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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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A jamais silencieuse

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Cette histoire, c’est le silence. Les mots y sont un sacrilège, la brisure de l’enchantement.

C’est une chute dans le temps ; quand le non-dit nourrissait les espérances.

Assise sur un tabouret, une fête, je vacillais un peu, j’ai tourné la tête, une silhouette, des yeux noirs et la vie a défilé au ralenti. J’étais noyée ; il existait.

silencieuse
Toni Fressel

Un coup de foudre animal, une invasion surgie du fond des âges. Rappelons nous du temps où nous étions dépourvus de langage ; lorsque les émotions ne formaient pas de syllabe. Aucun de nous n'avait d'histoire, ni de prénom, ni de voix. C'était les regards et le silence et les corps qui bougeaient. C'était tout et ça n'avait pas de fin car l'imagination n'en a aucune.

Les mots mettent des limites et le silence les repousse au loin.

Et puis à force de se côtoyer, la syntaxe s'est mêlée au désir ; mais toujours à contretemps.

Ce sont ses doigts sur ma nuque dégagée, un geste qui lui échappe, plus fort que lui.

Ce sont mes doigts dans ses cheveux ébouriffés, un geste qui m'échappe, plus fort que moi.

Sans jamais qu'il y ait d'aveu.

Je suis chez lui, je fais machinalement tourner mon verre de vin, je croise les jambes, je parle, je souris, je ris ; c'est la jolie heure entre chien et loup. Il est face à moi, assis dans un fauteuil, une jambe repliée sur l'autre, son t-shirt, son jean et ses yeux noirs, ses pieds nus ; le corps à l'abandon.

Toujours au bord de basculer. Funambules de l'attente ; avant la chair, avant le soupir, avant le tourment.

« Pourquoi es-tu partie ? »

Le désir.

« Si j'ai avancé et reculé »

Les mots furent l'ennemi. La syntaxe ne s‘est jamais mêlée au désir, toujours à contretemps.

Juste effleurer l'autre dans les limites du supportable ou de l'insupportable. La fébrilité, la beauté du fantasme éternellement différé.

Je fais ce rêve récurrent et troublant d'une solitude à deux, un lâcher-prise, quatre bras qui se referment les uns sur les autres, la sensation unique, une paix silencieuse, un refuge absolu. C'est un rêve où le mutisme est roi, il y a juste ce vertige, cette chaleur, comme si « l'âme rejoignait enfin le sang » *. Comme si l'infini se dessinait sous nos pieds et disparaissait dans un dernier souffle.

Et pourtant, c'est l'homme de toutes mes incertitudes.

C'est un chant de désir silencieux, un rêve éveillé, un « bal perdu », quelque chose de précieux, quelque chose qui échappe au temps, quelque chose qui échappe au langage, quelque chose de très doux, quelque chose de sauvage.

« Tu es une épine dans le cœur, rien de très douloureux, juste présent. »

Ce désir inassouvi ; nous les jouisseurs. De disparitions en apparitions.

« Et j'ai très envie de toi »

Demander au taxi de faire demi-tour, retourner chez lui. Non. Il a peut-être espéré que je revienne. Quelque chose m'a retenu. Quelque chose que je ne comprends toujours pas mais que je chéris, une zone inconnue chez moi que je ne maîtrise pas. Je ne suis pas si sûre de l'aimer mais il incarne un refus de l'abandon chez moi, je crois.

Il ne s'est jamais rien passé.

Mon incapacité à aimer.

Grandiloquente quand je n'aime pas vraiment, les mots d'amour n'existent que lorsque je suis amoureuse de l'histoire et non des hommes. Ceux devant lesquels je suis restée paralysée. Silencieuse ; désespérément silencieuse. Un mur infranchissable se dressait.

Les hommes que j'ai véritablement aimés sont-ils ceux à qui je l'ai dit maintes fois ?

Ou sont-ils ceux à qui je n'ai jamais rien avoué ?

Mon silence me trahit-il ?

Je reste en suspens face à ce nouveau tourment.

La petite musique de mon cœur se joue toujours en arrière plan. Mes non-dits sont des déclarations d'amour et de désir. Jamais les mots ne franchissent le seuil de ma bouche. Ils restent lovés dans mon cœur, éternels, jamais flétris.

À jamais silencieuse.

 

*« Jamais l'âme ne rejoint le sang » est une phrase de Jean-Louis Murat

00-signature-2011
catnatt

Texte initialement publié chez Arbobo

 

 

Commentaires
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baci 13-12-2011 00:26:24

Je lis et relis et rien n'y fait, l'ilage, aussi esthétisante soit-elle, n'illustre pas le texte comme mon cerveu se le représente.
C'est drôle !
Henri 13-12-2011 00:34:44

J'aime terriblement ce texte et ce morceau, parce que je sais que tu as fait en sorte que chacun des mots prennent le virage de la musique, au bon moment.
Rolanda Bibine 13-12-2011 18:00:37

Admirative....

"il incarne un refus de l'abandon chez moi, je crois."
Est ce une phrase qui a fait son chemin (finalement) ou qui était une évidence au fond, qui a mis des mots sur un sentiment ?

Il FAUT que je le lise en musique ce texte.
Catnatt 14-12-2011 08:38:12

Merci à vous trois pr avoir commenté

Henri, non en fait le choix de la musique s'est fait après
A titre informatif j'avais hésité avec ça, normalement tu devrais t'en rappeler

http://soundcloud.com/r-roo/01-havent-you-seen-my-brahms

Rolanda, bonne question. Plutôt une évidence je pense
Henri 14-12-2011 19:26:16

FAIL.
/o\
  Melle H. 10-01-2012 17:36:24

Il y a décidément de bien jolies plumes sur ce site :-)
Rolanda Bibine 16-01-2012 10:48:15

ah mais c'est gentil ça !
Sunny 16-01-2012 00:03:23

Il y a souvent bcp d'intensité dans les silences la musique ne se fait pas que sur les notes mais l'espace qu'il y a entre elles. C'est une histoire en négatif c'est rare, sensible et fugace
Catnatt 23-01-2012 13:21:06

Je n'avais pas vu ces nouveaux commentaires, toutes mes excuses et un grand merci
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