
Je me ré-adapte au travail au fur et à mesure que les feuilles tombent. Je traverse la forêt, elle change de couleur tous les jours.La brume est là puis disparait. J'avais changé de rythme de vie pendant cinq mois, cela avait suffit pour créer des habitudes. Je ne vais pas à l'agence en reculant, je suis encore dans l'attente de la fin de la mise en place et des premiers clients. J'attends en fait le vrai travail, celui auquel je pense depuis un bon moment. Mardi prochain, nous serons sur le marché pour distribuer les plaquettes, Novembre devrait marquer les premiers appels téléphoniques. J'attends de me rassurer.
J'en ai assez de lutter contre l'inertie ambiante.
Il faut trois semaines dans ce pays, parfois, pour avoir une ligne téléphonique, plus encore pour être relié à internet. Nous naviguons par téléphone sur la toile, nous avons l'impression de travailler au ralenti. Je m'énerve, j'énerve. Des situations pourtant simples se compliquent de procédures, de délais, d'administratif pesant. Ce n'est pas une découverte, c'est l'agacement de désormais le prendre de plein fouet.
Et puis, il y a, curieusement, alors que le projet est devenu réalité, la crainte de la suite. J'avais cet objectif concret, l'emménagement comme l'aboutissement. Je savais que ce n'était qu'un début mais quand même. Même le site internet est en ligne et plus satisfaisant que ce à quoi je m'attendais pour un néophyte. Je devrais être satisfait en terme d'avancement. Je suis passé immédiatement, sans pause, dans les objectifs commerciaux à atteindre. Et si nous n'étions pas faits pour cela. Insatisfait chronique. Si la réussite est au bout, je n'aurai alors plus le temps de me poser. Je me remplis de questions pour lesquelles je n'aurai de réponses que dans quelques années. Peut-être moins.
J'ai eu des échos de l'ancienne boite de fous qui m'employait. La vie continue chez eux. Ils s'organisent difficilement pour remplir les vides laissés par les gens partis. Je ne m'en réjouis même plus. Les véritables responsables ne sont pas punis. Et je crois contenir encore une dose de colère non exprimée. Cette colère dont le niveau était montée trop haut. Je voulais créer une douleur physique à ceux qui agissaient tellement malhonnêtement, sans aucune réflexion ni humaine, ni intelligente. Il reste de la frustration qui s'évacuera avec le temps. Combien.
Si nous nous en sortons, tout sera oublié ou devenu obsolète. Je sourirai vraiment en y pensant.
Je ne suis pas étonné. Je savais que tout ne se ferait pas facilement. J'ai fait semblant, j'occultais certaines choses. Il y a des cicatrices morales. Et puis, il y a l'extérieur, qui me touche de moins en moins. Comme si mon expérience me donnait des droits de penser, d'être mieux-pensant que d'autres.
Je relisais brièvement quelques mots écrits voilà longtemps. Ils exprimaient tant de craintes de l'avenir. Ces peurs n'étaient pas professionnelles, mais tout à fait émotionnelles. Mon seul objectif, à me croire, était de fonder une famille. Je suis comblé. Je l'oublie. Car je sais que tout est fragile, comme si ma réussite au boulot pouvait faire pencher l'édifice. Je me dis que je porte une responsabilité dans la situation actuelle. Quelquefois, c'est un poids, lourd. Puis, je repense positivement. Et ça passe. Pourtant, il y a tant de moyens de rebondir autrement. Mais si je creuse, je vois une fierté indéfinissable qui se fissurerait.
C'est arrivé comme cela arrive tous les jours. A d'autres. A moi ? On me dira que je me trompe, qu'il existe des soutiens. Je dirai oui mais c'est intérieur, intouchable. J'écoute Souchon. Un jour la vie sera passée et j'aurai attendu pour des Reineclaudes et des mirabelles.
J'attends toujours quelque chose. D'une incertitude à l'autre.
Dehors, les feuilles vertes, jaunissent, rougissent, brunissent, tombent et tout recommence après l'hiver.

By Sapiens
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...