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L'héritage de Kitty

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2009040221-11

Nous sommes le 13 mars 1964. Il est un peu plus de 3h du matin quand Kitty, 29 ans, rentre chez elle, dans Brooklyn à New York. Elle n'a pas remarqué qu'elle est suivie par une voiture depuis maintenant quelques minutes. Elle continue son chemin, quand le conducteur de la voiture fait irruption derrière elle et la poignarde à 17 reprises. Elle hurle de toute ses forces, elle appelle à l'aide.

« __ Il m'a poignardée, je vous en prie, aidez-moi! ».

Ses cris restent sans réponses. Le conducteur de la voiture s'appelle Winston Moseley. Il remonte dans sa voiture, fait mine de repartir, puis revient vers sa victime à 3 ou 4 reprises. Il la viole, la dévalise pour finalement la battre à mort. Kitty hurle pendant toute la durée de son calvaire, c'est à dire 1h30. Personne ne semble l'avoir entendue. Personne ne semble avoir été réveillé par ses appels. Personne.

Un témoin va finalement appeler la police, qui va arriver un dizaine de minutes plus tard. Kitty mourra dans l'ambulance qui était censée la conduire à l'hôpital.

L'enquête de police va révéler que les hurlements de Kitty avaient en fait, fait leurs effets. Kitty a réveillé 38personnes. 38 personnes qui ont témoigné de la scène, sans qu'un seul d'entre eux ait clairement appelé la police. 38 personnes ont assisté à son agonie, sans appeler la police et leur expliquer clairement la situation. 38 personnes qui sont, comme vous et moi. 38 personnes qui ont laissé mourir une femme.

Ces 38 individus ont été lynchés dans la presse à l'époque, accusés de lâcheté, d'inhumanité, d'égocentrisme. Néanmoins, deux sociopsychologues vont s'intéresser à l'affaire et établir un constat qui fait purement et simplement froid dans le dos. Darley et Latane ont mis en évidence l'existence d'un syndrome, qui s'appellera désormais le syndrome Genovese (du nom de famille de Kitty) ou encore le syndrome de diffusion de responsabilité.

Les 38 témoins ont tous clairement entendu les appels de Kitty, mais aucun n'a réagit, parce que chacun a fonctionné selon le raisonnement suivant: « Je ne suis pas seul à l'avoir vu, quelqu'un doit certainement déjà avoir appelé la police ». Chacun des témoins a délégué sa responsabilité au groupe d'individus, supposé existant, qui aura déjà réagi de la manière la plus appropriée à la situation. Cet effet s'est produit chez chacun des 38 témoins, qui ont tous pensé que quelqu'un avait déjà appelé la police - conséquence de quoi : personne n'a appelé personne. Les individus du groupe se sont neutralisés entre eux, sans qu'ils en aient conscience.

La conclusion que les psychologues ont tiré de cette affaire est la suivante: si vous êtes en situation de danger devant plusieurs témoins, ne les appelez pas tous à l'aide, désignez-en un en particulier. Montrez le du doigt, appelez le en fonction des vêtements qu'il porte, hurlez son nom si vous le connaissez. Ne vous adressez pas au groupe. S'adresser à une personne en particulier aura pour effet de poser la responsabilité de votre cas sur ses seules épaules, et empêchera ainsi la diffusion de la responsabilité entre tous les témoins. Dans l'autre sens, si vous assistez à une situation de danger, dites vous que vous êtes la seule et unique personne à pouvoir apporter de l' aide.

C'est un conseil.

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By Henri


 

Commentaires
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Sonia 20-09-2010 11:54:35

1 h 30 de calvaire...
On va dire que la société dans laquelle nous vivons repose sur un égoïsme profondément ancré. Les sociologues appellent cela, plus couramment, l'individualisme alors qu'à mon sens c'est bien plus simple : nous vivons dans une société de solitude.
Chacun pour soi. Et c'est bien triste.
Zan 20-09-2010 13:05:15

petit témoignage à la con et dans une moindre mesure :
une trentaine de personnes sur le quai du métro.
une vieille dame un peu dérangée arrive avec son chien.
le chien, coup de folie ou tentative de suicide, descend sur les voies.
la vieille dame prise de panique descend chercher son chien.
le métro arrive.
on l'entant. personne ne bronche.
je me précipite vers la dame, repose le chien qu'elle me tend, et tente de l'aider à remonter (je suis taillée comme une baguette). une seconde brindille vient m'aider.
le métro freine en nous voyant et s'arrête à 20cm des jambes de la dame qu'on tire sur le quai.
le chauffeur a eu très peur et nous aussi. il "dispute" la dame qui explique qu'il allait la voir elle et pas le chien.
non moi ce qui m'a fortement choqué c'est que PERSONNE n'a tiré sur l'alarme et PERSONNE n'a fait mine de nous aider :
on nous a juste regardé.

j'ai malheureusement trop d'autres exemples dans mon cartable. ça m'exténue.
Gotemar 20-09-2010 16:29:58

J'ai vécu ça. Être humiliée en public et personne autour ne bouge. Dans ces moments-là, la moindre minute semble durer des heures. Je préfère pas imaginer 1h30, ça a dû lui sembler plus long que toute sa vie...
Rolanda Bibine 20-09-2010 18:26:07

je préfère croire fortement, très très fortement dans l'explication des psychologues. C'est trop moche autrement, trop cru, trop inhumain.
Zan 20-09-2010 18:40:57

ou trop humain justement.
ou alors c'est une déshumanisation de notre société ?
Paloma 20-09-2010 19:39:33

Tiens, ça me rappelle la fois, où, en rentrant du lycée, j'ai pu voir dans ma rue mon voisin pendant au bout d'une corde, à sa fenêtre... Tout le quartier était rameuté, à le regarder clapser.
J'ai hésité quelques secondes avant d'appeler les pompiers, me disant "que ça avait surement déjà été fait" vu que tout le village était à sa fenêtre / porte.

Non non. J'ai été la seule à appeler. Et pire, on m'a reproché, plus tard, d'avoir appelé les pompiers pour une affaire "qui ne regardait que lui".

Le voisin, quant à lui, s'est remis de cette tentative de suicide, m'a fait un sourire à chaque fois qu'il me croisait, jusqu'à ce qu'il trouve à nouveau du travail et déménage...
Zan 21-09-2010 15:20:05

ouf une humaine !

merci pour lui ...
Paloma 20-09-2010 20:23:35

Et c'est pas pour troller, mais apparemment, Moseley devrait justement être libéré sur parole courant 2011. (En tout cas, il semble qu'une demande ai été faite).

http://nysdocslookup.docs.state.ny.us/GCA00P00/WIQ3/WINQ130

Très rassurant quand on sait qu'en plus des trois meurtres avec viol qu'il a commis dans les années 60, il a aussi participé à une tentative de soulèvement dans une prison, et qu'il a aussi organisé une prise d'otage (avec viol).... Brrr...
  Henri 20-09-2010 22:29:50

Il a fait une demande il y a un ou deux ans je crois, et c'était justement la problématique qui se posait.

Le fait est qu'il ne peut pas l'obtenir puisque dès sa sortie, il sera en principe jugé pour d'autres faits, pour lesquels il n'a pas pu comparaître après sa première condamnation...

On verra bien, mais en principe...
Tonio...ReinesHerz 22-09-2010 13:57:51

J'avais déjà lu ce texte presque mot pour mot. Tu l'avais publié sur Route de Nuit auparavant, non ?
Henri 22-09-2010 20:12:04

Oui il y a longtemps !
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