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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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L'instant M

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Quelques mots sur un clavier. Des ébauches de vie, des instants figés que l'on tente de rendre mouvants, mobiles. Utiliser les lettres comme des formules chimiques, les phrases deviennent éprouvettes. Le tout devient expérience.Créer à partir du rien. Terre glaise à modeler selon son plaisir, ses envies. Entre les paumes, au bout des ongles la matière naît, se lisse, devient. Quelque chose. La faire rouler, palper, entre la pulpe des doigts, sentir la chaleur tiède et rassurante de l'argile. Un rapport du néant à la forme qui s'instaure, lentement, prudemment. Une relation. De l' Autre à soi. Ne pas brusquer, ne rien attendre, juste le plaisir de faire. De dire.

Peu à peu, les esquisses entrevues, imaginées franchissent les barrières. Les doigts s'entremêlent. Oser formuler ce qui n'était qu'un délire solitaire, une rêverie inconséquente. Oser transgresser, violer un peu de soi. Oser livrer l'intime. C'est cette forme encore inaboutie qui cristallise tout. Qui engouffre tout, vaste trou noir. C'est elle qui force à plonger toujours plus profond en soi, mais aussi en l'autre. L' Autre. Source évidente. De plaisir, de création. Inspiration.

Gonfler les poumons au maximum, les saturer d'air, jusqu'à les faire éclater. Le vouloir tout du moins. Pour oublier. Pour ne pas ressentir. Pour garder l'illusion du contrôle. Se dire que c'est bien moi qui mène le jeu. Mais ce n'est pas vrai, ce n'est plus vrai. Plonger. Toujours plus profond. Au risque de se noyer, de se perdre dans les eaux noires. Pourtant en surface, le danger parait si loin. L'onde calme, pure, azur. Ce ne serait pas un si grand risque que de se laisser aller, faire la planche. Se laisser bercer, par les vagues de mots. Expiration.

Se tromper soi. Du moins essayer. Élaborer des mensonges, de plus en plus surréalistes, alors que l'évidence est. Tenter encore. Secouer la tête. Nier. Ce n'est qu'un jeu. Attraper la balle au vol. Être dans une immense cour de récréation. Envisager l'autre comme miroir ou vitre sans tain, selon. Faire réfléchir à l'infini des bouts de soi, à travers l' Autre. Se voir différente. Se savoir sur une mauvaise voie. Dans la mauvaise direction. Avoir conscience qu'il sera bientôt difficile de reculer. Continuer malgré tout. Glisser. Les ongles qui crissent sur les bords, je tombe.

Tisser une toile brillante, étincelante, patiemment, sans même s'en rendre compte. Comme si les actes posés ne dépendaient plus de moi, mais de la chose. Celle qui est née. Celle qui dévore. Celle qui se nourrit des mots, celle qui réclame son dû. Il lui faut des incendies au creux du ventre, des nausées de larmes , de percussions du coeur, des doutes pleins les poches, des nuits blanchies à la chaux, des jours errants, des tremblements irrépressibles, des émois en-veux-tu-en-voilà, des questions enfilées comme des perles, des écoeurements de sourires, des conjugaisons plurielles ... La chose est vorace. Dévaste. Met à nu, jusqu'à l'os affreusement virginal, jusqu'au cartilage, salement translucide et tendre. Elle s'arrime et ne lâche pas prise. Ouvre des gouffres insoupçonnés. Des failles monstrueuses sous les pieds. Je lui donne ce qu'elle veut, je me donne.

Pourtant. Solitude. C'est à ça qu'elle renvoie finalement.
Toujours. Seule à plusieurs. Seule dans le bruit, malgré le monde qui bouge, les actes posés. Malgré les bras qui enserrent, les bouches qui se collent, aspirent, prennent.

Seule. Le jour. A tenter de faire. D' être. A se soûler de mots, de rimes, de vers. A réciter des pensées idiotes, des poèmes inouïs, des montagnes de phrases sans queue ni tête. Pour oublier l'essentiel. L'absence. S'aveugler de milliers de phrases.

Seule. La nuit. A attendre. De pouvoir. Les rêves qui naissent dans l'obscurité, qu'on voudrait retenir, impalpables. A noircir des pages et des pages. A hurler sur le papier. Parce que la Vérité est là. Pas de coeur à la nuit. Pas d'alternative.

Seule. Serrer les poings, et les mâchoires. Le coeur gonflé de rage. Contre ses propres mensonges, ses lâchetés. Ses faux semblants. Ses petits arrangements avec les sentiments.

Seule. A le savoir.

Seule. Pour ne pas avoir dit.
Ou pour ne pas s'être suffisamment tue.

Et peut être que c'est mieux ainsi.

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By Sand

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Commentaires
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Sonia 05-04-2009 23:24:18

Très joli texte Sand...
Comme toujours.
sand 06-04-2009 14:39:24

Sonia: ça fait toujours du bien à lire
Strychnine: pas tout à fait de l'écriture automatique, mais pas loin. Et merci, vraiment. Ces textes là, j'arrive pas à les juger: je ne sais pas si c'est affreusement mauvais ou juste bon...
Sonia 06-04-2009 14:54:00

Affreusement bon
Exercice
Rolanda Bibine 06-04-2009 15:11:43

J'aime aussi les phrases courtes et puis juste après celles qui s'envolent....tu m'obliges à te relire plusieurs fois, à prendre mon temps car je suis une mauvaise lectrice, toujours pressée de connaître la fin. Je comprends rarement le sens de tes textes du premier coup. Tu es de ceux, de celles que l'on doit lire calmement, en appréciant chaque mot, en les reliant les uns aux autres. Cela demande un effort... et c'est bon.
Vieillam 06-04-2009 22:47:57


je suis venue, j'ai lu, je suis vaincue… (disons que j'ai rien d'intelligent à ajouter…)
sand 06-04-2009 23:02:57

@Rolanda: Que dire après ça ? Sais plus... Plus de mots.
@vieillam:
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