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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Ends times

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Il vient toujours ce moment là. Celui où l'on écrit les trois dernières lettres sur la feuille. Celui où l'on ose à peine poser les doigts sur le clavier, tellement on a peur de son propre bruit. Où l'on police en petite police, toute petite, en italique c'est plus doux. Où l'on ferme la porte. Les yeux. Endiguer le flot salé qui monte, inexorable.

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Le mot fin est une douleur.

Pas pour tous. Pour moi, c'en est une insupportable. Je l'ai écrit, pas plus tard qu'hier, avec un mélange de soulagement, d'amer, d'infini trouble, de tristesse au bas de la dernière page de ce roman que certains d'entre vous ont lu. Enfin, je dis hier, mais pour vous qui lisez, hier est déjà loin. Le temps de finir ce billet, de le proposer, qu'il soit publié, mis en page, corrigé, illustré, et des jours auront passé. Hier ne voudra plus rien dire.

Je n'aime pas les histoires qui se finissent. Je n'aime pas ça, depuis petite. Que j'en lise, que je les écrive, que j'y joue, je crois toujours à l'impossible prolongation, comme si on pouvait effacer la fin. Peut être comme une première neige alors la fin n'en serait pas une. Juste un fondu-enchaîné, autre chose que du définitif arrêt.

Je cours sans arrêt, à créer des débuts. Des embryons jamais mis à jour, seulement pour ne pas leur faire vivre la rupture, la fin. J'affame ma fin. Je laisse en pâture des dizaines de projets, de roman, des pièces de théâtre, des chansons, polars... Un monstrueux bestiaire de mots tronqués, de phrases parasitées, de chapitres amputés.

Je cours sans souffle fuyant quelque chose que je sais pourtant inévitable. Fin. Mort, sûrement. La peur de l'après. Qu'est ce qu'il y aura derrière mes mots? Est ce que ce sera mieux, ou pire... Est ce que quelque chose va résister, continuer, ou au contraire vais je retrouver des phrases inconnues, comme les plages où l'on pose les pieds la première fois, les lointaines, dont on a entendu parler, et dont on découvre l'immensité avec angoisse. Sables mouvants. Sables émouvants. Les nouvelles histoires qui naissent. Bébés que l'on va garder au creux de soi, maternante, exclusive. Bébés que l'on fait grandir, évoluer.

L'accouchement est un déchirement, mais le bébé est toujours là. Plus si proche, plus si intime, mais le lien est toujours présent. Omniprésent. On le nourrit ce bébé, les mots l'apaisent la nuit, les phrases deviennent comptine, le clavier devient son sein.
Puis un jour fin. Plus besoin du clavier. Sein devenu obsolète.

C'est terminé.

Certains ont l'angoisse de la page blanche. Pas moi. Je n'en connais que l'ivresse. La tête qui tourne, tout est encore potentiel, rien n'est arrêté, en avant pour la sur-brillance, les phrases qui en jettent, les mots qui claquent. Virevolter entre les idées, les émotions en embuscade, créer.
Petite, ma plus grande angoisse était de ne rien ressentir. De ne pas savoir avoir mal, avoir envie, aimer, être heureuse, malheureuse. Je me sentais souvent comme prisonnière de mes émotions.Comme si elles étaient glacées autour de moi, et que ça m'empêchait de rien ressentir. Paralysée gelée, une sorte d'état d'indifférence. Je sais combien c'est faux. Juste que tout arrivait trop vite, trop fort. Je coupais le disjoncteur à ressentis.

Comme une sécurité.

Je suis encore petite, mais je grandis. J'ai appris à apprivoiser les jolies choses. A laisser ma sensibilité en terrain peut être pas accueillant mais le plus neutre possible.
N'en reste pas moins que je ne sais toujours pas appréhender les fin.

D'ailleurs, je n'ai aucune idée de comment terminer ce billet. Je vous propose de l'écrire vous même la fin.

Vous me rendrez service.

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By Sand

Commentaires
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Baci 30-11-2010 11:18:56

Mais au fond, y a t-il vraiment une fin ? Les projections que chaque lecteur se font de mon histoire, les anecdotes qu'ils transmettent à d'autres, ça fait continuer après la fin.

Peut-être qu'en me rendant compte que je fais moi-même continue. Les histoires des autres, j'accepterai que la fin n'est souvent qu'un passage de relais à l'autre.


(baci t'embrasse, sand)
  Violette R.O.L.L. 30-11-2010 13:02:12

Sand, je retrouve toute ta Maestria dans ce papier,
Oxmo pour toi :
"T'es l'enfant seul, viens-tu des bas fonds ou des quartiers neufs, au fond tous la même souffrance (...)
Grandir sans père c'est dur, même si la mère père-sévère ça sert pas à trouver ses repères (...)
Nous savons tous qu'on ne guérit jamais de son enfance, même un torse poilu ne peut oublier sa vie de gosse du divorce rossé par son beau père,
L'enfant seul c'est toi eux lui elle"
Les pires comme les meilleures choses ont une fin, tourne tourne les pages ma belle, tu n'en seras que plus forte.
J'ai confiance en toi.
Bisou
MissMadame Zan 30-11-2010 23:44:23

1/ Violette oh comme tu m'as pucciné l'humeur ! j'aime tellement tellement cette chanson et elle prend toute sa place dans ton com'

2/ sand, pourquoi pas une receuil d'Histoires Sans Fin alors ? Qui donnerait le droit de se voir évoluer même après impression ?
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