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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Comme un dimanche soir

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Et voilà. Les vacances... Celles qu'on espérait, qu'on attendait, celles qui angoissent parfois. Mais qui sont nécessaires. Une coupure, un retrait, pour mieux rebondir. Après. Parce que c'est vrai les ans nous usent. Moi, je suis usée. On va parler de moi pour une fois. Pas de celle qui se retranche derrière des fictions plus ou moins probantes, de celle qui joue avec les mots, de celle qui vous fait rire souvent (du moins je l'espère), de celle qui se montre mais toujours en clair obscur.

Sandrine derrière Sand. Les gens qui me lisent depuis longtemps commencent à connaître un peu mes mécanismes et mes retranchements. Mes sensibilités particulières, ma grande sensibilité. Etouffante parfois. Que je voudrais museler souvent. Je voudrais parfois m'anesthésier. Sauf que c'est impossible. Ils savent bien. Que cette année s'est avérée une des plus difficiles qu'il m'ait été donné de vivre. Pour des tas de raisons. L'accumulation de petits faits, de directions prises après années, qui me mènent, me menaient sur une route que j'avais choisie plus par facilité et procrastination qu'avec discernement et envie.

Et puis il y a ceux qui découvriront. Que je ne suis pas forcément que la fille rigolote et disponible qu'ils imaginaient. Parce que je donne le change. Parce que c'est un peu bateau les clowns tristes, et pourtant c'est si vrai. L'humour comme seule forteresse aux larmes. Rire le monde de peur qu'il ne se sauve. C'est ma défense à moi, sourire jusqu'à la déchirure, m'occuper des autres, me rendre disponible, utile, consoler, aider, faire plaisir. Quand tout s'effondre, au moins j'ai l'impression d'être. D'avoir un sens. Ecouter les autres, être attentive. Filer des coups de main. Je suis la fille qui ne sait pas dire non. Je ne veux pas perdre ça. La générosité est un trait essentiel de mon caractère, il fait partie de mes fondations à moi. Mais quelquefois, de temps en temps, j'aimerai pouvoir dire non. Que moi aussi j'ai droit à de l'écoute, de la patience, du temps. Et que c'est loin d'être égoïste.

Cette année. Des gens qui partent, certains sans retour possible. Une en particulier à laquelle je pense très fort. D'autres qui peut être si le cours de nos vies décide de reprendre le même chemin reviendront. Des désillusions aussi. Comme les gens qui espèrent trop ne peuvent qu' immanquablement éprouver. Cette soif d'aller toujours plus loin, dans l'extrême qui me caractérise, qui me joue des tours souvent, qui ne m'aura pas aidée. Alors parfois, écrire, jeter des mots, même s'ils n'étaient au final que des pis aller, que des distractions m'a rendu service. J'ai mis en mots mes relations aux autres, mes déceptions, mes envies. J'ai enjolivé, ou empiré, mais c'était toujours moi derrière les mots. Je suis incapable d'écrire autrement qu'en direct de mes tripes. Et si c'est salvateur, c'est aussi épuisant.

Ecrire. Ça a permis sûrement (et les termes ne sont pas trop forts) de me tenir en vie. De vouloir rester, encore un peu. De mettre des pansements compressifs sur certaines douleurs, de ravaler ma fierté et de mettre à plat, de disséquer. D'adoucir. Relativiser. Mettre en lumière les jolies choses. Mon fils. A ce jour ma plus belle réussite. Que je suis capable de mener un projet à bout, jusqu'à la fin, même si l'issue n'est pas forcément celle que j'espérais. L'issue ne compte pas tant que ça, l'important c'est la réalisation jusqu'au-bout-iste d'une envie, d'un désir, d'un projet.
Je suis usée, oui. Probablement un peu à bout de mots pour l'instant.  Ma bulle de protection se fissure, un peu.

Pourtant ce n'est pas faute d'avoir aussi eu de très jolis moments. Des belles rencontres, des pauses espace temps, qui peut être dureront. J'apprends à gérer doucement mes relations aux autres. En prenant le temps d'apprécier ce qui m'est donné, ce que je vis,... J'ai construit je crois des relations particulières avec certains ici et là qui se reconnaîtront. Ma grande soeur de blog, celle qui me fout des coups de pied au cul quand il faut, mais est là aussi pour s'esclaffer de mes bêtises de gamine mal dégrossie. Ma petite perle, qui est là toujours et depuis longtemps, avec qui on a fabriqué un super jouet, qu'on n'a juste pas su gérer. Ma courageuse et vaillante petite perle. Et Elle. Elle et moi si semblables et si dissonnantes. Les parfaites fausses jumelles. Elle qui me comprend, qui sait. Qui arrive à me faire hurler de rire dans le noir le plus complet. Qui sait comme personne trouver ce qu'il faut me dire. Parce que nos failles sont de même nature. Une relation forte et belle. Et j'apprends à en nouer avec d'autres. Doucement.

Ca prend du temps d'apprendre à doser. Faire confiance sans tout à fait se livrer, garder une zone de sécurité, de secours, de respiration. Laisser venir les jolies choses sans en avoir peur, accepter qu'on puisse me voir moi, dans toute ma vérité, et qu'on puisse s'attacher à moi. Sans que j'en fasse plus. Sans que j'en fasse trop.
Parce qu'il est des gens vrais. Si tant est qu'on leur laisse leur chance. Des gens qui vous disent juste: je suis là. Te pose pas de questions. Qui par quelques mots, une bétise, une pensée vous aident plus qu'une armée de psys. Sans en demander plus.

Les gens. Composer avec les gens. Composer avec moi.
Certains vignerons mettent des années à trouver le bon assemblage, la meilleure manière de mettre en valeur les cépages, ...Les bonnes formules, les bons équilibres prennent du temps. On essaie, on teste, ça marche ou pas. Et si ça ne marche pas, on recommence. Les gens me laisseront d'autres chances. Je me laisserai d'autres chances.

Je n'ai jamais aimé les vacances. J'aime l'action, j'aime être dans le "faire". Pourtant il faut aussi que j'apprenne que prendre une pause n'est pas abdiquer, que se reposer n'est pas s'éteindre, que reprendre son souffle est permis. Ce n'est pas un aveu de faiblesse que de se poser au bord de l'eau et contempler l'onde. Ca vaut mieux que de se laisser couler à pic pour cause d'extinction de force. 
Il faut que j'apprenne à reconstruire ma bulle, pas après pas, avec tous les gens qui voudront y entrer.

Cette année j'ai marché, j'ai couru, je suis tombée, j'ai eu des bleus, des écorchures, et puis je me suis relevée. Tous les apprentissages sont ainsi. Grandir, c'est aussi ça. Faire quelque chose de l'échec, le rendre utile, évident. Mes plus belles défaites seront mes plus beaux jours.

Je n'aime pas les vacances, mais cette année je vais y prendre goût je crois. J'ai réanimé certaines envies c'est vrai. Écrire un autre roman pourquoi pas. Oser la démarche de le proposer vraiment dans une maison d'édition sérieuse, et ne plus reculer devant les obstacles que je m'élabore toute seule.
Mais d'abord je vais prendre le temps. Me reposer, ne rien faire, écouter de la musique, le vent, le rire de mon fils. Mon aurifère petit garçon. Lire. Parce que ça fait trop longtemps que je ne lis plus vraiment. Aimer, parce que j'aime trop, mais j'aime mal. Buller: j'aime tellement ce mot. La bulle, ma bulle, coincer la bulle.

Et puis me tardera d'être à la rentrée, et en même temps, je voudrai encore rester dans la tiédeur de mon confort retrouvé.
Vous connaissez cette sensation, non?
Celle des dimanche soir, mêlée d'excitation, de lassitude heureuse, de nostalgie de jolis moments... Moi, les dimanche soirs, quand j'étais petite, le plus souvent je les passais à côté du chauffage, assise par terre à m'user les yeux et à essayer de ne surtout pas arriver trop vite à la dernière page du livre. Et en même temps, je voulais tellement connaître la fin. J'aimais à l'infini ces heures là. J'étais bien, d'une heureuse tristesse.

Peut être exactement comme vous qui me lisez là, juste à cet instant... La sensation qu'une minute se finit, mais qu'une autre heure s'avance, que c'est ouaté. La fin d'un cycle annonce le début d'un autre. Il est permis d'espérer.

Parce que demain, tout ira bien.


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By Sand
Commentaires
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Heninapso 27-06-2010 20:45:27

Un très beau billet Sand, très émouvant.
Les images sont très belles, très fines, et très bien choisies...

Pour ma part je découvre avec tes mots cette sensation ouatée du dimanche soir, car pour moi, ce moment est plus synonyme de angoisse qui monte peu à peu, comme si la journée m'échappait sans que je n'y puisse rien y faire..

En tout cas, je te souhaite de très bonne vacances avec ton petit homme... et à très bientôt j'espère !
  Gaorl 27-06-2010 22:44:31

Profite de tes vacances ma belle. J'ai la même maladie de l'infirmière, me cacher derrière le besoin qu'ont les autres de moi pour ne surtout pas regarder le champ de ruines qu'est ma vie. Après deux ans de retour sur moi je recommence enfin à être moi. Tu as mis le doigt dessus, le traitement est en toi maintenant, Monstro va te guérir, c'est le médicament le plus efficace, et sinon nous sommes là.

Baisers et je prépare la location de la Ferrari et de l'hélicoptère, par contre pour les chiens je préferai des chats, ça ne te gène pas trop?

Signé : Thomas Magnum, PD, Hawaii
zzouzz 28-06-2010 01:05:01

Sublime belle Sand.
baci 28-06-2010 01:10:01

:-*
toad414 28-06-2010 01:23:09

finalement j'ai beau réfléchir lire et relire ton texte je ne trouve pas les mots juste (j'ai peut-être pas ton talent d'écriture) et je pense que tout ce que je pourrais poster ferais faux et banal. j'en arrive à la conclusion que plutôt qu'un unique post qui te ferais plaisir j'aimerais à la place discuter avec toi et échanger des idées afin d'apprendre à te connaitre.

ps: j'adore la musique que tu as choisie
  LaPriss 28-06-2010 01:30:04

"Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous." Voila, pas mieux.
Je te souhaite un joli nouveau cycle, tu le mérites.
Belam 28-06-2010 09:02:50

J'ai présupposé que j'étais celle qui foutait les coups de pied au cul, j'ai eu tort ?

Toujours le sale rôle, hein ?! C'est dégueulasse

Pour le reste.... Je sais...
sand 28-06-2010 18:40:35

D' abord merci. A tous ceux qui ont commenté ici et ceux qui se sont manifestes en "Off". Vos petits mots m'ont fait beaucoup de bien.
Et puis

@heninapso : Merci. Et oui on me retrouve bientôt puisque cet esclavagiste d' Henri m'a demande un billet

@gaorl: ah la la la toi ! M'étonner qu'à moitié va que tu joues les infirmiers. Par contre je
serais intransigeante les chats c'est tous des
branleurs

@zzouzz et baci : je vous aime aussi les girls

@toad414: why not ?

@la priss: bizarrement c'est ce que beaucoup de commentaires reflètent. En faisant mon texte le plus perso je "parle" a bcp. Un truc sur l'universalité de la difficulté a être humain. Et un être humain ?
sand 28-06-2010 18:42:13

@maman : (hinhin ) personne m'aura foutu aussi bien des coups de pieds au cul merde. C'était un immense compliment. Mon cul c'est private hein !!!!

Bref. Je sais que tu sais.
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