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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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je suis amoureuse un peu, de Aurélie.
et j'ai eu un peu la trouille de lui demander son ailleurs
et PAN, touchée droit au coeur

Ailleurs ?
À quelques minutes à pied de la maison, juste après le pont.
Le nom sur la boîte aux lettres est le même que le mien.
Les difficultés pour respirer et la facilité à la fragilité aussi, sont les mêmes.
Il y a sa bienveillance paternelle, le regard protecteur et interrogateur, les bras timides et mes fausses absences qui l'inquiètent à tort.

Ailleurs ?
À quelques stations de tramway, intra-muros et intrinsèque.
Son nom latin différent du mien coule pourtant dans mes cheveux bruns.
Le caractère bien trempé et la force sans faille aussi, sont les mêmes.
Il y a l'amour inconditionnel, le fiel de la franchise, les mains ouatées et maternelles qui donnent les coups de pied nécessaires pour avancer.

Ailleurs ?
À quelques perturbations de RER, au-delà du passe Navigo sans frontières.
Mon nom est toujours resté sur la boîte aux lettres alors qu'il n'a jamais été le leur.
L'ivresse pour les phrases rondement liées sur les étagères et l'appétit pour les plaisirs de la table aussi, sont les mêmes.
Il y a la complicité intellectuelle et fraternelle, l'odeur des crêpes au sucre roux le dimanche et les silences à demi-mot causants plus que pesants.

Ailleurs ?
À quelques arrondissements, avec les copains parisiens, au détour d'un cinéma, d'un canapé, d'une bière, d'une bibliothèque, d'une folle soirée ou d'un café.
À quelques heures de voiture, de train ; avec eux dans les embruns bretons, avec d'autres dans une mer trop méditerranéenne pour être agitée.
À quelques heures d'avion, avec elle dans un jardin sicilien, avec elle dans ses nouvelles îles un peu plus loin, ou avec elle dans sa parenthèse de la péninsule malaise.
À la moindre vibration du smartphone, à l'abondante inondation de mails, d'appels et de textos, qui ne s'assèche pas malgré la désagréable distance ou la proximité physique.
Celles qui n'empêchent pas les échanges virtuels, synonymes d'écoute bien réelle et d'attention sans interruption.
La chaleur apaisante de les savoir à quelques touches de clavier, les toucher du doigt quand ma montagne rouge a le cœur bleu et frigorifié.

Ailleurs ?
Partout où je peux m'installer sans prévenir, une fraction de seconde ou pendant des heures.
M'amuser, me réfugier, me questionner, partager et prendre le temps qui manque pour se poser, m'arrêter avant de repartir et revenir.
Mon ici est solitaire, casanier, râleur, écorché, fougueux, exacerbé, fissuré, entier, possessif et compliqué.
C'est pas toujours évident la vie à ses propres côtés depuis toutes ces années ; on se supporte plus qu'on ne s'apprécie un jour sur deux.
Mon ici est tellement plus vif, docile, doux, confiant, solidaire, optimiste, indulgent et tolérant, lorsqu'il est plongé dans votre ailleurs aimant.
Là-bas, ici, ailleurs ; séparément ensemble.

 

00-signature-2011
Aurélie

 

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Auteur de cette article : Aurélie
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