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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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L'autre Papa.

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J'ai lu ici et là, des pages de blogs qui parlent des relations parents-enfants. Avec le père ou la mère. Je me suis longuement demandée si je devais vraiment en parler. Puis finalement, oui, après tout, je lâche tout sur la toile, ce que je ne sais pas dire, ce que je ne parviens pas à sortir sans bafouiller avec des larmes. Ce post en fait parti.

Papa est hémiplégique (bras et jambe droite) depuis quatre ans maintenant. Outre les problèmes liés à l'AVC qu'il a eu, il a également des calculs d'oxalate de calcium qui le font énormément souffrir, s'ajoutant à la souffrance physique (et morale) de la paralysie.

Je crois que ce qui m'a le plus marqué c'est lorsque j'allais le voir à l'hôpital les premiers mois. Je lui massais sa main et son pied paralysé, j'essayais de ramener coûte que coûte la vie dans ses membres. Un jour il m'a dit : "Arrête." Il a pris sa main paralysée dans sa main valide, comme pour la cacher. Il m'a regardé droit dans les yeux et m'a dit : "Tu sais, j'espère que je pourrais compter sur toi pour m'aider à en finir si je ne m'en sors pas."

Sur le coup, que veux-tu répondre à ça? Rien. Le silence. J'ai hésité entre le "Mais non ne dis pas ça!" et le "Oui je t'aiderai." Alors je n'ai rien dit. Après coup, j'ai réfléchi et je me suis dis qu'il devait être dans un mauvais jour, qu'il avait des idées noires. Mais cette phrase reste imprégnée dans ma tête et dans mon cœur. "Et s'il avait pensé et pesé chacun de ses mots...?"

Mon père a disparu le jour de son AVC. A la place, il y a l'autre. Le même mais différent. Et il faut apprendre à l'aimer, malgré ses paroles, ses méchancetés, son agressivité liées au refus d'accepter son état. La violence des mots, la douleur de l'âme. Continuer à regarder cette enveloppe qui ressemble à mon père mais qui ne l'est plus.

Mon père était... Rien ne sert de le décrire avant, puisqu'il faut l'accepter tel qu'il est maintenant. Il est fragile, fatigué, lucide, parfois non, parfois gentil, parfois borné, mais plus réfléchis, plus calme aussi. "Tu sais, on ne va pas se disputer, je ne suis plus en état de m'engueuler avec toi." Oui. C'est vrai. Il m'apprend alors à réfléchir autrement, à voir la vie avec de nouveaux yeux. Les siens. Blessés, mais en état de marche. Donc plus tout à fait comme avant. Je lui apprends des choses, il m'écoute plus souvent. Et il me fait de longs mails, tapés d'un seul doigt, sans une faute. Il corrige les miens, me reprend, m'aide à me construire.

C'est mon papa. Plus le même. Plus aussi fort. Grâce à une amie, je me suis rendue compte que ce que j'en tirais de tout cela, c'est que ni les papas, ni les mamans ne sont des supers héros. Mais de simples humains.

D'aucun me disent de ne pas le mettre dans la tombe avant l'heure. Ce n'est pas ce que je fais. Mon père a écrit deux livres et trié plus de 50 000 morceaux de musiques datés, classés, annotés (d'un seul doigt!). Mais mon père n'est plus. Il faut que j'apprenne à comprendre et aimer celui qu'il est devenu.

Et la petite fille en moi a mal de ne plus pouvoir le serrer contre elle... Il était le seul à venir me prendre dans ses bras et prononcer ses mots qui me permettaient chaque fois de me relever : "Ne t'inquiètes pas, tout va bien se passer." Ces mots que je n'entendrai plus jamais. Mais qui seront dit d'une autre manière.

Alors quand je rentre de chez mes parents, je suis toujours en larmes. Larmes de colère, d'incompréhension, de tristesse. Sentiment d'être inutile. Je peste sur Facebook et Twitter car c'est le seul endroit où je peux lâcher quelque chose. Bien que ce ne soit pas les lieux appropriés, je m'en fous, je ne sais pas à qui d'autre m'adresser. Alors je m'adresse à tous, et à personne.

Mais une chose est sûre, ce nouveau papa, pas si nouveau, mais si différent, je l'aime toujours très fort.

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By Elunatik

 

Commentaires
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Spleen sans idéal 26-10-2010 13:28:11

Perso, ce texte me touche, parce que ma mère a fait un accident de bagnole et elle a son bras et sa jambe endommagés. Et je l'ai vu changer quand elle était totalement immobilisée. Maintenant, ça va mieux. Mais le changement que j'ai vu, et qui dure aujourd'hui m'a légèrement teinté. Surtout que j'ai dû m'occuper d'elle pendant 6 mois, et ça fait bizarre
Elunatik 26-10-2010 13:52:30

Merci de ton commentaire Spleen sans idéal. Merci de m'avoir lu, sachant ce que tu as vécu.

Nous sommes tous changés par le changement brutal d'une situation et a fortiori d'un changement brutal lié au corps et au mental d'une personne qui nous est chère.

Moi je n'ai pas l'occasion de m'occuper réellement de mon père comme je le souhaiterai. Lui ne le souhaite pas non plus de toute façon. Mais les neuf premiers mois, je m'en suis occupée, en allant le voir presque tout les jours à l'hôpital. Et c'est là qu'il m'a le plus marqué.
wow + merci
Gotemar 26-10-2010 13:41:32

Je ne sais pas si c'est un écho à ce que j'ai écrit moi, mais plus je te lis, plus tu m'en parles, plus je le sais, c'est évident : tu es vraiment courageuse, tu es vraiment forte.


Je suis très touchée de ce que tu as écrit, je sais pas trop quoi te dire alors tout simplement : merci, câlin et rafale de bisous.
Elunatik 26-10-2010 13:55:45

Oui ma jolie Gotemar, c'est ton article qui a déclenché celui-ci. Du moins en partie. J'ai lu le texte de Lio sur sa mère qui renvoyait au tien. Quelques jours après, j'allais voir mon père et en rentrant de cette visite, mercredi dernier, ce texte est sorti tout seul, et sans doute en partie grâce à toi et ton écriture.

Je te dois beaucoup car je cherchais à écrire sur ce sujet, j'en ressentais un besoin viscéral depuis presque deux ans.

Merci.

  Poupimali 26-10-2010 14:19:35

C'est un très joli billet.
non seulement car il te permet de dire ce que peut être tu penses et ressens depuis longtemps mais aussi pour le fond.
Comment on fait nous qui sommes à coté des malades ?

Après je ne sais trop que dire.
Si ce n'est peut être merci.
Anonyme 26-10-2010 15:39:05

Merci à toi de m'avoir lu Poupi!
Zan 26-10-2010 15:13:54

il me touche tellement ce billet, alors que la situation m'est totalement étrangère...

tu as été si courageuse ne serait-ce qu'en mettant des mots sur votre histoire, Elunatik...
Elunatik 26-10-2010 15:40:47

Je ne sais pas si j'ai été vraiment courageuse tout simplement parce qu'au fond de mes tripes, il fallait que j'écrive, que je partage. Certains gardent leur douleur pour eux, moi j'ai ce besoin de parler.

Merci de m'avoir lu, et d'avoir partager le lien sur Twitter.
Ta lutine de soeur. 26-10-2010 15:20:49

Tu es bien plus forte que moi. Contrairement à toi, je ne suis pas allée le voir tous les jours, l'hôpital me donnait la nausée, et le voir dans cet état, lui le papa si grand et si fort que je connaissais, ne me plaisait pas et me faisait mal.
Effectivement nous parlons. Mais ce n'est pas pareil.
Ce que tu as écrit me touche beaucoup, nous avons ressenti plus ou moins la même chose concernant son AVC, même si j'ai mis beaucoup de temps à l'accepter.
Mais papa reste papa, comme tu l'a dit "différent", mais un papa qu'on aime énormément.

Bisous fort grande soeur, à très bientôt
Elunatik 26-10-2010 15:41:22

Tu es forte aussi petite sœur. Merci de comprendre.
Bisous
  zelda 26-10-2010 15:41:55

Ma grand-mère a écrit ses "mémoires" l'hiver dernier, sur trois cahiers de brouillons collés ensemble.
A un moment, elle écrit "quand sa mère meurt, on dit adieu à son enfance". Ce que tu as écrit là me l'a rappelé.

C'est vrai que tu as l'air forte, mais tu n'as pas eu le choix. Ton père a changé, d'une façon qui t'a forcée à changer aussi. Et j'ai l'impression qu'autant que ce père puissant, c'est la petite fille confiante que tu pleures. Et que tu aimes, aussi.

(Mon père est mort il y a 8 ans, mon commentaire est donc d'autant plus embué et maladroit)
Elunatik 26-10-2010 16:07:40

Tu as raison, c'est mon enfance sécurisée que je pleure. Avec cet AVC, c'est à ma petite vie bien douillette à qui j'ai du dire au revoir, et j'ai dû rentrer à grands coups de pieds aux fesses.

Merci pour ton commentaire, pas du tout maladroit!
Elunatik 26-10-2010 16:09:01

Dans la vie. rentrer à grands coups de pieds aux fesses dans la vie active!

Oups. Sorry!

Un modo dans le coin pour éditer? XD
sand 26-10-2010 16:11:06

Quande tu es loggée, tu as possibilité de modifier tes comm, Elunatik

Merci pour ce texte. Il m'a foutu par terre. Sans pathos, sans larmes à outrance, avec une juste colère. Go on
Elunatik 26-10-2010 16:22:26

Merci Sand. C'est grâce à toi s'il est posté aujourd'hui ici.

Merci.
Du fond du coeur.
Ma cocotte 27-10-2010 10:23:58

Ce texte me touche tout particulièrement. Parce que ça m'est arrivé à la quarantaine, parce que j'ai eu la chance de ne pas rester paralysée, je m'en sors. En te lisant, j'entends les silences de mes enfants, leurs incompréhensions, leurs peurs.
Elunatik 27-10-2010 13:06:45

J'espère aussi que tu y lis tout l'amour d'une fille pour son père. Que tu puisses t'en sortir est une merveilleuse chose!

Je perds petit à petit espoir pour mon père, mais je reste autant que je peux présente pour lui.

Mon père nous a rejeté en premier lieu, mais ensuite, j'ai tapé du point sur la table afin de lui faire comprendre que j'avais mal moi aussi de le voir ainsi.

Merci de ton commentaire, en espérant que tu ailles vraiment mieux!
Ma Cocotte 27-10-2010 18:09:25

Je ne connais pas ton papa mais je sais que, alors qu'on était plein d'énergie, de joie, d'envies, d'allers et retours à grands pas, de dix mille idées en trois secondes, de "allez zou, c'est parti pour un mardi folie les loulous", et que, comme ça, un matin, tout bascule et ce corps qui nous trahit. Alors vient l'impuissance, la rage de l'impuissance. Le refus de la dépendance. Il met arrivé de repousser la main de Monsieur Chéri, larmes aux yeux, et puis "j'y arriverai toute seule, arrête... !". Ce jour là, ce n'est pas lui que j'ai rejeté, c'est moi, mon incapacité à vivre avec, ma déception, mon impuissance, ma peur.
Sinon, oui, j'y ai lu ton amour pour lui. Tu as songé à lui offrir le texte ?
Elunatik 28-10-2010 23:30:27

Oui, j'y ai pensé. Je lui en parlerai. J'appréhende un peu, car même si nous sommes proche, j'ai peur qu'il le prenne mal, peur de le blesser.

Je comprends le refus d'aide extérieure, mais parfois il faut savoir se laisser aider, pour avancer et surtout comprendre que mon père se bat seul, mais je suis à ses côtés. Et c'est plaisir souvent de l'aider.

Il refuse souvent, alors, on a conclu un accord tacite, quand je viens, c'est moi qui fait le café/chocolat chaud. c'est mon petit plaisir pour mon papounet.
Ma cocotte 29-10-2010 07:27:04

C'est différent parce que je ne suis pas ton papa. Mais je crois vraiment que c'est à lui qu'il en veut. Le handicap, au début, m'a fait croire que je perdais tout ce que j'étais, tout ce qui faisait qu'on m'aimait. J'étais plus pareil alors on ne m'aimerait plus. Il y a l'avant. Avant, j'étais à fond, tout le temps. Je courais et je n'avais jamais le temps. Il y a depuis. Depuis, je me suis battue à fond, tout le temps mais différemment. Je crois que si je n'avais pas aussi bien appris à vivre avec, je crois que je ressemblerais à ton papa. Impuissance, incapacité à faire, perte d'autonomie, dépendance. C
Et je suis sûre qu'il t'aime. Ca oui, j'en suis sûre.
Rolanda Bibine 27-10-2010 13:24:41

bordel de bordel.... je me dis que je vais me prendre de sacrées claques, moi qui ai toujours été épargnée. Ton texte sonne comme un avertissement pour moi et mes proches. Vite vite je le chasse de mes pensées
Merci pour ce texte Elunatik
Elunatik 27-10-2010 13:42:42

Oh? Un avertissement?? Comment ça?
Rolanda Bibine 27-10-2010 18:04:35

Juste se rappeler que cela peut (et va) arriver. S'y préparer en quelque sorte. Tu sais je suis adepte de la pensée magique.... rien de va m'arriver si je n'y pense pas

Ma Cocotte 27-10-2010 18:13:58

Je vote pour : vivre aujourd'hui et aujourd'hui ? Ben ça roule ma poule. De toutes façons, demain n'existe pas.
Rolanda Bibine 28-10-2010 14:36:57

Si demain existe mais il est merveilleux !!
(je sais je sais )
Elunatik 28-10-2010 23:32:53

Ça va arriver?

Tututututut!
Non.

Prends soin de toi, vis et profites et ça n'arrivera pas.


Anonyme 23-11-2010 09:43:05

Code:
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Citer:

Rolanda Bibine 23-11-2010 19:36:19

tiens, on a des enfants visiteurs sur Voldemag
moi aussi
caillaux 25-12-2010 23:45:10

moi auusi je vis la même chose que toi après un avc depuis 3 ans mon père est chez lui avec ma mère qui s'en occupe la galère en ce moment il est agressif physiquement et verbalement la jalousie d'un amant pour ma mère il parle pas beaucoup mais les insultes sortent et ma mère craque c'est usant j'essaye de l'aider car pour moi mon père n'est plus mon père je ne peux plus lui parler je comprends rien ma mère a du mal à essayer de le placer mais je ne veux pas qu'elle meurt avant car l'agressivité physique est multipliée et sa violence atroce depuis 3 ans on ne vit plus professionellement je ne fais rien de bien j'en ai marre ma fillede 7 ans souffre merde quelle vie donnez moi des conseils pour aider ma mère je ne pense qu'à elle merci
Elunatik 18-07-2011 18:51:53

Je n'ai pas de conseils à vous donner car mon père n'a jamais été violent physiquement. JAMAIS.
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