Quand nous étions politiquement incorrects.
Vendredi, 29 Octobre 2010 00:00
Ma Cocotte
Dans les années 2000 sont nés les blogs mais je n'y étais pas. Je n'avais accès au net qu'au taff et je ne l'utilisais qu'à des fins professionnelles. Et quel pied ! Fini l'isolement, fini les questionnements nombrilistes sur tel ou tel problème : vive les listes de distribution et la communication avec tous mes collègues du pays.
Les avis des uns affinaient mes idées, les avis des autres consolidaient mes opinions.
Puis un jour je suis née : j'ai acheté un PC et je me suis connectée au monde.
Il y avait des blogs comme s'il en pleuvait. À propos de tout, par n'importe qui et tout le monde. Des brèves de comptoir comme si vous étiez installé au zinc chez Paulo. Un fouillis, un fourmillement... oui, une fourmilière internationale où chacun dépose un grain de sel.
Et au milieu du sel parfois un grain de poivre ou un diamant.
On reproche souvent aux blogueurs/blogueuses de mettre en scène leur petit « moi » à travers leurs articles, d'être en représentation, de se donner une identité. Pourquoi le leur reprocher ?
Au pays des anonymes, le blogueur devient Roi.
Je ne dis pas qui je suis socialement, ni mon nom, ni mon adresse, mais j'écris ce que je pense, ce que je ressens, ce que je vis. Ainsi vous savez tous qui je suis, nûment. Je m'octroie le droit à la parole, le droit à la pensée quand ici il faut descendre par millions dans la rue quand on veut juste dire non.
Nous nous sommes tout approprié.
Oui, nous étions des ados face au tout possible et oui, nous nous sommes tout approprié.
Des diamants j'en ai rencontrés.
Des blogs écrits juste pour partager.
En racontant nos vies, nos villes, nos credos et nos amours, nous étions tour à tour psychologues, sociologues, philosophes, politologues et poètes.
Nous parlions haut et fort, ivres d'un sentiment de liberté que nous croyions disparu à jamais.
Nous discutions de tout, comme du temps où la télévision n'existait pas, du temps d'avant où la parole valait.
On parlait d'amour et de sexe. Nous n'avions pas peur des mots. Écrire « sexe », « baise » ou « bander » dans un article de fiction ou de réflexion ne nous posait aucun problème (s'il vous plait, monsieur l'administrateur, c'est entre guillemets, pour l'exemple, ne m'obligez pas à cocher la case « strictement réservé aux adultes » pour autant, merci).
Ça faisait tant de bien d'apprendre que non, nos actes ne nous résumaient pas à de la monstruosité puisque d'autres pensaient comme nous, vivaient ce que nous vivions.
On parlait de politique, on discutait pied à pied, ligne à ligne des lois, des décisions, du gouvernement. Je n'ai jamais autant appris.
On parlait de la société et chacun d'égratigner les clichés des uns et des autres pour enfin en sortir des idées cohérentes. Nous nous sommes tant enrichis.
On se battait des soirées -voire des nuits- entières à coup de commentaires détonants, parfois sanglants, parfois méchants mais toujours incisifs.
Nous nous sommes réappropriés l'écriture, nous qui n'écrivions plus. On aimait, on n'aimait pas et on disait pourquoi. Il y avait de quoi faire, promis.
L'allégresse nous emportait et la passion nous poussait parfois trop fort. Nos avis étaient entiers, parfois durs, parfois directs.
C'était du temps où nous étions politiquement incorrects.
Je me souviens avoir tapé sur ces pink bloggueuses. Elles me semblaient vivre chez les bisounours. Tout rose bonbon partout. Ça coulait pire que de la guimauve. Faut voir comme on défendait notre bout de gras. C'est vrai quoi, il y avait déjà eu l'échec de la télévision devenue seulement commerciale, on allait pas se laisser faire.
On était pas les seuls à naviguer de site en site. Les requins de la finance ont dû aussi se dire que ça pouvait être juteux, tout ça. Eux aussi ont un cerveau. Nous avons commencé à voir apparaître les « testeuses » de produits commerciaux, les textes subventionnés par telle ou telle marque. Ça a commencé par des petits concours avec des joli prix à gagner. Argh... tentant, non, son propre poids en pâte à tartiner au chocolat (dans ce temps-là j'aurais écrit le nom de la marque mais ce n'est plus possible...). Tu écrivais un texte vantant les mérites de telle ou telle marque et tu gagnais le pompon. Certains/certaines d'entre nous en ont vendu leur âme.
Un jour on nous a proposé de mettre de la publicité sur nos blogs et d'en tirer profit.
Un jour on a organisé des soirées de blogueurs/blogueuses. Une nouvelle aristocratie est née, la blogocratie. Il fallait en être ou ne pas être.
Un jour est apparue la course au « buzz », rien de plus qu'un événement mais attention, ça fait grimper tes statistiques en flèche et plus tes statistiques augmentent, plus il y a de clics sur les pubs et d'euros dans ta soupière.
Et puis un jour les procès ont commencé. Ça a commencé par la diffamation. Dire « je n'aime pas » et surtout dire pourquoi, c'est devenu dangereux.
Bien sûr, au début on a crû que c'était pour éviter les excès, du type de ceux qui t'insultent à la moindre occasion. On a laissé nos boucliers baissés. Petit à petit, nous avons modéré nos propos. Nous avons bien compris que nous n'étions pas assis au zinc chez Paulo.
C'était pourtant chouette ce joyau bordel sur l'écran de mon PC. Ça me rappelait le temps des premières radios libres. On n'emploie plus ce terme aujourd'hui, on dit juste « radio ».
Aujourd'hui, je nous sens essoufflés.
Serions-nous devenus adultes ?
By Ma Cocotte
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...