L'aumônière a bien choisi la musique. Le requiem de Mozart. Putain de requiem qui t'arrache une larme même quand tu es décidée à faire face.
C'est drôle comme on découvre quelqu'un quand il meurt. Je ne savais pas qu'il était croyant.
Je ne sais pas non plus quand il avait commencé à boire. Nous nous connaissions depuis trois ans et je réalise subitement, à cet instant, que je ne le connaissais pas. Je découvre quand il a commencé à se détruire, le jour où je me retrouve ici, dans le crématorium du père Lachaise, pour assister à ses obsèques.
A 50 ans, on ne devrait pas mourir comme il est mort. Et pourtant cela a été le cas il y a tout juste une semaine. Ce n'est pas moi qui l'ai retrouvé chez lui. La logique aurait pourtant voulu que cela soit moi, le mardi précédent, lors de ma visite hebdomadaire. J'aurais peut-être même pu le sauver, car selon le médecin légiste, c'est à peu prés dans ces eaux là qu'il a trépassé.
La grippe m'aura protégée de la découverte de son corps baignant dans les conséquences de ce qui l'a fait disparaître. Au lieu de cela j'étais clouée au lit. Drôle de circonstances protectrices.
Il a commencé à boire jeune. Très jeune. A la mort de son meilleur ami, tué par balle devant chez lui. (De sombres histoires de quartiers) Il y a 30 ans. Il n'a jamais cessé. Quelques fois en cure... mais le whisky, la bière, ne l'ont jamais vraiment laissé.
Je me souviens du premier jour où nous nous sommes rencontrés, tu avais cette veste kaki que tu portes toujours, encore aujourd'hui... Quelque part je suis contente, que tu partes avec. Cette veste, c'etait toi.
Je te tutoie car aujourd'hui je fais ton deuil. Bizarre hein, sachant que j'ai l'age de ta fille et que j'ai toujours tâché consciencieusement de construire et de maintenir la relation professionnelle. La distance professionnelle qu'ils disent. Celle qui te permet de ne pas être trop impliqué, de ne pas avoir trop d'émotions, de rester le plus neutre et le plus objectif possible. Cela ne m'aura pas empêché d'étouffer un sanglot en voyant ton cercueil recouvert de nos fleurs s'engouffrer dans le four du crématorium.
Nous en avons traversé des choses, il en aura fallu du temps, pour que tu me dises que tu buvais toujours. Que tu n'arrivais pas à arrêter. Il nous en a fallu, pour qu'un jour tu m'appelles par mon prénom et que tu me confies tes peines, ton stress, tes dettes qui te prenaient à la gorge.
Je me souviens.
Il y a quelques temps de cela, tu as même pleuré. Toi le solitaire, le malade, toujours digne, toujours dans l'effort pour jouer le jeu du lien social si compliqué à élaborer quand on est différent, tu as reconnu être impuissant face à tes souffrances, tu étais prêt à une nouvelle cure, à essayer encore une fois d'arrêter pour de bon.
Tu ne t'en seras pas laissé la chance.
Heureusement pour moi, la dernière image que j'ai de toi, c'est souriant. Comme d'habitude j'avais oublié quelque chose lorsque je suis passée te voir à ton domicile, tu as ri et m'as traitée de tête de linotte. Ce que je suis en ce qui concerne mes stylos et mes clefs.
Tu auras eu de sobres et belles obsèques en ce matin doux et ensoleillé de novembre.
Enfin voilà. En quatre ans, tu es le deuxième que je perds mais tu étais celui pour qui on aura vraiment tout tenté pour te sauver.
La psychose ne tue pas. L'alcool oui.
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...