La politique, Brassens, et moi
Mardi, 18 Octobre 2011 06:37
Zelda
Il y a des familles où on ne parle pas de politique, de peur de se fâcher.
De gâcher le dîner, de faire tourner la mayonnaise, d'attrister la grand-mère.
"Pour une fois qu'on est tous réunis"...
Dans ces familles-là, parfois les petits-enfants mettent les pieds dans le plat. Plus souvent, les silences s'étirent, remplis de ce qu'on ne dit pas, des sujets évités, des sous-entendus.
On préfère maintenir l'illusion. La famille unie, la joie de se retrouver. L'amertume aux bords des lèvres, dans la voiture à l'aller, la bile qui se déverse au retour.
Il y a des amitiés où l'on ne parle plus de politique. On a cru qu'on pouvait tout se dire, même si on n'était pas d'accord, et puis un jour, ça nous a pris aux tripes plus qu'un autre, le copain n'était pas juste celui qui raisonnait autrement mais l'ennemi, celui qui voulait nous écraser.
On s'est évité, un temps.
Quand on s'est reparlé, parce qu'on se manquait, parce que c'était trop con à la fin, on a contourné le sujet.
On maintient l'illusion. L'amitié qui dure, qui est au-delà des différences d'opinion, qui tient par le rire, les bons moments partagés, les souvenirs de fins de soirée.
N'empêche qu'on se tait, qu'on avale une autre gorgée de bière pour noyer la phrase qui nous venait.
Et moi j'en suis où ?
Quelque part entre "Si tu ne fais pas de politique tu fais celle de l'ordre établi" et un désintérêt profond. Aucun enthousiasme à jouer le jeu, et la mauvaise conscience de laisser le champ libre aux autres, ceux qui feront pire.
Je sens la vie dans mon ventre. Je vais à la bibliothèque. Je fais des compotes pour cet hiver. Je ramasse des noisettes et observe les poules qui cherchent des vers sur le compost. Je lis des trucs sur Brassens. Je ne savais presque rien de sa vie, même si j'ai grandi avec ses chansons.
En arrivant à Paris, j'étais allé travailler chez Renault, parce que j'avais besoin de vivre. En ce temps-là, je croyais que j'avais besoin de vivre, du moins, je ne savais pas encore qu'on pouvait s'en passer. J'ai su à ce moment-là que je ne me prêterais pas à aucun jeu social, que je ne servirais à rien. J'ai compris que j'étais inutile. C'est la comtesse de Noailles qui disait cela : « inutile mais irremplaçable ». Je vivais comme une sorte de fou, de simple d'esprit, qui n'a aucun sens du réel et auquel on facilite toutes les tâches, auquel on ne donne aucune initiative. (Brassens, entretien radiophonique avec Luc Bérimont, Les chemins du jour, RTF, 8/10/1954.)
Pendant dix ans, il passe son temps à lire les poètes, à écrire et à relire encore. Dans une chambre de moine (du genre paillard) chez des amis, vivant de rien, volant un peu, "profitant d'avoir de mauvaises dents pour ne pas trop manger". Une vie de fou, en effet, pleine pourtant, de l'étude des poètes, d'amitiés vraies, de textes à ciseler. Une vie incompréhensible pour presque tous, sauf ceux-là justement qui l'entourent.
J'en connais quelques-uns, de ces "sortes de fous". Je me demande souvent si tout ce qu'ils ne font pas n'a pas plus de poids que ce que j'essaye de faire, avec mes heures syndicales, mes CA, mes votes, mes manifs, les articles que je relaie. Primum non nocere, comme on me l'a rappelé il y a peu. Mais quel boulot dans une société construite sur l'indifférence à l'autre, quand ce n'est pas son écrasement.
Je n'ai pas de réponse. Même pour moi. Et je relis Jean Sur.
"Pour moi, les itinéraires les moins absurdes et les moins tristes de ce temps sont faits d'errance, d'hésitation, de consommation minimum, d'éducation spartiate, de recherche constante de liberté, de relations vraies, et d'une connaissance intime du vocabulaire de Cambronne."

Zelda
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...