Transports en commun
Mardi, 23 Février 2010 00:00
DfromParis
La Foule. Tout le monde se presse. Tout le monde se bouscule. L'indifférence. Et je me trouve là. En plein dans son centre. Sans trop savoir pourquoi. Et je me laisse bercer doucement par ce mouvement perpétuel. J'y prendrais une certaine habitude si une petite sonnerie ne m'avait pas sorti de ma torpeur. Comme un signe qui me rappelle que je suis en train de m'égarer.
Je lève alors la tête pour regarder un immense tableau à l'intérieur duquel des lettres défilent. Comme dans un jeu de hasard. Indécises, les lettres ne s'arrêtent pas tout de suite. Ni ensemble. Elles ralentissent progressivement avant de se fixer. Les unes après les autres. Un nom éclate. Une gare ? Une ville ? Je ne sais plus. Je ne cherche plus à savoir. Ce jeu ne m'amuse plus. Le jeu n'amuse plus personne. Ma main s'agite à l'intérieur d'une poche, fiévreuse et inquiète. Elle en sort un bout de papier. Je baisse les yeux pour le regarder. Tableau, papier. Papier, tableau. Ils correspondent. Le jeu a pris fin. Soulagement. Car je sais. Car j'avance enfin. Quittant cette léthargie latente d'il y a quelques instants. Je ne suis plus entouré par cette foule aggressive. Je laisse ma place à d'autres. Autres qui se lasseront à leur tour du jeu. Et qui auront eux-mêmes le plaisir de laisser leur place... à d'autres.
J'arrive, à mon tour, dans ce qui me mènera à destination. Je scrute à l'intérieur... une petite place est visible, vers le milieu. Je m'avance. Je m'excuse. Je me tasse avant de réussir à m'asseoir. A côte de moi, quelqu'un se lève et part. Je pose mon livre à côté de moi. Sur cette place nouvellement vide. Peut-être pour la rendre un peu moins vide. Ou un peu plus pleine. En face de moi un couple de sexagénaires discute. ELLE porte un chapeau en fourrure. Le genre que portent les femmes bourgeoises en hiver. Son maquillage lui creuse le visage et accentue ses rides. Il y en a trop. C'est la peur. La peur de vieillir. LUI est très simple. Un journal à la main qu'il regarde de temps à autres d'un œil désespéré car il doit attendre d'être rentré chez lui pour le lire tranquillement. Sa grande gabardine lui tombe sur les chevilles laissant dépasser un pantalon de velours marron. A l'ancienne mode. Mode qui reste cependant la sienne puisque son temps s'est arrêté. ELLE et LUI discutent. S'arrêtent un moment. Puis reprennent. Ils sont tranquilles. Sereins. Contrairement à la jeune fille de l'autre côté. Qui agite ses mains en les faisant tournoyer nerveusement comme un moulinet. Incessante. Imperturbable. Infatigable. Elle ne se tient pas droite sur son siège. Elle guette la sortie afin d'y bondir le plus vite possible. Tel un fauve pris au piège.
En face, les Anciens discutent toujours tranquillement. Je peux voir derrière eux un jeune homme à la tenue décontractée, l'œil dans le vide, l'air absorbé. Ennuyé. Il regarde tour à tour le plafond, éclairé par d'ordinaires rectangles luminescents, et la fenêtre. C'est lorsque nos regards se croisent que je réalise que je le regarde indiscrètement depuis quelques secondes déjà. Alors, un réflexe inconscient me fait détourner le regard vers ELLE, en face, qui se penche un peu car elle n'a pas entendu ce que LUI lui a dit. Je souris. Derrière, le jeune homme à la tenue décontractée a repris sa méditation. Il est ailleurs. Paraît ne pas entendre le bruit qu'il y a autour de lui. Cela lui donne un côté romantique. Un peu sexy même... Pourquoi cette sympathie pour un inconnu ? Sait-il que je le regarde ? Quelle image se projette de moi ?
Cette fois, c'est lui qui m'observe. Comme s'il cherchait quelque chose. Comme s'il cherchait une surprise que pourtant il connaissait déjà. Mais que voit-il ? J'ose le regarder. Soutenir son regard. Pour un moment. Alourdi par les 3 ou 4 mètres qui nous séparent. Son regard est fixe. Insistant ? J'ai envie d'aller lui parler. J'imagine que c'est réciproque. Tout se bouscule dans ma tête. Pourquoi mon estomac fait-il des noeuds? Je ne trouve que la force d'esquisser un maigre sourire. Et je baisse les yeux à demi résigné car je ne sais pas quoi faire. A son tour, il sourit. Est-ce pour moi ? Ou trouve-t-il la situation un peu comique ? Un peu absurde ? J'aimerais me lever. M'asseoir à côté de lui. Mais mon corps est lourd. Il devient pour moi plus lourd qu'une armure. Impossible à soulever. Qui va faire le premier pas ? Qui va descendre le premier ? Va-t-on se suivre ?
Alors je reste là, à regarder la mimique de ELLE qui se penche vers LUI. Nous ralentissons. Le jeune homme se lève. Mais pas pour me voir. Pour la sortie. Il pose son regard une dernière fois sur moi. On ne se connaît pas mais je suis presque un peu triste de le voir partir. Il descend. Disparaît dans la foule sans se retourner. Je suis seul de nouveau. Devant ELLE qui se penche vers LUI toujours décidée dans son geste et à côté de la jeune fille qui agite encore nerveusement ses doigts, ce qui commence à m'agacer à la longue.
L'un part, l'autre reste. Nos transports communs sont sans doute ainsi faits. Un regard. Un bout de chemin. Puis tout le monde descend. Mais pas forcément en même temps.

By DfromParis
J'aime bien ces moments où les chose...
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... Ce mec est un grand timide... Tou...
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Aïe... des regrets !!! enfin c'est ...
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