
Dimanche soir.
Deux paires de collants repliées sous deux robes, des low boots qui trainent par terre, quatre yeux rivés sur l'écran d'un laptop, qui diffuse "Nuits blanches à Seattle." En bande son, mes remarques moqueuses sur le déroulement over-prévisible du film pour embêter ma copine Globulette, dont c'est le film préféré, et surtout, pour dissimuler une vague d'émotion bien réelle qui me monte droit aux glandes lacrymales en passant par le canal nostalgique.
Parce que 10 ans plus tôt...
Deux paires de kickers rangées dans deux paires de pantalons en velours fatigués, réhaussés par deux ponchos identiques, qui se balancent de droite à gauche sur les dossiers d'une rangée de fauteuils du Star. Déborah et moi avons beaucoup de mal à ne pas hurler d'excitation alors que la lumière baisse et que commence la comédie romantique "Vous avez un mess@ge".
Nous attendons la sortie de ce film depuis des semaines. La "suite" des "Nuits blanches" avec un ordinateur et une connexion AOL en RTC, un peu de notre histoire à toutes les deux, qui va s'écrire sur cet écran.
Nous fréquentons des amoureux, avec qui nous échangeons des messages enflammés. Nous ne les avons jamais vus. Tout se passe via Internet et un peu par courrier postal, pour envoyer des photos. Le printemps arrive, les rencontres ne se font pas, la faute à la distance qui amollit les sentiments. Deborah correspond avec un marseillais, moi, j'ai remonté un peu la Loire, c'est un nantais qui me séduit en ce moment, il veut même venir me voir pour la Pentecôte. Je me réjouis, mais j'appréhende un peu.
Heureusement, début juin, un étudiant en maths infos qui vit dans la même ville que moi se montre plus entreprenant que les autres, nous discutons ensemble régulièrement depuis le début de l'année, et ses mails me font mourir de rire. A cette époque, il est barbu, geek jusqu'au col de son t-shirt de hockey, il est deux fois moins beau que mon polonais d'Angers mais mon coeur, déjà d'artichaud lui cède avec enthousiasme.
La suite ? Plusieurs années de vie commune pendant lesquelles nous avons soigneusement caché à nos proches la façon dont nous nous étions rencontrés (sur le campus, pendant une soirée inter universités).
Ca ne se faisait pas, à l'époque. Des films romantiques avec Meg Ryan et Tom Hanks amoureux sur Internet, ennemis dans la vraie vie, n'aidaient pas vraiment à inverser la croyance populaire selon laquelle Internet était un endroit glauque peuplé de pervers polymorphes, et que les gens qui faisaient connaissance via le réseau étaient probablement trop asociaux pour y arriver d'une autre façon.
Et pourtant...
On a donné nos ASV sur Caramail/Voila/ICQ.
On a pris un pseudo, et on est allés poster des topics sur les forums hardware.fr, doctissimo ou aufeminin.com.
On s'est échangé des adresses MSN, avec ou sans cam.
On a reçu une invitation, on a ouvert un compte Gmail. Et puis plusieurs, pour chatter anonymement sur Gtalk. On a classé les messages de chacun avec des libellés en couleur. On a installé des plugins qui avertissent en temps réel de l'arrivée d'un nouveau Gmail amoureux.
On a rempli les mêmes profils, avec les mêmes photos sur Meetic & Match.
On a ouvert un blog, un Flickr et on a commencé à commenter ceux de ses conquêtes.
On a poké un(e) fuckable potentiel(le) sur Facebook.
On a adopté des mecs/charmé des filles, ouvert et fermé son compte plusieurs fois.
On lui a dédié des playlist LastFm ou Deezer.
Et ce printemps, on a suivi en direct live une cyber love story démarrée via Twitter.
Et on se demande alors, avec une certaine inquiétude si on est encore capable, en 2009, de faire des rencontres amoureuses autrement que via Internet ?

by Grüt
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...