VOLDEMAG

S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Quand nous étions politiquement incorrects.

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Dans les années 2000 sont nés les blogs mais je n'y étais pas. Je n'avais accès au net qu'au taff et je ne l'utilisais qu'à des fins professionnelles. Et quel pied ! Fini l'isolement, fini les questionnements nombrilistes sur tel ou tel problème : vive les listes de distribution et la communication avec tous mes collègues du pays.

Les avis des uns affinaient mes idées, les avis des autres consolidaient mes opinions.

Puis un jour je suis née : j'ai acheté un PC et je me suis connectée au monde.

Il y avait des blogs comme s'il en pleuvait. À propos de tout, par n'importe qui et tout le monde. Des brèves de comptoir comme si vous étiez installé au zinc chez Paulo. Un fouillis, un fourmillement... oui, une fourmilière internationale où chacun dépose un grain de sel.

Et au milieu du sel parfois un grain de poivre ou un diamant.

On reproche souvent aux blogueurs/blogueuses de mettre en scène leur petit « moi » à travers leurs articles, d'être en représentation, de se donner une identité. Pourquoi le leur reprocher ?

Au pays des anonymes, le blogueur devient Roi.

Je ne dis pas qui je suis socialement, ni mon nom, ni mon adresse, mais j'écris ce que je pense, ce que je ressens, ce que je vis. Ainsi vous savez tous qui je suis, nûment. Je m'octroie le droit à la parole, le droit à la pensée quand ici il faut descendre par millions dans la rue quand on veut juste dire non.

Nous nous sommes tout approprié.

Oui, nous étions des ados face au tout possible et oui, nous nous sommes tout approprié.

Des diamants j'en ai rencontrés.

Des blogs écrits juste pour partager.

En racontant nos vies, nos villes, nos credos et nos amours, nous étions tour à tour psychologues, sociologues, philosophes, politologues et poètes.

Nous parlions haut et fort, ivres d'un sentiment de liberté que nous croyions disparu à jamais.

Nous discutions de tout, comme du temps où la télévision n'existait pas, du temps d'avant où la parole valait.

On parlait d'amour et de sexe. Nous n'avions pas peur des mots. Écrire « sexe », « baise » ou « bander » dans un article de fiction ou de réflexion ne nous posait aucun problème (s'il vous plait, monsieur l'administrateur, c'est entre guillemets, pour l'exemple, ne m'obligez pas à cocher la case « strictement réservé aux adultes » pour autant, merci).

Ça faisait tant de bien d'apprendre que non, nos actes ne nous résumaient pas à de la monstruosité puisque d'autres pensaient comme nous, vivaient ce que nous vivions.

On parlait de politique, on discutait pied à pied, ligne à ligne des lois, des décisions, du gouvernement. Je n'ai jamais autant appris.

On parlait de la société et chacun d'égratigner les clichés des uns et des autres pour enfin en sortir des idées cohérentes. Nous nous sommes tant enrichis.

On se battait des soirées -voire des nuits- entières à coup de commentaires détonants, parfois sanglants, parfois méchants mais toujours incisifs.

Nous nous sommes réappropriés l'écriture, nous qui n'écrivions plus. On aimait, on n'aimait pas et on disait pourquoi. Il y avait de quoi faire, promis.

L'allégresse nous emportait et la passion nous poussait parfois trop fort. Nos avis étaient entiers, parfois durs, parfois directs.

C'était du temps où nous étions politiquement incorrects.

Je me souviens avoir tapé sur ces pink bloggueuses. Elles me semblaient vivre chez les bisounours. Tout rose bonbon partout. Ça coulait pire que de la guimauve. Faut voir comme on défendait notre bout de gras. C'est vrai quoi, il y avait déjà eu l'échec de la télévision devenue seulement commerciale, on allait pas se laisser faire.

On était pas les seuls à naviguer de site en site. Les requins de la finance ont dû aussi se dire que ça pouvait être juteux, tout ça. Eux aussi ont un cerveau. Nous avons commencé à voir apparaître les « testeuses » de produits commerciaux, les textes subventionnés par telle ou telle marque. Ça a commencé par des petits concours avec des joli prix à gagner. Argh... tentant, non, son propre poids en pâte à tartiner au chocolat (dans ce temps-là j'aurais écrit le nom de la marque mais ce n'est plus possible...). Tu écrivais un texte vantant les mérites de telle ou telle marque et tu gagnais le pompon. Certains/certaines d'entre nous en ont vendu leur âme.

Un jour on nous a proposé de mettre de la publicité sur nos blogs et d'en tirer profit.

Un jour on a organisé des soirées de blogueurs/blogueuses. Une nouvelle aristocratie est née, la blogocratie. Il fallait en être ou ne pas être.

Un jour est apparue la course au « buzz », rien de plus qu'un événement mais attention, ça fait grimper tes statistiques en flèche et plus tes statistiques augmentent, plus il y a de clics sur les pubs et d'euros dans ta soupière.
Et puis un jour les procès ont commencé. Ça a commencé par la diffamation. Dire « je n'aime pas » et surtout dire pourquoi, c'est devenu dangereux.

Bien sûr, au début on a crû que c'était pour éviter les excès, du type de ceux qui t'insultent à la moindre occasion. On a laissé nos boucliers baissés. Petit à petit, nous avons modéré nos propos. Nous avons bien compris que nous n'étions pas assis au zinc chez Paulo.

C'était pourtant chouette ce joyau bordel sur l'écran de mon PC. Ça me rappelait le temps des premières radios libres. On n'emploie plus ce terme aujourd'hui, on dit juste « radio ».

Aujourd'hui, je nous sens essoufflés.

Serions-nous devenus adultes ?

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By Ma Cocotte

 

Commentaires
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sand 29-10-2010 15:24:20

Je vois très précisément à quoi tu fais allusion. C'est vrai, beaucoup de blogs/blogeurs semblent un peu anémiés. Mais, et je le retrouve de plus en plus, il y a aussi une mode de la fausse révolte, de l'emportement punk (poke Catnatt), qui conduit à lire des textes pour la plupart indigents, dont le seul angle est la méchanceté et la provocation à coup d'expressions choc et de vocabulaire de charretier.

Y a un juste milieu. On peut être engagé, révolté, et savoir écrire autrement qu'avec les pieds ou en truffant son texte de bites en goguettes et de phallus en sus. Faudrait voir à ne pas confondre le bling bling du trash, et les vraies émotions, intelligences, fulgurances qu'on peut lire de ci de là.

Voilà.

Merde à la fin.

HUHU
sand 29-10-2010 15:32:04

Sinon, ouais, ptet qu'on devient des adultes. Les plumes tout ça, on les lisse... Ou pas. Je crois que plus les années passent, plus des communautés se créent, plus on est sur des modes de communications différents. Et qu'on a parfois du mal à se mélanger à un sang neuf qui nous apporterait ptet des idées ou du vocabulaire (sa reum).
sand 29-10-2010 15:33:03

Ou bien, ce qu'on prenait pour de la révolte, du ton libre, c'était juste l'exaltation des débuts quand tout est neuf et tout est sauvage, libre blogosphère sans villages, ouhouhou, je sais pas...
sand 29-10-2010 15:33:52

(OUAIS, je comm à la chaine, j'ai envie de dire ET ALORS? j'fais ce que je veux j'suis un artiste contemporain)
Ma cocotte 29-10-2010 16:21:06

O joie ô bonheur dans mon coeur, tu as compris le sens du "(et alors ?)" que j'ajoute toujours après mon pseudo...
sand 29-10-2010 15:36:26

C'est CA LE VOLDEMAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAG LIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIBRE
Zan 29-10-2010 15:38:51

Citer:
"Mais, et je le retrouve de plus en plus, il y a aussi une mode de la fausse révolte, de l'emportement punk"
oui sand OUI bowdel faut que j'écrive une (vraie) colère à ce sujet tiens !
C'est comme tout
  Marypopsit 29-10-2010 15:51:18

Tout mouvement qui prend de l'ampleur a connu ses débuts où tout était beau, innocent et naïf, et ça a duré le temps que quelqu'un trouve comment rentabiliser tout ça, les blogs n'échappent pas à la règle.

Au moment où le premier blogueur a pigé qu'il n'écrivait pas dans son journal intime mais qu'il avait bel et bien des lecteurs, qu'il pouvait en avoir de plus en plus, que ça pouvait flatter son égo et remplir son porte monnaie au passage c'était le début de la fin des billets cris du coeur, le début des billets putes au titre racoleur, bourrés de liens en do follow sur des ancres soigneusement choisies, le début des sujets choisis en fonction de "ce qui fait le buzz" et des mots clés populaires menant au blog ou de ceux à booster...

Les blogueurs égoïstes avides de pouvoir vivre de leur auto-fellation quotidienne ont signé la fin du blog généreux, du blog don de soi, authentique et sincère, naïf aussi, et c'est comme tout, tout ce qui est gagné par la peste capitaliste dégoute la masse, car il y a un ras le bol de la part des gens d'être vus comme des consommateurs et non comme des personnes, de se sentir manipulés, contraints et entourés par des considérations matérielles en permanence.
Moi je lis Titiou et puis c'est tout, son blog est un joyeux bordel mais il est personnel et accueillant, ça fait plaisir et ça donne envie de la lire. Même si il faut le dire le nom de son blog fait un peu titre pute. Après ya qu'à mater les titres de ses articles pour voir qu'elle pense pas en terme de trafic ou de référencement, qu'elle est juste un peu dérangée, girl et geek et qu'elle tripe toute seule, avec ou sans nous. => girlsandgeeks.com

Une non-blogueuse
sand 29-10-2010 16:58:14

je ne suis que partiellement d'accord. Oui il y a des blogs appât du gain. Ou il y a des billets putassiers tapineurs d'audience. Et là, j'ai pas grand chose à dire contre. j'utilise aussi le système racolage en utilisant certains mots clés qui généreront plus facilement le clic, MAIS, et je crois qu'on est encore quelques uns comme ça, j'écris parce que c'est MON kiff. Parce que j'aime etre lue. Parce que qd je vois que 1000 personnes ont lu un billet, ça lustre mon égo, et je me dis que le partage c'est cool. Parce que faire des ronds de jambe dans un fond de blogo toute seule, ça n'a aucun intérêt. Ai je pour autant perdu mon intégrité de blogueuse? Je crois pas

(et si tu veux, des blogs avec des vrais billets émotionnels, j'en connais. Plein )
Catnatt 02-11-2010 15:09:57

grand sourire...
Ca m'en rappelle des souvenirs, n'est-ce pas Mme Cocotte? Et un billet que tu avais écrit dont j'ai oublié le nom.

Bref, tout ça pour dire quoi ?

Bah que j'ai déboulé ds la blogosphère en 2007, bille en tête. Que du politiquement incorrect, on en a fait. Qu'on s'est pris des menaces de procès jusqu'à l'explosion finale.
Oui, on était brut de décoffrage. Sauf que le dernier clash, j'ai été quand même obligée de me remettre en cause. Oui, j'avais mal géré le bordel.

Je ne regrette aucune de mes prises de position. J'aurais pu les formuler autrement, c'est juste ça.

Depuis ?

Depuis Voldemag. Où l'on tente d'avoir des opinions tranchées, doucement formulées. Enfin, je crois.

Parfois je regrette le temps des vrais clashs. On se marrait bien mais l'addition est chère et j'ai vieilli.

J'ai envie d'avoir la paix. Mais il y a une chose, je le répète, chacune de mes prises de position, je les maintiens encore aujourd'hui. Je n'ai jamais retourné ma veste....

Que veux tu que je te dise, je prefère le silence face au troll, le dialogue face à l'engueulade.

Je vais avoir quarante ans
Rolanda Bibine 02-11-2010 19:35:55

Mouai.... il y a bien des fois où je ronge mon frein pour ne pas dire .... "mais vas te faire foutre connard !!!" mais je me dis que je suis sur un blog collectif... alors....
(ah ça fait du bien de le dire quand même, ici ou ailleurs)

Et puis tu n'as pas ENCORE 40 ans
Ma cocotte 02-11-2010 18:59:31

*sourire*

Tu as noté que j'ai utilisé le "nous" ?

Ce texte est une pensée, pas un manifeste
J'aime bien quand les pensées provoquent des réactions que je n'attendais pas.
baci 03-11-2010 02:59:45

putain ma cocotte, sérieux t'abuses, t'aurais pu écrire nutella dans ton texte, tu penses aux clic et au référencement bordel ??


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Auteur de cette article : Ma Cocotte

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