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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Le jour où il est devenu Papa

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Tout a commencé par une demande de mise en relation, une bonne vingtaine d'amis en commun, des goûts musicaux qui se recoupent... « Ce ne doit pas être un mauvais bougre... » Je clique et nous devenons amis.
Commence alors la phase de découverte de l'autre. Je suis dans une relation, lui va devenir papa. Les échanges sont amicaux, les cyber-délires quasi permanents et ont vite tendance à exaspérer les autres.

Vient ensuite la rencontre « IRL » comme on aime à dire. Lui est seul car future maman était fatiguée, moi seule car chéri travaille. La complicité est immédiate, comme si nous nous étions connus enfants. La soirée se passe, les éclats de rires se succèdent, nos amis communs inventent un sobriquet mêlant nos deux prénoms. Un sobriquet délicieux, tout autant que l'est ce moment.

L'envie de se revoir : c'est l'occasion une semaine plus tard. Pendant que nos amis sont occupés sur le dance floor, nous voilà à discuter pendant des heures de nos vies, de nos expériences respectives, nous nous découvrons des points communs supplémentaires et la soirée va se terminer sur le sentiment de s'être toujours connus mais jamais reconnus.
A ma rupture, il sera là pour me remonter le moral et les moments en tête à tête vont se multiplier : moi pour oublier le garçon, lui pour fuir l'ambiance infernale de son foyer. Pendant ces minutes là, nous sommes heureux, loin des autres, en dehors du réel. Notre amour platonique est sain, beau, nous sommes devenus invincibles.

Mes blessures guérissant, je peux dorénavant encore plus jouer mon rôle d'amie et être à son écoute. Les cris, les ultimatums sont légion chez lui. Un chantage affectif qui s'amorce avant même la naissance de son fils. La femme qui est en moi est touchée, je veux être celle qui le fera rire quand il en aura besoin pour ne pas qu'il craque, pour ne pas qu'il quitte son fils à venir.
Viennent ensuite les complications de la grossesse : trop de stress, de tabac, d'alcool, de drogues ont tenté le petit à vouloir sortir de sa tanière tôt, beaucoup trop tôt. Future maman doit être mise en observation jusqu'à l'accouchement. Attendre 3 mois... déjà 1 mois et ce serait bien.
Nous allons nous revoir, passer du temps ensemble. Jusqu'à cet appel : « Tu fais quoi ce soir ? Je suis dans le train, j'arrive dans 2 heures».

Mon cœur s'emballe, je vais être avec mon ami pour cette soirée de réveillon et l'idée est grisante. Je suis sur un nuage, nous sommes ensemble et donc invincibles... jusqu'au drame, ce dérapage, ce geste qu'il n'aurait pas du intenter, j'aurais du l'en empêcher. Et puis non, finalement, je peux vivre avec ça, je suis assez forte et lucide pour savoir dans quelle relation je m'embarque. Le terrain est glissant mais je le sais déjà, j'ai troqué mes escarpins pour mes chaussures de randonnée les plus robustes. Et puis, après tout, c'est tellement naturel, tellement logique.

La première piqûre de rappel arrivera 3 jours plus tard : « Elle est en salle d'accouchement, on ne peut plus l'en empêcher, il va naître, je vais devenir papa ! ».
Et voilà que commence un dialogue au-delà du réel où les « Je t'aime » seront entrecoupés de « Raccroche ce téléphone, il est tellement petit que tu vas rater sa naissance et t'en vouloir toute ta vie ».
Il est devenu Papa : je le savais, le jeu n'était pas truqué. Je digère la chose tant bien que mal.

Un autre appel : « J'ai envie de te voir, tout est planifié, tu n'as rien à craindre, personne n'en saura rien ».
Je vis plus que jamais mon rôle de femme de l'ombre, les moments de complicité intense, ce sentiment d'invulnérabilité est plus fort que toutes les heures à pleurer son absence. Je ne suis pas jalouse, je connaissais les cartes d'avance.

S'en suivent des absences qui se font de plus en plus longues, des silences des plus en plus pesants. Les moments à deux ne suffisent plus. L'envie d'en finir d'une manière radicale plus forte. Les tentatives de passage à l'acte sont effectives. Il faut alors faire un choix : continuer à vivre dans l'ombre et souffrir ou quitter cet homme que j'aime pour le meilleur et pour le pire.

J'ai choisi de le quitter, dans la difficulté, dans les pleurs.  

Les mois ont passé, un homme plus que charmant m'a aidée à me sentir à nouveau désirable. Mon double a quitté sa concubine sitôt que son fils a prononcé le mot « Papa ». C'était le signe, il me l'avait toujours dit. Aujourd'hui je tente de reprendre cette place d'amie, mais plus rien n'est pareil. Si seulement je l'avais empêché de m'aimer...

By Anonyme

Ce texte est une contribution spontanée d'une lectrice suite à la lecture du texte de Yogii, "le jour où". Elle a tenu à rester anonyme, nous respectons son choix.

Commentaires
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  Neozox 10-02-2011 07:55:57

C'est toujours un déchirement de savoir que l'on doit quitter celui ou celle qu'on aime parce qu'on sait que c'est ainsi qu'il doit en être.

Devoir renoncer à ce à quoi on aspire c'est juste une forme de torture de l'esprit que l'on s'inflige à soi même.

Ça laisse des traces indélébiles avec lesquelles on devra vivre toute sa vie.

Mais c'est ce bagage qui fait de nous des êtres consistants et entiers.
sand 10-02-2011 11:40:59

c'est tellement difficile quand les amours se cassent la gueule. Et puis les autres qui te disent "je te l'avais dit, ça allait mener à rien, c'était stupide"...
Sauf que ces quelques minutes, heures, jours de bonheur là, ces bulles où il n'y a que vous deux, où tout est un peu possible, c'est tellement des instants qu'on a envie de garder.... Il faut tellement pas passer à côté du bonheur, même s'il a une date de péremption.

Qu'importe les jugements, et qu'importe les blessures qui finiront par se panser un jour, on a au moins ce sentiment d'avoir aimé. Fort
sand 10-02-2011 11:51:49

(bordel achevez moi on dirait que je suis en pleine mutation levyvilardienne)
Sonia 10-02-2011 16:43:05

(euh... j'aime Lévy. C'est grave docteur ?!?)
Rolanda Bibine 11-02-2011 15:27:12

pas du tout ! Spleen a bien avoué qu'il lisait Harlequin et moi je regarde l'île de la tentation... tu vois
Kortex 10-02-2011 14:25:34

Je retiens ça de Sand, parce que j'ai aimé
"Qu'importe les jugements, et qu'importe les blessures qui finiront par se panser un jour, on a au moins ce sentiment d'avoir aimé. Fort"

Pour le texte, on ne peut rien, c'est touchant et tellement vrai. On doit se relever et recommencer à aimer. C'est encore un risque à prendre mais la vie c'est aussi une succession de prises de risque.
  Floh 11-02-2011 11:19:49

Pas de regret, surtout pas de regret, c'est le principal mais surtout le plus dur. Y a-t-il des regrets dans cette histoire? C'est assez terrible, non, de se dire que chacun de son côté peut avoir envie d'être avec l'autre tout en étant bloqué dans une situation?
Merci pour ce texte, que je trouve poignant, résonnant, et si réel...
Rolanda Bibine 11-02-2011 15:45:41

Encore un sale coup de notre cerveau reptilien !
http://www.voldemag.fr/quotidien/love-is-only-a-biological-response

Et l'on sent poindre les regrets ...
J'aimerais connaître la suite de cette histoire... dans quelques mois.

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Auteur de cette article : Anonyme