
J'ai oublié la vie d'avant. Si vite. Bientôt quatre mois que je ne suis plus salarié, que je ne suis pas encore chômeur, c'est amusant de ne pas être comptabilisé par ces exceptions tricheuses. Bientôt quatre mois d'un autre rythme, assez tranquille physiquement mais d'un repos psychologique relatif. J'emmène les enfants à l'école le matin, bientôt, je n'irai plus les chercher à la sortie.
Je croise d'autres hommes devant la grille, souvent les mêmes, ils doivent travailler du matin. Moi je ne suis ni l'un ni l'autre. Les journées se succèdent avec quelques rendez-vous qui rythment la semaine. Je n'ai pas l'impression de vivre les mêmes vingt-quatre heures à chaque coucher de soleil.
Il y a eu ces trois semaines de vacances, véritable bulle, malgré certains coups de téléphone, malgré certains frôlements à la frontière des préoccupations. Déjà loin.
Je ne compte pas encore le décompte de mes droits. Nous avons un planning, un calendrier. Nous avons prévu tant de tâches depuis le mois de mars. Nous ne sommes presque pas en retard. Si ces prévisions pouvaient être bonnes pour le développement de la structure, ah, ce serait...
Toujours dans l'inconnu. Pourtant tout devient de plus en plus concret, solide, bientôt le local où se poser, où aller tous les matins. Ce ne sera pas comme avant. Ce ne sera pas la route avec les embouteillages, vers la capitale. Ce sera une sorte de travail, je crois, à mi-chemin avec une sorte de loisir minutieux qui occupe du temps. Le plaisir, si ce n'est de travailler pour soi, de ne pas dépendre de paperasserie et de responsable N+infini, de décider, sera de vivre une autre vie.
Je viens plus ou moins de réaliser. Il s'agit d'un virage dans une vie. D'un véritable choix. Alors l'aventure ne durera peut-être que deux ans, peut-être de nouveau salarié dans trois ans, ou dans des situations que je n'ose pas vraiment imaginer. Ce doit être donc un naturel positif, optimiste, ou bien surréaliste, inconscient.
Les enfants m'interrogent sur mon emploi du temps, ces absences à heures non régulières de la journée, ce quand commences-tu ton nouveau travail? Je ne sais pas encore leur expliquer correctement. Que répondraient-il à une question de la maîtresse? C'est quoi le travail de ton papa?
Je ne crois pas avoir profité de ces semaines de liberté. Je m'étais dit que j'irai voir mon pote à Montauban, que je me baladerai à Paris au mois d'août et même maintenant, en plein décalage. Il y a un temps où j'aimais me poser dans le square rond du haut du Jardins des Plantes. Je devais "rater" un cours pour apprécier au loin le brouhaha de la ville et lire dans mon coin. Je me dis toujours que je me libèrerai lorsque j'aurai terminé telle ou telle chose, lorsque cette date sera passée, lorsque j'aurai l'esprit vraiment libre.
En fait, je ne l'accepte qu'en l'écrivant mais ce n'est pas dans ma nature, cette insouciance tranquille. C'est ainsi.
Je peux penser qu'il s'agit d'une culpabilité sous-jacente à ne rien faire. En fait, je m'octroie du temps pour moi, souvent et mets de côté d'autres moments, toujours les mêmes.
Je disais à mon futur associé, tu vois, demain, dans trois ans, si ça marche, ma victoire sera d'avoir le temps.
C'est bien d'avoir un objectif.

By Sapiens
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...