La ville de mon coeur
Lundi, 19 Avril 2010 00:00
Madame Patate
Dès le début j'ai su que j'allais l'aimer.
Dès la rencontre, comme une évidence, c'est là que je me suis sentie vivre et respirer : dans mon coin, mon pays, ma ville, avec ces racines que sans y penser j'ai commencé d'y planter. Sans y penser... Jusqu'au jour où parce qu'il ne faut jamais dire "jamais", j'ai dû la quitter.
Oh, de mon plein gré, ni contrainte, ni forcée, mais sans trop encore réaliser que j'y laissais mon coeur tout éclaté.
Un petit morceau entre les 4 murs et le toit qui ne seront plus jamais à moi ; un autre morceau au fil de l'eau, jeté de ce pont que naguère je traversais pour rentrer ; plein de petits bouts éparpillés sur les pavés du centre-ville, petites touches de moi en chacun de ces endroits que je croyais ne jamais pouvoir quitter. Des lambeaux de mon coeur sont enterrés dans un parc, quelques cendres abandonnées en terrasse d'un café, des échos de ma vie - mon "ancienne vie" - résonnent encore au coin de cette rue, à l'angle de cet immeuble ou au pied de cette statue.

Alors bien sûr ailleurs, on s'installe, on (re)construit son bonheur.
Mais on n'oublie jamais vraiment la ville où l'on a laissé son coeur, un jour de juillet, de mars ou de mai. Le regret est là, toujours, dans le moindre petit détail, jusqu'au petit pincement qui te prend quand par hasard par exemple tu tombes sur un bête bulletin météo, sur un vacancier qui s'est émerveillé dans TA ville et que tu toises partagé(e) entre la fierté parce que "ouais c'est chez toi" et la jalousie parce que non, justement, ce n'est plus chez toi, et qu'en plus le truc dont il te cause tu ne l'as même jamais vu (Et encore, il ne faut pas qu'il te la joue "ouais bof", parce que limite tu pourrais le bouffer tout cru!!).
On trouve étrange ta presque réticence à l'évoquer, à faire comme si la page était tournée, sans comprendre que c'est pour mieux oublier que non, la page ne s'est pas tournée pour toi, elle t'a été arrachée et tu te promènes depuis ce moment avec un grand trou béant en dedans ta ta taaaooon. (Renaud, sors de ce corps!!)
J'ai pris conscience de fournir un effort permanent, en tâche de fond, pour ne pas y penser, pour ne pas comparer la vie d'avant et la vie de maintenant, la forme des pavés, les couleurs, les odeurs, les saveurs. Ne plus regarder le passé pour ne pas (trop) plomber le présent de ce manque d'elle.
Ma ville d'amour, ma ville de coeur, celle où je reviens désormais en visite, de temps en temps, pas longtemps, partagée entre le plaisir de la retrouver et la peine de la retrouver changée. Car elle change oui, loin de moi. Elle évolue, elle continue, elle ne cesse de grandir et de bouillonner de toute cette vie dont je ne fais maintenant plus partie.
Je souffre, le mot est à peine trop fort, d'y retourner pour découvrir une rue devenue piétonne ou au sens inversé, de m'y perdre parfois et quémander mon chemin comme une touriste alors qu'hier encore je m'y serais promenée les yeux fermés (et m'y serais alors cogné le nez sur un lampadaire, m'enfin c'est une image hein, z'aviez compris?). Impression presque, de m'y être promenée les yeux fermés, de n'avoir pas suffisamment apprécié ma chance, apprécié son architecture et sa beauté... persuadée, Patate que j'étais, que son "bon vivre" m'était acquis.
Bientôt sans doute je ne la reconnaîtrai plus et je radoterai à des p'tits jeunes ce bon vieux temps qu'ils n'y auront pas connu, et ce petit ciné que j'adorais et qu'ils ne connaissent que comme la boutique à portables qu'il est devenu (Sérieux, avez-vous remarqué comme dès qu'un truc disparaît, c'est pour être remplacé par un magasin de téléphonie mobile?).
De ces retours sur/dans le passé, j'en souffre un peu mais ne peux m'en passer.
(Et là quand même, ami lecteur, je te demande une minute de silence parce que cette ligne est sublime!) (Et ouais, les fleurs sont pas chères)
Ma ville de coeur, ma bouffée d'oxygène, mes racines que nulle part ailleurs je ne saurai replanter. Si, loin de moi tu as changé, comme un enfant qu'on n'aurait pas vu grandir je suis toujours heureuse de te retrouver; sans y avoir participé, de m'ébahir de tes progrès ; sans en être directement affectée, de me désoler de tes plaies. J'aime, l'espace d'un instant, me poser sur un banc public et fermer les yeux, retrouver le soleil sur ma peau, les bruits mêlés de la circulation et des conversations (et des klaxons!), quelques cui-cuis en note de fond, et imaginer que lorsque je vais me lever, quelques années seront effacées et toi et moi pourrons reprendre là où tout s'est arrêté ...
Je t'aime pour toujours, toi qui as été et resteras à jamais la ville de mon coeur.

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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...