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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Hommage à mes poissons

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Je me souviens quand ma sœur est arrivée avec son aquarium et ses poissons rouges. Nous partagions la même chambre elle (ses nouveaux compagnons à nageoires) et moi.

Je n'avais pu retenir mon fou rire. Il faut dire que chez nous, il n'y avait jamais eu d'animaux, non pas que nous ne les aimions pas mais culturellement les animaux se devaient d'avoir une fonction précise.
Le chien est tenu de protéger le cheptel, le chat de débarrasser des rongeurs... bref l'adoption d'un animal passait par un recensement de besoins suivi d'un véritable cahier des charges, processus digne des plus grands cabinets de recrutement.
Or nous n'étions pas éleveurs de bétail et vivions dans un appartement salubre. La présence d'un animal était inutile.
Toujours est-il que ma sœur avait décidé de transgresser la règle établie du 2 par chambre.
Le contenant transparent posé sur notre bureau, hébergeait désormais 7 petites choses ridicules, transparentes et mobiles.
Quotidiennement, en potassant mes cours, je jetais un coup d'œil moqueur sur nos nouveaux colocs.
Puis au fil des jours sans m'en rendre compte, mon regard devenait moins sarcastique.
Je scrutais leurs mouvements allant même jusqu'à anticiper leur trajectoire, leur parcours évitant ces petits obstacles posés ici et là, et censés leur donner l'illusion d'évoluer dans les eaux chaudes des caraïbes (ce n'est pas « méchant » un poisson mais Dieu que c'est con...).

J'en arrivais même à vérifier que leur eau était saine ou que ces petits cannibales avaient bien eu leur portion de nourriture malodorante à base de congénères.
Puis un jour, en m'installant pour réviser mes partiels, mes fosses nasales ont été violemment agressées par une odeur infâme.
Mes yeux se tournèrent immédiatement vers l'aquarium .Quelle ne fut pas ma consternation à la vue des 7 petits cadavres flottants, de ce charnier aquatique.
La bouteille de parfum accolée, vidée depuis quelques heures tout au plus, me semblait être l'arme du crime. Mon petit frère de 4 ans à la bouille malicieuse, n'ayant pas d'alibi au moment de l'empoisonnement, la reconstitution des faits n'a pas été chose difficile.

Outre le choc de la révélation du comportement sociopathe de mon petit frère, force m'était de constater que je m'étais attachée à ces poissons et que leur perte m'avait affectée plus que je n'aurais osé l'imaginer.
Tout cela pour dire que, lorsque je suis arrivée dans cette entreprise, j'ai tout de suite eu une vision satirique de mes collègues. Je les ai snobés, j'ai refusé de partager des repas allant jusqu'à la limite de la schizophrénie, en m'inventant des amis imaginaires avec lesquels je prétendais déjeuner de peur d'être contaminée ou tout du moins d'être associée à leur médiocrité.
Mais tout comme avec les 7 petits poissons, j'ai fini par m'attacher à mes « bras cassés » sans m'en rendre compte et aujourd'hui je les quitte avec un pincement au cœur.
Désormais je m'en vais suivre le gulfstream de l'évolution professionnelle laissant mes candides collègues tourner en rond dans leur aquarium tapissé de leurres.

En définitive, il n'y a pas que les poissons qui ne soient pas « méchants »mais Dieu qu'ils.... me manqueront...

Letty

Commentaires
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lio 19-01-2012 11:36:07

J'avais jamais fait ta métaphore mais je la trouve assez riche et judicieuse, comme si nous étions des poissons qui passaient d aquarium en aquarium selon avec qui l'on est.
baci 19-01-2012 15:34:31

texte après texte, letty travaille à me rendre fan

drôle et hyper pertinent, top !
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