Il fallait écrire sur le travail.
Je voulais raconter la difficulté du statut d'indépendant aujourd'hui, des charges sociales, des taxes, des impôts, des administrations injoignables, des multiples casquettes que l'on doit porter, du comptable à la femme de ménage, des horaires dingues que l'on est obligé de faire si on veut sortir un salaire décent à la fin du mois, du sourire que l'on doit afficher quand un contrat à quatre chiffre se retrouve annulé quasiment au dernier moment.
Et puis, j'ai pensé à Claire.
Je voulais écrire le décalage entre la représentation sociale d'un psychologue en libéral et ce qu'est son quotidien.
Et puis, j'ai pensé à Claire.
Je voulais écrire sur mon métier, expliquer qu'un psychologue n'est pas un magicien, qu'il ne peut pas deviner la moindre de vos pensées juste en partageant un verre de martini blanc-olive avec vous, qu'il ne sait pas ce que signifie votre rêve-dessin-marc de café sans que ayez vous-même fait des liens et construit vos propres théories sur le sujet.
Et puis, j'ai pensé à Claire.
Je voulais écrire le décalage entre la représentation sociale d'un psychologue en libéral et ce qu'est son quotidien.
Claire était folle.
Cette femme grosse et hystérique, je l'ai rencontrée en psychiatrie. Elle était tellement folle que lorsque son mari l'a quittée et que sa fille a coupé tous liens avec elle, elle s'est jetée du quatrième étage de leur immeuble, se brisant les jambes, les os de son bassin réduits en bouillie. La folie de Claire était insupportable et je sentais l'équipe soignante distante, épuisée par les attaques incessantes de cette femme. J'étais stagiaire à l'époque, toute puissante face à l'institution nécrosée. Ils avaient tort de la rejeter. Moi, j'allais m'occuper d'elle. Lors du premier entretien, Claire parlait, parlait... Elle se vidait. Un déversement de souffrance, ininterrompu. Sa vie, les abandons subis, sa « grosse bêtise », sa fille. Tout y passait, sans ordre ni logique. Trente minutes plus tard, elle s'est arrêtée, à bout de souffle. J'avais le sentiment qu'elle avait tout donné. C'est elle qui a mis fin à l'entretien : « Je vais cesser ici mon discours. » J'ai tenté de reprendre le contrôle mais il était trop tard. Claire dominait, j'étais sous son emprise. Elle a récupéré son déambulateur tant bien que mal et nous sommes sorties du bureau ensemble. Une fois dehors, je n'ai pu me résoudre à accélérer le pas et à la laisser ainsi derrière moi.
Je l'ai accompagnée. Il faisait nuit, il pleuvait, le service était désert. Pendant les vingt minutes suivantes, elle m'a craché sa haine à la figure, accusant l'hôpital, l'équipe soignante, sa famille de l'abandonner. « Mais vous vous n'êtes pas comme eux, vous êtes gentille, vous vous occupez de moi. » Arrivées à la porte de sa chambre, elle m'a proposé d'entrer. J'ai décliné l'offre. « Ah ! Vous devez partir. C'est votre heure. Vous allez retrouver votre famille. » J'étais devenue le monstre qui abandonne. En quittant l'hôpital, je me sentais vidée, mal, aussi dépressive qu'elle. J'hésitais même à prendre la voiture, je n'avais pas la force de conduire. Une fois rentrée à la maison, je me suis effondrée. Trois jours de larmes et d'angoisse sans pouvoir poser des mots ni comprendre.
Les choses étaient simples pourtant. J'avais laissé Claire me mettre à la place à laquelle elle voulait me mettre, celle de la fille qui abandonne.
Parce qu'avec elle, j'ai compris ce qu'il se passait quand on commençait à avoir pitié de ses patients.
Parce qu'avec elle, j'ai compris ce que c'était de se laisser mettre à une place qui n'est pas la sienne.
Parce qu'avec elle, j'ai compris que le psychologue et moi, ce n'était pas la même chose.
Parce qu'avec elle, j'ai compris ce qu'était mon travail.

Zzouzz
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Character problem. empty comment
Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...