
" Et toi, est-ce que tu voudrais habiter avec moi ?", une fois encore, après avoir laissé croupir dans le silence sa dernière amoureuse, après lui avoir crié qu'il était un bloc de solitude, voilà qu'il lui demande de partager le réel avec lui. Ses petites amies... L'adjectif est éloquent, ses belettes sont toujours d'au moins vingt ans ses cadettes. "J'en ai assez de ce procès", s'irrite-t-il souvent, "je ne suis pas vieux, et en tous cas moins pervers que n'importe quel petit freluquet."
Gilles... Ces mots qu'il emploie, qu'il ressuscite... "Freluquet", "croquenots" pour désigner ses grosses godasses qu'il met pour fouler les derniers champs en Normandie, ce qu'il en reste. "Car la campagne n'existe plus," dit-il souvent. "Comment faire pour trouver du vert, du vrai ? ", telle est Sa question. Inlassablement.
Pourtant dans le Vaucluse, sous la chaleur écrasante, dans ce petit village de Faucon, la splendeur y était encore, les murs déclinaient des teintes ôcres, mauves, les champs vert foncé se déployaient généreusement. Et ces éclats de rire des rivières. "Aller me suffit", disait-il, reprenant René Char. René Char dont il aime l'écriture dépouillée, le travail. René Char qui l'a guidé de toute sa froideur. Vers la peinture. René Char qu'il décrit grimaçant de fausseté à la fin de sa vie, René Char flirtant avec le pouvoir... "René Char, cet imposteur !!", crie-t-il finalement. Gilles crie souvent, il s'emporte. Un grain passager, mais quelle violence... Il maugrée à la vue du moindre passant sous les falaises découpées d'Etretat, et même sur cette plage déserte du Crotoy, sa voix surplombait celle du vent si un quidam s'aventurait sur les dunes. Heureusement, ses carnets se remplissaient, il dessinait le vide, l'espace d'entre les choses, les contours de ce qu'on oublie. Ces découpages rappellent ceux de Matisse, et Giacometti, qu'il visitait enfant, dans son atelier, n'est pas loin.
Et ce Paris perdu. Ces brasseries sordides, régulièrement il incendie les serveurs, prend à parti les clients sur l'éboulement de la ville, sur sa mélodie perdue. Paris grignotée par l'immobilier, Paris blafard et ses bars criards. "Et pourtant je ne suis pas passéiste", se défend-il.
Alors, en Bourgogne, en quête de murs, il repère de vieux pigeonniers, des tourelles en ruine. Il est prêt, ses forces décuplent, il va tout reconstruire. Et soudain les bras lui tombent. Pourquoi ses amis, ceux qui l'encouragent pourtant à Paris, dans la douce ivresse d'un vernissage, pourquoi tous ces gens, qui pérorent sur la poésie, ce milieu bavard de l'édition, ne l'aident-ils pas mieux ?
La dernière fois que Gilles s'est mis en colère, c'était contre le soleil, il s'était levé trop tôt, il brillait trop. Impossible de peindre dans l'arrogance de cette lumière. Faut que j'l'appelle. Deux ans que je ne l'ai pas vu. Ses contradictions, sa fureur me manquent. Et lui aussi.

By Aude
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...