Il s'appelle Monsieur D, il est prof d'histoire. Et c'est lui dont je veux vous parler depuis le début de cette semaine dédiée à l'école et aux professeurs. Aujourd'hui, j'ai vingt-deux ans. Quand je l'ai rencontré j'avais à peu près quinze ans et c'était ma première rentrée au lycée. Un 4 septembre, nous étions tous réunis dans sa classe quand il a commencé à faire l'appel grace à sa liste, sur laquelle figurait à la fois nos dates de naissance et nos options de langues". J'étais loin à la fin de l'alphabet.
__"Henri, 1er décembre, germaniste ?"
__"Oui."
__"On va bien s'entendre."
Je n'ai pas compris tout de suite. Il a continué de faire défiler l'alphabet et je le voyais me sourire. J'ai compris plus tard qu'il était né le même jour que moi. Que c'était aussi un Sagittaire. Et qu'on avait pas loin de 35 ans d'écart.
C'était mon professeur titulaire. Je l'ai gardé pendant trois ans, j'ai même appris plus tard qu'il avait tout fait pour que je le suive malgré la première, et la terminale. À l'époque, j'étais relativement insouciant, déconnecté de toute notion d'avenir, de mérite, voire de travail. Je n'ai jamais été un mauvais élève. Seulement, en seconde, je n'en avais rien à faire. On avait beau nous rabacher les oreilles avec cette éternelle question de l'orientation, je l'esquivais en répondant que je voulais être journaliste, que je voulais écrire. Sans pour autant y croire une seule seconde. Je m'en fichais. Je leur racontais ce qu'ils voulaient entendre.
Tout à commencé un samedi matin, un an plus tard, pendant une de ces fameuses réunions parents-profs. "Tu travailles bien Henri, mais tu ne vas pas au bout des choses, tu fais le strict minimum." Il n'avait pas tort, loin de là. "Tu envisages quoi après le BAC ?" On m'avait souvent parlé de Sciences Po. Mais dans ma tête, c'était quelque chose d'inconcevable. Les concours, l'adversité, travailler et croire en moi... certainement pas. J'étais très bien ici, du moment qu'on ne me dérangeait pas.
"Tu sais, moi je crois que tu pourrais essayer Sciences Po. Je lis tes copies, tu sais écrire. Ta syntaxe est correcte et tu as des idées. Seulement tu ne les exploites pas." Word. Une fois de plus, il avait raison. Et j'en étais tout à fait conscient. Mais Sciences Po. Je n'y croyais pas. Seulement, lui, il en avait l'air.
Alors poussé par je ne sais quoi, j'y ai pensé. De plus en plus souvent. Deux ans sont passés et j'ai fini par avoir mon BAC. Très correctement. J'avais travaillé le programme d'histoire et la culture générale à fond pour les concours de l'été. La chance de ne pas être trop mauvais en langue. J'ai planté ces concours. À rien du tout. 2000 dans un amphis, la confiance en soi qui s'effondre. Les coups de bluffs des candidats. Je n'étais pas préparé, parce que je n'y croyais pas. Seulement, j'ai appris quelques semaines plus tard qu'il m'avait manqué trois dixièmes de points pour les avoir.
Le déclic venait d'avoir lieu. Je suis parti en prépa. Toujours dans le même lycée. Et toujours Monsieur D. Et le nez dans mes contradictions. "Si tu veux quelques chose, il faut te battre pour ça." Tout m'était toujours tombé dans la bouche sans véritable effort. Mais pas ici. Les copies d'histoire s'enchaînent. 6. 4. 7. 6. Rien de brillant. Je prends goût au travail, je construis mon rythme d'apprentissage. Et je m'épuise. Je veux partir. Je veux aller à Paris, à la Sorbonne en droit franco-allemand. Je veux tout plaquer. Monsieur D. est là. Et me botte le cul. "Il reste deux mois, tu peux le faire. Ici, ça ne veut rien dire." Je peine à le croire, mais je m'accroche, au point de me dire que je ne referai ça pour rien au monde.
Arrivent juin et juillet et les concours. Je voyage de Lille à Lyon, de Rennes à Bordeaux. Je m'arrache. Je me dis oui. Je bluffe dans les amphis. Je suis un combattant. J'aurais un de ces concours, "parce que je peux le faire".
Deux mois plus tard, le coup de fil. Je suis pris. Loin de chez moi, mais je suis pris. Alors j'y vais. Sans hésitations. La première chose que je fais, c'est appeler ma copine de l'époque. Il est 23h30, on est heureux. Le lendemain, j'appelle Monsieur D. "Je n'ai jamais su si tu l'aurais ou pas, mais tu t'es battu. Et ça a payé."
Je venais de prendre la plus grande leçon de ma vie. Si je voulais quelque chose, je devais travailler. Parce que j'étais désormais sûr que ça pouvait payer. On venait de me montrer que j'avais une valeur, quelque chose à entretenir, à cultiver. Quelques chose qui, à long terme, m'emmènerait probablement un peu plus loin que la fénéantise dont j'avais fait preuve à une époque. Ce jour-là, j'ai changé.
Je revois souvent Monsieur D. quand je rentre chez mes parents. On se rappelle de cette époque en plaisantant. Lundi dernier, c'était ma dernière rentrée. Je suis en Master 2 à Sciences Po. J'ai fini dans quatre mois. Tout ça, c'était il y a cinq ans. Et je m'en souviens comme si c'était hier.

Henri
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...