S'envoyer en l'air, les pieds sur terre
Difficile de ne pas tomber dans le travers: le déroulé des peurs et des fantasmes qui assaillent plus ou moins chaque humain, alignant les poncifs, dépeignant la sacro-sainte maturité des trentenaires, acquise en une seule nuit, comme par magie. Autant de parler de soi, de son rapport à l'âge sans tomber dans un certain cliché, sans resucée, ou maladresses. Sans impudeur.
Suis je fondamentalement différente d'il y a 6 jours, 6 mois, 6 ans? Probablement non. Le serais je dans 6 jours, 6 mois, 6 ans? La réponse est la même: probablement que non. Globalement, les mêmes choses me toucheront. Peut être un peu moins fort. Un peu moins loin. Pourtant, c'est une évidence. Ces années qui s'ajoutent les unes aux autres mesurant le chemin déjà parcouru sont angoissantes.
Ne pas aimer vieillir... Qui aime ça? Être plus serein avec l'âge. Soit disant. Parce qu'au contraire envisager les petites déchéances quotidiennes auxquelles on va devoir faire face tétanisent. Certains potentiels phobiques sont exponentiels. De nouvelles peurs naissent de ce que l'on acquiert. La conscience accrue de tout ce qu'on a déjà accompli, et raté aussi. Là où certains verront le verre à moitié plein, ne constater que le vide. Se coule la nostalgie des vies que l'on n'a pas vécues: s'insinue le mal à se réjouir de celles qui arrivent.
Le temps qui passe dépossède. Il rend plus friable, encore.
L'âge marque. De ses souvenirs, de ses fuites, de ses éclats. Tatoue sur la peau les amours. Chaque ride au coin de la bouche sera l'enfant d'un des rires présents. Devant le miroir, imaginer: souffle plus court quand on monte trop vite des escaliers. Peau plus grise quand s'enchaînent les nuits d'insomnies. Le corps fait défaut. Les cernes ont plus de mal à disparaître, les rus autour qui se creusent. Les yeux acculés de rivières.
Mettre tant d'années à apprivoiser un corps, une apparence, un visage qui inéluctablement se transforment .On reste toujours un inconnu dans le tain. Hors du ton, parfois. Esclave d'une apparence sans cesse mouvante.
Commencer tout juste à accepter d'être soi. Ne plus essayer de quantifier: trop ceci, pas assez cela. Le corps est une toile peinte, où il reste à affiner certains détails, de plus en plus précis à l'aune des jours. Des mains tâchées de brun, peut être arthritiques, serrées sur un livre. Avoir quatre-vingt, ou soixante-dix ans. Lire, sûrement avec difficulté. La vue aura baissé mais la fierté et l'orgueil maintiendront les lunettes sur la table. A cet âge là, on ne fait plus de nouvelles lectures. En finir de cette boulimie d'apprentissage qui noue le ventre. Ne plus avoir plus de grands appétits.
La lecture, l'écriture: ces fabuleux tricheurs. On peut tout se permettre avec eux. Arrêter le temps, l'accélérer, revenir en arrière. Transformer les histoires, oublier et redessiner une ligne de temps moins sinueuse, moins accidentée. Oublier qu'on a souffert, aimé, désaimé, appris, douté, failli.
On peut être héros d'un autre quotidien. Se promettre que ces trente ans qui arrivent sont une bonne nouvelle, qu'on sera enfin sûr de soi, accompli. Se projeter dans un futur qui peut être n'arrivera jamais: qui sait si on ne sera pas soufflé, balayé, avant que le fantasme se matérialise. Vieillir c'est aussi perdre, soi, les autres. C'est apprendre à mourir. Un peu.
Texte posé, repris, on éteint l'ordinateur. Et une fois les doigts libérés du clavier, une fois sans la possibilité des mots, il ne reste plus qu'à être profondément nu, intrinsèquement sans fards. C'est à ce moment là que les bilans s'imposent d'eux mêmes. Les réussites, sur lesquelles on préfère ne pas s'attarder: c'est bien ça le but, non? Obtenir de bonnes notes, marquer des points... On ne retient pas les prénoms des bons élèves. Ceux qui marquent, ce sont les cancres, ceux qui sortent du rang.
Il en reste du chemin à faire, à rouler des cailloux, à vivre. Des pierres à poser, maintenant que les fondations sont stables, d'équerre. Envisager l'âge comme une entreprise à long terme. Celui ci n'est qu'un passage de plus, même s'il fait peur. On s'éloigne un peu plus de l'enfant qu'on a été. L'enfant, ce n'est plus nous.
La petite main qui se serre, le corps qui se tend, le tremblement que l'on sent monter, ce n'est plus le nôtre. Lui aussi aura trente ans, un jour, dans longtemps.
Trente ans c'est le milieu de nulle part. On n'a pas encore assez vécu pour être parfaitement honnête, et beaucoup trop que pour ne pas être lucide.
Mais en attendant, on peut encore fermer les yeux: savourer ce bonheur qu'on a à être celui qui sait, celui qui console, rassure.Parfois. On reste faillibles: on est humain. De plus en plus. Être tombé, s'être relevé, avoir commis les erreurs nécessaires. On en fera encore, c'est certain. On est en passe de devenir grand.
Trente ans et tu regardes le papier peint vieillir
Trente ans et tu veux toujours t'éblouir
Dans des nuits si longues que les jours devaient rétrécir
Trente ans et oui tu ne les as pas vu venir
Trente ans c'est peut-être le moment de s'enfuir
T'étais partant disais-tu dans un sourire
Pour tes trente ans de brûler tes souvenirs
Trente ans ne laisse plus le canapé t'engloutir
Trente ans n'attends plus que l'on vienne t'attendrir
Redeviens touchant comme quand tu voulais tout détruire
C'est entêtant ce temps qui passe sans prévenir
Tant de mésententes et tant de causes perdues
Tant de mésaventures dans de petites préfectures
Tant pis pour les victoires et tant mieux pour les défaites
De toute façon on a toujours l'air aussi bête

Sand
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...