
Comment tombe-t-on amoureux ? Entre question et affirmation. Sans réponse attendue.
C'est un petit peu physiologique, hormonal, un petit peu social, de l'éducation, un petit peu attendu, une recherche, un petit peu tout et rien.
La finalité reproductive se voit dépassée par les progrès, par l'inutile liaison. Et si finalement aujourd'hui, nous ne tombions plus amoureux dans l'inconscience de la survie de l'espèce. J'y crois pourtant à cet héritage animal.
Cela nous arrive, tôt, tard, faussement, véritablement, sans le faire exprès.
La première fois, j'avais une dizaine d'années. La seconde fois fut au collège. La troisième, quatrième et peut-être cinquième fois au lycée. Ensuite, ce fut la dernière fois, la bonne comme on dit.
Quand je suis amoureux, je suis bête à manger du foin, je ne trouve pas mes mots, je rougis, je n'ose pas. Surtout, je ne dois pas réfléchir pour y arriver. Je suis sûrement un petit peu trop cérébral, dans l'épanouissement de quelques rêves. C'est si beau dans l'imagination, il ne faudrait pas gâcher cela par un simple non. Souvent, je ne demandais même pas, je me gardais bien de prendre un risque.
Alors je ne sais pas comment je me suis retrouvé avec une petite copine derrière la porte d'un hall de l'école primaire. Jolie brune aux cheveux longs qui façonna sûrement certaines de mes préférences. Comme un modèle. De fait, plus tard, je crois que nous sommes capables de dire si nous préférons les brunes, les blondes ou les rousses. Encore plus tard, nous réalisons que ce n'est pas l'essentiel.
C'était une aventure extraordinaire, elle n'a peut-être duré que quelques semaines. Ce n'est pas très important de savoir combien de temps. Ce ne fut quelques smacks échangés. Smack, voilà, ça fait vieux, ça fait K7, 33 tours, stylo-plume, récréA2 ...
Comment en sommes nous arrivés là, sans se poser plus de questions que cela. A dix ans, on ne s'interroge pas. C'était caché des autres, je me souviens, les autres sont moqueurs dans une cour d'école. Déjà, la séparation filles-garçons s'installait naturellement par les goûts, les jeux, la société, Goldorak et Candy. Entre gars, nous regardions sans aucun doute les filles sous cape, sans en parler. Comment réagirions-nous, c'était un air de chanson moqueuse "hou la menteuse elle est amoureuse". Et le directeur, les institutrices, surtout les éviter, les adultes, ça ne comprend rien et ça s'inquiète.
Et puis, c'était également les petits mots, ceux à l'écriture temporaire, des bouts de papiers déchirés, le cahier d'amitié de fin d'année. Nous nous disions je t'aime avec, déjà, une conscience apprise de l'engagement. Nous nous disions je t'aime bien avec ce bien ajouté, ce bien en trop, qui déchirait. Si j'avais pu effacer ce mot, certaines fois, ce fichu adverbe...
J'y pense avec une grande tendresse, un sentiment exagéré qui colle un sourire niais. Par la suite, je l'ai revue souvent, d'une classe à une autre, d'un établissement au suivant, d'une fête au samedi soir d'après, comme si nous devions nous suivre à chaque étape, comme s'il existait une sorte de lien. Enfin, ça, je me le dis tout seul, elle sans doute pas. Les filles, c'est plus rationnel, non ?
Son souvenir m'est doux, comme un bonbon, comme une fierté, oui, c'est cela, une fierté de garçon.
Dans une même classe au lycée, nous nous sommes retrouvés et nous avons repassé des heures et des heures ensemble, avec de nouveaux amis. Nous étions les survivants du CE2. Je n'étais plus amoureux, je la regardais tout de même différemment. J'ai vu des gars lui tourner autour. C'était curieux.
Ouais mon pote, tu vois, lorsque tu t'es fait ramasser sur le chemin de la maison en la raccompagnant, j'étais là et j'ai rigolé, rigolé, à tomber de vélo. Tu aurais dû me demander car elle a du caractère, la fille. En fait, tu n'as même pas eu le temps de quoi que ce soit. Elle t'a dit, simplement en anticipant, que ce n'était pas la peine d'essayer car ça serait non. Toi qui ne calculais pas les situations (et ça te réussissait souvent), tu n'auras pas eu le temps de poser l'opération. Tous les trois, sur le trottoir ce jour là, nous étions vraiment bien. Et j'étais admiratif car les filles, c'est plus fort que soi.
J'ai vu des gars sortir avec elle, je connais son mari. J'ai partagé ses histoires, mais de plus en plus loin. Dans mon coin, je n'approuvais pas tout mais ne lui disais pas (de quoi je me mêle ?). Elle aussi, a partagé certains de mes essais. Comment aurais-je fait le jour du cinéma si tu ne m'avais pas rassuré, et puis, cette curiosité statistique de se retrouver avec ta cousine à mes 18 ans ?
Du cours élémentaire à la préparation du bac, il aura fallu plus de dix années pour que nous en reparlions. Je n'osais pas vraiment en reparler. Ne serais-je pas ridicule ? Une amourette de gamins, une gaminerie. Te souvenais-tu de l'histoire comme moi? Voulais-tu simplement t'en souvenir ?
Il y a eu une occasion que nous avons saisie. Je fus rassuré.
Mais nous n'étions pas d'accord. Tu disais CE2, je disais CM1. Nous avons campé sur nos positions et j'y suis toujours planté. De toute façon, je ne reconnaitrai jamais une éventuelle erreur. M'en fiche, parce que le CE2, c'était à l'étage, et tu peux m'expliquer alors pourquoi on se retrouvait à chaque sonnerie, signal de début récréation, au rez de chaussée au bout du couloir ? Hein ? Parce que la salle de CM1 était, je te signale, à trois mètres du hall. C'était quand même plus simple. Et dis donc, tu te rappelles, nous étions courageux, y'avait le bureau du directeur qui donnait sur l'entrée. Ben dis donc.
Pendant cette seconde phase de partage, nous sommes partis en vacances ensemble, nous avons inquiété nos parents, ah les adultes s'inquiètent tout le temps. Nous étions presque majeurs, c'était particulier. Au milieu des autres, tu n'étais pas comme eux. Nous aimions bien, simplement.
Aujourd'hui, elle s'est coupée les cheveux. Je n'accroche pas trop (je ne lui dirai jamais). Elle s'en est sortie. Moi aussi. Nous savons que nous devons nous revoir pour ne pas se perdre de vue. Nous avons nos coordonnées, elles nous suffisent peut-être, dans un petit coin de nos têtes. Elles nous rassurent sans doute.
Les années passent.

By Sapiens
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
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J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
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