et son inattention.
Je lui répéterai aussi que nous sommes là pour lui.

Dans ses tourments, je repense à ma première incompréhension (il n'était pas mieux que moi ce petit con), mes premiers râteaux et les suivants, les idéalisations qui te bouffent les journées, les recherches de simples regards, les fausses satisfactions, les jalousies idiotes, les hésitations, les absences, les non-dits, les jamais-dits, les soirées dans l'obscurité de la chambre, certaines chansons passées en boucle, les textes, les ratés, les presque ratés...

Je m'attache à ces occasions manquées presqu'autant qu'à mes quelques réussites. D'ailleurs, je m'attribue toujours certains succès non aboutis. J'envie mon fils. Pour ses futures défaites, et ses réussites. Qu'il en conserve l'important.

By Sapiens

Commentaires
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Rolanda Bibine 18-10-2010 11:28:15

Ce sont des pré-ados et tu as raison, il me semble aussi qu'ils sont hyper sensibles aux regards de leurs camarades. Plus tout à fait enfant, pas vraiment ado... C'est assez compliqué à gérer. Nous avons envie que rien ne leur arrive et pourtant c'est ainsi qu'ils grandiront!
Catnatt 18-10-2010 12:57:49

Si j'adore ton texte, touchant jusqu'en enfance, ça, ça me bouleverse

Citer:
Dans ses tourments, je repense à ma première incompréhension (il n'était pas mieux que moi ce petit con), mes premiers râteaux et les suivants, les idéalisations qui te bouffent les journées, les recherches de simples regards, les fausses satisfactions, les jalousies idiotes, les hésitations, les absences, les non-dits, les jamais-dits, les soirées dans l'obscurité de la chambre, certaines chansons passées en boucle, les textes, les ratés, les presque ratés...

  sapiens 18-10-2010 16:39:15

>Rolanda: Il faut qu'il y passe. C'est important pour lui. Même si je me dis que j'aimerai lui transmettre comment éviter certaines soirées difficiles.

>CatNatt: merci, ce passage est une sorte de résumé... universel...
Zan 18-10-2010 16:47:39

comme je m'y retrouve et comme j'y projette déjà ma fille l'émoi au cœur !
Calmence 25-11-2010 15:36:55

C'est le même passage que Catnatt qui m'a toute tourneboulée. Très joli texte. Bravo!
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