
Les mêmes jours, après tant de jours. Les mêmes heures, après tant d'heures. Minutes qui s'égrènent, péniblement, jusqu'à arriver à l'instant T. A ce jour là, à cette heure là. A cette minute précise. La pluie accompagne l'attente. Le vent souffle. Silencieux comme un couperet irrémédiable. Comme une respiration qui s'arrêterait. Comme la mienne, ce jour là.
Comme le cri qui n'est jamais sorti de ma poitrine.
Hurler en silence. A en perdre la raison, sans avoir jamais été plus sûre pourtant d'être ancrée dans le réel. Les gens autour. Les mouvements fantomatiques, floutés. Des silhouettes qui passent en chuchotant. Je ne suis plus de ce monde là. Plus tant. Je me suis enfuie loin d'eux. Je n'ai pas voulu entendre, comprendre.
L'irréel a pris corps. Un corps de quelques centaines de grammes à peine, inerte. Si calme. Si blanc. Une douceur d'ouate. Toi.
Toi, l'inattendue. L'inespérée presque. L'aboutissement de tant de fantasmes, quand gamine, je m'autorisais à penser que, peut-être, un jour. Et puis tu es là.
Fragile, si petite, et déjà tellement géante dans mon cœur, dans ma tête, dans ma vie. Ma sérénité, mon océan de profondeur, de paix. Comme la réconciliation de tous ces mondes dissociés depuis toujours. Comme la réconciliation avec moi-même. Moi femme. Moi fille de. Moi mère de. Une trinité, une sorte d'équilibre nouveau. Et fabuleux.
Te penser semblable à moi, et si différente. Nous imaginer toutes les deux, complices, ennemies parfois, toujours unies. Les conversations à bâtons rompus. T'apprendre des petits riens, et des choses essentielles. Te parler de moi, et t'entendre toi. Ton rire. Ta voix. Tes tiens. Tout de toi.
Les mêmes jours, après tant de jours. Les mêmes heures, après tant d'heures. Redouter d'encore attendre ta voix, qui jamais ne viendra. Un cri que tu ne pousseras pas. Tendre l'oreille pour essayer de percevoir un battement qui s'est tu depuis trop de minutes.
Donner des coups de poings dans les murs, fermer les yeux à s'en faire mal. Oublier que c'est à l'intérieur de soi que le battement s'est tu. Essayer de penser à autre chose que la culpabilité.
Continuer. Avancer. Un pas puis un autre. En sachant que le fil est cassé. Qu'il n'y aura pas d'autre chance. Que toutes les cartes ont été jouées, les atouts abattus. Qu'il ne reste plus qu'un vase vide, inutile, dément.
Et puis quelquefois se retourner. Pour toi. Parce que je n'arrive pas à te dire au revoir.
Parce que ce prénom que je t'ai donné porte toute l'injustice du monde :
Zoé.

By Sand
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