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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Les goélands du 93

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Le métro 5 sort timidement du tunnel comme une taupe dans une pelouse parfaite : partagé entre l'inquiétude d'entrer en terre étrangère et l'excitation de la découverte d'un autre monde. Il longe le canal de l'Ourcq dans lequel barbottent trois goélands, sous la neige.

Je me demande ce qui peut pousser des goélands à vivre dans un canal pollué du 9 - 3, plutôt qu'en bord de mer.
La Normandie n'est qu'à quelques battements d'ailes. Ils n'ont pas de dictature à fuire, d'emploi vital à rechercher, ni de famille persécutante à quitter...
Cela dit, ils ne semblent pas souffrir du climat urbain. Ils ont même l'air heureux.
J'en déduis que ces goélands aiment le 93 et qu'ils ont dû s'y établir par passion pour la banlieue. Car ils n'ont pu raisonnablement décider que la qualité de vie du canal de l'Ourcq, (malgré les graffittis châtoyants qui s'y reflètent), était supérieure à celle de la baie de Somme.
Mais le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas et cette migration choisie m'apparaît comme le fruit d'une force extraordinaire contre laquelle même leur instinct de survie animal s'est trouvé impuissant : l'amour. Parce qu'il faut être profondément, voire éperdument amoureux de Bobigny, pour troquer les poissons, les crustacés et le vent vivifiant de la Manche ou de l'Atlantique contre les miettes de pain des enfants en promenade et une architecture qui reflète la dépression nerveuse flagrante de ses auteurs, soucieux à l'époque de modernité.
Bâtiments noirs ou gris, bruts, froids. Bobigny est comme toutes ces villes nouvelles qui ont fait fuir les lapins des champs pour ériger des clapiers à taille humaine.
Certaines n'ont pas d'histoire, d'autres un passé lourd à porter.

Mais Bobigny est donc forcément attachante puisque des goélands libres comme l'air s'y installent de leur plein gré.
Peut-être parce qu'elle est à l'image de son département : 197 nationalités qui confrontent ou partagent leur vision du monde.
Une richesse que les goélands qui voyagent beaucoup, n'ont trouvé nulle part ailleurs.

by Amélie Rodot-Djennadi

Photo trouvée ici.

Commentaires
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dawi 08-01-2010 07:43:45

Puisqu'on aborde le sujet goeland, je dis : allez dans le 9-3, nous au bord de mer ca nous soulagera. Salete de bestiole qui tire toute la couverture a elle, mange tout et elimine petit a petit les niches ecologiques des autres oiseaux...

Enfin, ils ont l'avantage de nous procurer de jolis textes comme celui-ci...
sand 08-01-2010 09:16:23

  le poète est semblable au prince des nuées qui hante la tempête et se rit de l'archer; exilé sur le sol au milieu des huées, ses ailes de géant l'empêchent de marcher (Charles Baudelaire)  



J'ai pense direct a ce poème.
Ton texte en est plein et puis il est vivant. Le texte pas Baudelaire hein ( pardon suis en mode vanne pourrie)

j'aime
dawi 08-01-2010 09:37:55

Quoiiii ? Baudelaire est mort ?

Sand ce matin tu brises tous mes acquis.
sand 08-01-2010 10:17:31

Je te les brise?
Rolanda Bibine 08-01-2010 16:41:09

Ils sont peut-être nés à Bobigny ces goélands issus de la migration!!!C'est vrai, ils ne sont pas bobigniens de souche alors j'espère qu'ils respectent les lois des volatiles parisiens sinon hop retour en normandie ! ohh non non pas la normandie !!! je vais mourir de froid ! si !

Très beau texte avec de très jolies expressions
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Auteur de cette article : Amélie Rodot-Djennadi

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