L'autre Papa.
Mardi, 26 Octobre 2010 23:17
Elunatik
J'ai lu ici et là, des pages de blogs qui parlent des relations parents-enfants. Avec le père ou la mère. Je me suis longuement demandée si je devais vraiment en parler. Puis finalement, oui, après tout, je lâche tout sur la toile, ce que je ne sais pas dire, ce que je ne parviens pas à sortir sans bafouiller avec des larmes. Ce post en fait parti.
Papa est hémiplégique (bras et jambe droite) depuis quatre ans maintenant. Outre les problèmes liés à l'AVC qu'il a eu, il a également des calculs d'oxalate de calcium qui le font énormément souffrir, s'ajoutant à la souffrance physique (et morale) de la paralysie.
Je crois que ce qui m'a le plus marqué c'est lorsque j'allais le voir à l'hôpital les premiers mois. Je lui massais sa main et son pied paralysé, j'essayais de ramener coûte que coûte la vie dans ses membres. Un jour il m'a dit : "Arrête." Il a pris sa main paralysée dans sa main valide, comme pour la cacher. Il m'a regardé droit dans les yeux et m'a dit : "Tu sais, j'espère que je pourrais compter sur toi pour m'aider à en finir si je ne m'en sors pas."
Sur le coup, que veux-tu répondre à ça? Rien. Le silence. J'ai hésité entre le "Mais non ne dis pas ça!" et le "Oui je t'aiderai." Alors je n'ai rien dit. Après coup, j'ai réfléchi et je me suis dis qu'il devait être dans un mauvais jour, qu'il avait des idées noires. Mais cette phrase reste imprégnée dans ma tête et dans mon cœur. "Et s'il avait pensé et pesé chacun de ses mots...?"
Mon père a disparu le jour de son AVC. A la place, il y a l'autre. Le même mais différent. Et il faut apprendre à l'aimer, malgré ses paroles, ses méchancetés, son agressivité liées au refus d'accepter son état. La violence des mots, la douleur de l'âme. Continuer à regarder cette enveloppe qui ressemble à mon père mais qui ne l'est plus.
Mon père était... Rien ne sert de le décrire avant, puisqu'il faut l'accepter tel qu'il est maintenant. Il est fragile, fatigué, lucide, parfois non, parfois gentil, parfois borné, mais plus réfléchis, plus calme aussi. "Tu sais, on ne va pas se disputer, je ne suis plus en état de m'engueuler avec toi." Oui. C'est vrai. Il m'apprend alors à réfléchir autrement, à voir la vie avec de nouveaux yeux. Les siens. Blessés, mais en état de marche. Donc plus tout à fait comme avant. Je lui apprends des choses, il m'écoute plus souvent. Et il me fait de longs mails, tapés d'un seul doigt, sans une faute. Il corrige les miens, me reprend, m'aide à me construire.
C'est mon papa. Plus le même. Plus aussi fort. Grâce à une amie, je me suis rendue compte que ce que j'en tirais de tout cela, c'est que ni les papas, ni les mamans ne sont des supers héros. Mais de simples humains.
D'aucun me disent de ne pas le mettre dans la tombe avant l'heure. Ce n'est pas ce que je fais. Mon père a écrit deux livres et trié plus de 50 000 morceaux de musiques datés, classés, annotés (d'un seul doigt!). Mais mon père n'est plus. Il faut que j'apprenne à comprendre et aimer celui qu'il est devenu.
Et la petite fille en moi a mal de ne plus pouvoir le serrer contre elle... Il était le seul à venir me prendre dans ses bras et prononcer ses mots qui me permettaient chaque fois de me relever : "Ne t'inquiètes pas, tout va bien se passer." Ces mots que je n'entendrai plus jamais. Mais qui seront dit d'une autre manière.
Alors quand je rentre de chez mes parents, je suis toujours en larmes. Larmes de colère, d'incompréhension, de tristesse. Sentiment d'être inutile. Je peste sur Facebook et Twitter car c'est le seul endroit où je peux lâcher quelque chose. Bien que ce ne soit pas les lieux appropriés, je m'en fous, je ne sais pas à qui d'autre m'adresser. Alors je m'adresse à tous, et à personne.
Mais une chose est sûre, ce nouveau papa, pas si nouveau, mais si différent, je l'aime toujours très fort.
By Elunatik
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...