Un jour tu te réveilles d'un trop long koma (J'emploierai tout au long de ce billet cette orthographe, référence rapesque qui me tient à cœur).
De quelques heures. Quelques jours. Quelques mois. Quelques années.
Tu as du mal à te lever. Tes jambes se dérobent.
Dans le miroir, tu ne te reconnais pas. Le temps a passé sans toi.
Tu es épuisé. Éreinté. Lessivé.
Les mots veulent fuser mais sortent en une espèce de bouillie de ta bouche.
C'est ta propre force, celle même insoupçonnée, qui t'as extirpé de ce sommeil. Comme un dernier sursaut. Un dernier espoir.
Et quand tu parviens enfin à mieux articuler, incertain, tu veux poser quelques mots. Mais c'est dans un logorrhée incontrôlable que tu te rappelles de petits inconforts, de petits agacements, de petites plaies lointaines. Du goût encore amer de souvenirs pas aussi anodins que tu le croyais. Les redécouvrant en nous les contant, sous un jour nouveau. Avec soulagement. Refermant tous ces chapitres enfin achevés.
Tu t'es rapproché petit à petit d'hier. De l'hier de ton koma.
Et dans les éclats cristallins d'un verre tombé sur le carrelage, tu évoques cet être balloté par les vagues. Le bras que tu as tendu. Sûr. Et fort. Et pourtant... Et pourtant. Comme tu es tombé. Comme tu as été entrainé. Dans cette eau si puissante. Si froide. Quelques mouvements désordonnés. Quelques appels muets. Puis ta descente. L'asphyxie. La pression. Le gel. L'engourdissement. L'obscurité. Le silence assourdissant. Le calme effrayant. Un corps dans la mort. Une âme qui n'y croit pas. Qui se sait vivante. Qui n'anime plus rien.
Puis en pointillés des perceptions étouffées dans ton koma. Qui sous tes mots se dessinent plus précis. Plus vifs. Avec tes mots de moins en moins indécis, tu as raconté à ta famille. A tes proches. Impuissants. Peinés. Endoloris. Coupables de ne pas avoir perçu assez vite les quelques bulles à la surface. Coupables de ne pas avoir senti l'alerte. Coupables de ne pas avoir retenu ton bras. Coupables de rien. Personne n'est coupable. Pas même toi. Pas même les noyés. Accident. Mais le poids de la culpabilité, en chacun...
Après ces flots de phrases, ton réveil te fait peur. Parce qu'il te renvoie à une réalité. Pas à un cauchemar. Il te renvoie à la réalité de ton koma.
Et à ta peur si peu irraisonnée aujourd'hui. Ta peur du noir. Du sommeil. De tes petites chutes, tes petits vertiges, tes petites pertes de contrôle. Ta peur de t'endormir à nouveau sans pouvoir te réveiller.
Un soupir. Une respiration. Un retour à la vie. Ta soif de sérénité. Il te faudra du temps. Plus que ta noyade. Plus que ton koma. Mais tu n'as jamais été aussi vivant.
" Aujourd'hui encore le coma reste un mystère. Enfoui au plus profond du cerveau de chacun. Tout aussi mystérieux, le réveil. La guérison est toujours imprévisible. (...) Certains ne sortent jamais du Grand Sommeil, comme on l'appelle. D'autres un jour se réveillent. Alors pour eux commence une nouvelle vie. "
Introduction "Et si chacun" à l'album Le Réveil de Koma.

À feu vif
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