S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

Il y a des sujets qui me percutent violemment et m'interpellent.
Rom Houben n'a pas eu de chance, pendant 23 ans, à compter des quelques secondes qui ont précédé son accident de voiture de novembre 1983. Très malheureux pour que le personnel soignant rate ses prises de conscience, ses manifestations d'activité.
Sans doute qu'après un délai indéfinissable, l'attention n'est plus la même. Il était là comme un buffet qu'il fallait changer de place et épousseter régulièrement. L'homme était là sans y être. L'existence d'une présence sous des fonctions biologiques n'est plus évidente.
J'avais vu (et conseille) "Le scaphandre et le papillon". Syndrome de locked-in et conséquences.
Je ne sais pas si c'est une démarche normale, morbide, équilibrée mais j'essaye, l'espace d'un instant, de savoir ce qu'il ressentait, au début, puis après. Il prend conscience qu'il est vivant, qu'il pense. Il réfléchit, il tente des gestes, il bouge les lèvres, il fait vibrer ses cordes vocales sans s'en rendre compte, comme d'habitude, comme avant l'accident. Il imagine que quelque chose l'empêche de s'exprimer. Il doit se dire que c'est temporaire.
Puis, il se rend compte. Je ne sais pas s'il a tout compris réellement mais il comprend les conséquences, sans trop connaitre les causes de cela. Lui a-ton montré son image dans un miroir? Si oui, sans doute hurlait-il encore plus fort pour leur montrer, à ces gens, qu'ils se trompaient sur son cas.
Il voit les personnes qu'il aime devant lui. Il entend les médecins décrire sa situation, les espoirs, des statistiques aussi. Il écoute le pourcentage de chances. Sa famille pleure, il pleure également, mais personne ne le sait. Il passe par toutes les phases des sentiments humains et toutes les nuances, l'agacement, l'énervement, la haine, la patience, l'impatience, l'inquiétude, la peur, la frayeur, l'horreur, la tristesse, le dégoût, la douleur ... que sais-je encore. L'humour et l'amour s'en vont, s'éloignent.
Par quelles étapes passe t-il que nous n'imaginons même pas?
Il s'est enfui vers l'imagination et les rêves. Y'avait-il toujours la place en l'espoir ? Peu à peu, s'est-il fait une raison ? n'était-ce pas plutôt une déraison ?
Est-il possible d'imaginer 23 années?
276 mois, 8395 jours, 201 480 heures, plus de 12 millions de minutes. Il 's'agit de millions de minutes, peut-on imaginer ?
Le temps ne s'écoule plus normalement. Ce doit être une addition de jours et de nuits dont on ne connait pas exactement le moment exact. Il a dû supposer les horaires des petits-déjeuners, des midis, des fin d'après-midis avec les repas. Quels étaient ses repères pour toutes ces journées qui défilaient ?
Il devait vouloir en finir. Mais comment ? Il a dû se concentrer pour ralentir un cœur qu'il ne sentait même pas battre. Combien de fois a t-il hurlé ? Les années passent, il s'est inventé une autre vie, des occupations intellectuelles, il comptait peut-être certains éléments qui passaient devant son champ de vision. Pourvu qu'il ne fut pas trop délaissé. D'autres humains se sont-ils moqués ? A t-il servi d'exemple médical ou de cobaye ? A t-on pris les soins nécessaires ou bout de la deuxième année ? Avant ?
Il décide d'oublier au fur et à mesure. Il modifie ces critères d'importance. Une mouche qui vole devient essentielle, une visite de sa mère devient un cadeau de Dieu. S'est-il réfugié dans la religion ? A t-il admis, enfin, accepté que c'était une épreuve ? Effectivement, peut-on l'admettre ?
Ses amis de jeunesse, il avait la vingtaine et la vie devant soi, se sont épuisés à venir le voir. De nombreux passages des premiers mois, il ne restait peut-être que des coups de téléphone à ses parents au bout de 23 ans. Sans doute, un ou deux, des plus fidèles, des plus compatissants, venaient discuter, lui expliquer l'Histoire qui continuait pendant son enfermement. Quand on y pense, il y a tant à raconter sur les aventures de l'espèce humaine, mais n'est-ce pas dérangeant face à cet homme immobile ?
Il faut accepter de ne pas culpabiliser. On ne sait plus pourquoi. A part de contenir cette assurance d'avoir la chance de n'être pas comme lui, d'être sûr que ça n'arrive pas qu'aux autres mais savoir que ça n'est pas arrivé à soi.
Combien de fois a-t-on expliqué à ses parents que tout était fini, qu'il ne fallait plus espérer ?
Sa mère lui annonce le décès de son père, il pleure encore. C'est effroyable et insupportable. Veut-il toujours en finir ? Il sait depuis longtemps que la vie est cruelle et injuste, que ça ne cessera jamais. L'amour de ceux qui restent est-il suffisant ?
Un jour il a eu de la chance, et quelqu'un a aperçu toute son humanité qui se concentrait dans un regard unique ou une réaction non symptomatique. Cette chance, il croyait qu'elle n'existait plus, ou alors, peut-être y croyait-il toujours, résolument.
S'accrochait-il à cet espoir au bout de tant de temps ? Attendait-il encore la bonne nouvelle ?
Un jour, un homme en blanc trouve son exemple comme le bon pour les essais de son nouveau scanner.
Il remercie le ciel, l'homme, la Terre entière et ressent des émotions qu'il pensait épuisées.
Il est prêt à revivre. J'arrive à être heureux pour lui, c'est étrange, irrationnel. Cet homme est bon.
Je crains que ce texte soit maladroit, faux, ambitieux, idiot, insuffisant, irréaliste.
Je vois un fil tendu, si tendu qu'il peut se rompre.

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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...