P(lui)e
Dimanche, 20 Mars 2011 15:01
Capuche
Le vent s'est levé entraînant les feuilles qui jonchent la pelouse dans une valse effrénée. Elles forment une une petite ronde, se croisent et se froissent les unes contre les autres, puis s'érigent en colonne, montent et s'éparpillent pour rejoindre une autre ronde. Le linge claque sur l'étendoir, se débat comme s'il tentait de s'échapper.

Les nuages poussés par ce souffle puissant jouent avec le soleil en dessinant des formes éphémères sur le pignon de la maison. J'entends les enfants d'à côté crier plus fort que d'habitude, surexcités. Puis le silence, ils sont rentrés, se sont mis à l'abri.
Le vent occupe l'espace, invisible et omniprésent. Les bruits de la rue sont feutrés comme étouffés, ou plutôt enveloppés par son sifflement.
Sous la tonnelle, j'observe le ciel qui s'obscurcit par intermittence au passage des nuages en retenant d'une main mes cheveux qui volent devant mes yeux, de l'autre le bas de ma jupe. Le flot d'air chaud mêlé aux rayons vifs du soleil me brûle les yeux.
J'entends le premier grondement au loin. Je sens ma peau se tendre, les petits grains de la chair de poule dessinent de minuscules montagnes sur mes bras. Mes tétons, délicieusement douloureux, durcissent et viennent frotter le coton de mon tee-shirt.
Je l'attends, J'ai tellement chaud.
Le ciel prend une couleur tellement profonde que machinalement je tends le bras pour caresser, attraper ce drap bleu gris sur lequel glissent les bancs de cumulonimbus.
Enfin la voilà, la première goutte de pluie.
Elle est venue s'écraser sur ma joue. J'ai ouvert la bouche de surprise mais je reste immobile, la respiration coupée. Je ferme les yeux. J'attends quelques secondes et relâche tout cet air coincé dans ma cage thoracique.
J'avance d'un pas. Pieds nus, je sens les brins de gazon sec titiller la plante de mes pieds. Les gouttes de pluie tombent doucement d'abord, une sur mon épaule, une sur mon nez, deux sur mon avant bras.
Bientôt, je ne peux plus définir quelle partie de mon corps reçoit la prochaine tellement elles sont rapprochées et nombreuses.
Le vent s'est arrêté comme pour laisser la place à cette ondée. L'odeur de l'asphalte chaud et mouillé de la rue envahit mes narines. Une odeur brute, chimique, prenante, enivrante.
Mes vêtements me collent à la peau, mes cheveux sont lourds. Je suis bien.
J'aime me souvenir de la pluie d'été douce et rafraîchissante, pour me réchauffer de celle d'hiver, froide et dure. Celle qui pique, qui traverse les vêtements, transperce les os et bouffe des degrés à mon corps et à mon moral.
J'aime me souvenir de la pluie d'été délicate et réconfortante, pour me consoler d'avoir trop pleuré. De m'être ridiculisée à sangloter le dos contre la porte, les yeux gonflés et rougis.
J'aime me souvenir de la pluie d'été enveloppante et apaisante, pour me soulager de la douleur qui ronge et qui fatigue, qui creuse les cernes, qui colle aux côtes et me fait grimacer.
J'aime me souvenir de la pluie d'été parce qu'elle est un peu lui.

By Capuche
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...