Le week-end est passé comme une flèche. Il y avait initialement moins de vingt personnes sur le papier puis ensuite quarante à boire et rigoler. Et j'ai été surpris, réellement. C'est assez curieux car j'ai eu la confirmation que je n'aimais pas les surprises. C'est à ce moment là que je me suis également dit que je n'en avais pas eu beaucoup auparavant.
J'aime anticiper, prévoir, organiser. Le fait que cela se déroule dans mon dos me picote les omoplates, ça doit venir de l'enfance ou d'autres surprises précédentes que j'associe en général à de mauvaises situations. La surprise me déstabilise plus encore lorsqu'elle est bonne. Orgueil mal placé ou incapacité chronique de simplement se satisfaire.
Alors il n'en manquait réellement que deux qui étaient loin, de Nantes et Toulouse, et sont tout excusés (et puis je les avais vus le week-end précédent). Pour tous les autres et tout bien considéré, je n'aurai pas fait mieux pour remplir le sous-sol. Ma femme ne s'était pas trompée car je dois me persuadé que sur certains aspects, elle me connait.
De sa part, j'avais bien ressenti quelques étrangetés, un ou deux mensonges mais je n'avais pas imaginé tout le monde dans une même salle.
Je ne sais pas ce qui l'a décidé de se lancer dans ce regroupement festif voilà un mois. Je n'avais pas envie de fêter quoi que ce soit, toujours sur le principe de la note précédente.
Bref, je fus heureux de les revoir, peu importe l'occasion.
Nous avons bu, beaucoup. Je ne savais pas où m'assoir à table, je n'étais pas au milieu : c'était les anciens. Ils n'étaient pas isolés au bout mais au milieu du brouhaha. D'un côté, il y avait la partie fac avec laquelle je passais le repas, de l'autre côté, il s'agissait des années lycées et plus vieilles encore. Finalement, peu à peu, il y a eu des transitions de part et d'autre de la famille et du troisième âge. Il y eu des mélanges, des apartés, des retrouvailles.
Ma femme n'était pas à côté de moi, je ne sais même pas pourquoi non plus. Je n'avais pas été souriant la veille, comme une intuition d'un week-end agité. En fait, j'ai fait la gueule. Pas contre elle, je ne sais même pas contre qui. Le vendredi n'était pas génial, je travaillais le samedi matin, un déplacement inutile, puis d'un seul coup, cette envie d'un calme absolu.
Cela arrive de plus en plus fréquemment, ce ras le bol de tout, cet énervement latent, cette irritabilité. Parce qu'il y a le travail, pas encore suffisant, pas encore rassurant, pas encore aussi bon qu'il devra l'être dans un an. Mais à part ça, de quoi se plaindre si ce n'est des sujets sociaux et des faits divers. Mais ça ne devrait pas compter.
Je n'ai pas eu d'instants sereins pendant lesquels je me regonfle inconsciemment, ces moments de pensées inutiles et faciles. Direz-vous : ‘imbécile, ressource-toi auprès de ta famille'.
Alors samedi après-midi, je passais le temps au jardinage en me disant que l'occupation un tant soit peu physique, déridera mes neurones. Je gagnais une migraine qui ne passait pas vraiment, à peine anesthésiée par les effluves (divers verres) de champagne et de vin du lendemain.
Le dimanche était déjà là et j'étais perdu dans mes habitudes.
Les invités prévus sont là. Et puis, plus tard, ceux que j'aperçois à l'entrée. Ils sont nombreux et inattendus. Je comprends tout de même vite et la journée est passée.
48 heures après, je sais que je n'en ai pas profité comme j'aurai dû. Il y avait une tension constante, une soupape verrouillée en haut de mon crâne et l'envie de les voir tous et de ne voir personne en même temps, l'envie de rire avec eux mais avec une retenue inadaptée. Je voyais toutes ces personnes, organisées, qui savaient ce qu'elles devaient faire, qui se pressaient de la cuisine au garage, du jardin au salon, qui surveillaient les gamins qui courraient, qui remplissaient les verres vides.
J'essayais d'aider car après tout, jusque là, je n'avais rien fait. J'avais un petit peu honte. Je ne croisais presque pas ma femme.
Et un ou deux qui me disaient de sourire plus. Cela s'est donc vu que je n'étais pas souriant. Je rigolais, c'était intérieur, j'étais éclaté de rire de l'intérieur. Curieusement, la boutade n'a jamais été aussi vraie: à l'intérieur j'étais content, à l'extérieur, je devais avoir l'air soit sévère, soit absent, comme ces cons, comme moi, qui ne savent pas se détendre au bon moment. Ceux qui l'ont vu, deviné, je ne peux les tromper, il y avait ma mère dans le lot. D'autres l'ont aperçu peut-être mais n'ont pas osé.
J'ai l'impression de ne pas avoir remercié ma femme depuis deux jours. Je n'arrive même pas à être seul avec elle. Avec un peu de chance, elle trainera par là, ça ne serait pas très glorieux d'ailleurs de communiquer par blog. Dans tout ce texte, je ne pense pas à mes quarante ans, ce serait un raccourci trop simple, une explication trop facile. Aussi parce que le bilan des années passées, je l'ai débuté après mes trente ans, je sais où je souhaite aller et cela ne me fait pas vraiment peur.
Il est de ces moments, en ce moment, où je n'ai plus de certitudes. Un peu paumé, aux repères insuffisants, lorsque la famille ne suffit pas, que les amis sont un palliatif, bien agréable, mais...
Je déglutis ma salive parce que je sais qu'à l'instant t, je ne suis pas dans la plus grande forme psychologique et que l'écran se brouille. J'écoute Phil Collins parce que mon pote Lio a remis plusieurs titres à travers des haut-parleurs dix jours auparavant et que j'avais oublié ces airs.
Je lui avais dit que comme tous les ans, nous n'avions pas vraiment eu le temps de discuter, entre deux occupations, entre deux repas arrosés, entre deux rigolades grassement nécessaires. Il m'a répondu que, si, le premier soir, au bord de la piscine. Il a raison, mais seulement à moitié. L'autre moitié m'appartient et m'a empêché de livrer ces choses qu'on garde pour soi en attendant qu'elles passent. Je sais que lui aussi, a son coffre plein de ces histoires et sentiments, qu'on ne partage que par chance.
Le week-end d'il y a dix jours, entre potes est passé comme une flèche aussi. Il fut bon et je fus heureux de rentrer pour retrouver ma femme et les enfants.
Ce week-end d'avant-hier est passé et fut bon également.
Je pourrais reprendre le déroulement de ces jours et m'en réjouir. J'ai pris des photos pour cela. Les sentiments et les états d'âme diffusent avec le temps, les photos me transmettront que ce qui devra persister.
Alors bon, ça va passer, tout passe, tout.
Nous sommes mardi. Encore une journée, peut-être deux, et tout reprendra sa place, sans doute.

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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...