S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

Elle est marrante, Sand, me demander d'écrire un article drôle c'est un peu comme demander à un écrivain de pondre un bon livre. Comment je peux le savoir à l'avance, moi, que je vais être drôle - en revanche je viens de râler dès la seconde ligne, pas mal, ça fait un bout de la consigne qui sera respecté au moins. En plus, écrire pour Voldemag, c'est un peu une consécration, faut pas que je me loupe, faut que j'm'applique.
Bon... Finalement, j'ai cherché pendant 17h et ça s'est imposé comme une évidence.
Au premier abord, je suis une femme parfaite. En toute modestie bien sûr.
Je suis gentille (assez), je cuisine (très bien), je repasse (bien), je passe l'aspirateur (sans broncher), je ramène des sous à la maison, le tout avec le sourire et ce même quand des gars se font descendre à l'arme automatique en bas de chez moi. Et quand je suis en dehors de chez moi, « je ne coûte pas cher » - je ne fais que citer mes amis - comprendre par là que je ne bois pas d'alcool, ne fume pas, ne consomme pas de drogues dures et préfère la danse ou la piscine plutôt que le shopping.
Donc globalement, si j'étais un mec, je m'adopterais.
Vous n'en croyez pas un mot et vous avez raison. Tout ce qui précède est authentique mais j'ai un vice caché : je ne dors pas. Le sommeil, ça n'a jamais été mon truc. Tout petite j'érigeais mes plus belles constructions Lego vers 5h, j'adorais lire vers minuit et je commençais mes devoirs de maths aux alentours de trois heure du mat'.
Plus exactement, je suis une abonnée du micro-sommeil. Trois ou quatre heures par-ci par-là. Je dors à la fois partout et nulle part. Bébé, ma mère me récupérait endormie dans le bac à légumes du réfrigérateur - heu oui parce que j'adorais déjà les légumes ; Gamine je me réveillais systématiquement à 15 mètres de mon lit - je rêvais souvent de Batman faut dire .
Ado, on m'a retrouvé dormant aux toilettes ou dans la baignoire, sur un trapèze aussi ; et adulte, le canapé ou le rebord de fenêtre de la cuisine veillaient régulièrement sur « mes nuits ».
Du coup, pendant longtemps j'ai trouvé qu'un lit prenait beaucoup de place pour pas grand-chose dans un appartement. En revanche, il ne fallait pas compter pas sur moi pour me voir dormir dans des transports, je n'ai jamais rien trouvé de plus répugnant que de se réveiller avec la bouche pâteuse au beau milieu de nulle part. Idem pour les cinémas ou salles de concerts.
Tant que vous vivez seule, vous ne dérangez personne. Les emmerdes commencent lorsque vous êtes accompagnée. Tous ceux avec qui j'ai « dormi » pionçaient beaucoup - C'est ballot pour moi n'est-ce pas...
1) Au début, ils ne disent rien. Forcément, les premières fois, personne ne dort beaucoup. Donc ils ne se rendent même pas compte du problème. Ce qu'ils ne voient pas, ce sont tous les efforts que je fais pour ne pas éveiller leur suspicion : ne pas appeler avant midi, ne pas envoyer un mail à 4h am...Je suis un produit de bonne qualité, équipée d'un minuteur.
2) Très vite, ils deviennent suspicieux car ils ne peuvent plus lutter contre leur fatigue. Mais pas moi. Ils doivent penser que je suis agent secret ou Arsène Lupin.
C'est là qu'on se rend compte qu'un garçon c'est vraiment con. Ils sont tellement obsédés par leur petit être qu'ils restent persuadés que tout tourne autour d'eux. Alors, quand la nuit vous faites plein de trucs sans eux, ils sont jaloux. Genre vous vous octroyez le droit d'avoir une vie en dehors de leur égo surdimensionné. Alors qu'en réalité, mon passe-temps préféré la nuit, c'est de regarder les lumières de la ville, pas leur écran tactile-ta-mère.
Je suis toujours « déjà levée ». Déjà levée quand il veulent prendre leur petit déjeuner, déjà levée quand ils vont pisser au milieu de la nuit (en oubliant de fermer la porte en plus...), déjà levée quand ils reçoivent des sms de leurs maitresses au milieu de la nuit... Et en prime, jamais jalouse, alors qu'eux deviennent peu à peu comme dans la chanson de Biolay (Jaloux de tout).
Jusque là, j'ai l'ascendant. Tout est sous contrôle. Le « il » lui, y trouve son compte. A son lever les courses sont faites, le petit déjeuner prêt, le linge repassé, la vaisselle faite. Ne reste que l'aspirateur mais il ne vous en veut pas, c'était pour ne pas le réveiller que vous ne l'avez pas passé après tout. Cette phase dure assez longtemps, c'est très délicat de garder un garçon à cette période car, parano qu'il est, il peut vous éjecter de sa vie à tout moment. En mal de cirque, je suis l'équilibriste à nouveau, dansant sur un câble d'acier, pouvant tomber à tout moment. Produit sous garantie, remboursable intégralement.
3) Et puis vient ce retournement de bâton. Brutal. Les dernières barrières secrètes tombent. Celles que seuls vos parents connaissent car votre corps a cette pudeur de ne pas l'exposer aux autres.
Le sommeil soudain.
Imaginez, vous discutez du potentiel tubesque du dernier Grizzly Bear ou de la mise en valeur des facettes des acteurs américains dans les douze dernières comédies visionnées et là, le sommeil frappe.
Enfoiré.
En pleine phrase il vous choppe et rien à faire, la seconde d'avant vous étiez éveillée, la seconde d'après, vous êtes en sommeil profond. C'est marrant sur les bébés, ils s'endorment souvent comme ça, sans prévenir. Sur un adulte c'est déjà beaucoup plus gênant.
Alors lorsqu'un « autre » voit cela, il ne le sait pas encore mais, en fait il vient de se retrouver propulsé dans votre intimité la plus profonde. C'est à peu près comme si vous lui aviez offert une visite guidée de votre utérus.
La première fois c'est mignon. Il est ému car il a assisté à cette scène où lui est éveillé et vous pas. Il en profite pour fouiller vos sms à la recherche de vos amants, il ouvre votre Mac et inspecte vos boites mails - et il ne trouve rien car bien sûr il n'y a qu'un garçon pour laisser trainer des trucs, nous on est organisées, on fait ça bien.
Très vite, il peut mal le prendre. Vous le prenez pour un abruti ? Vous vous ennuyez avec lui ? Ca m'a valu de nombreux sujets de discorde. Car là, toujours à cause de son égoïsme primate, il vous réveille ! Donc il faut lui répondre que si vous faisiez la même chose quand il dort eh ben... hein... non mais...
4) Et puis, s'il a été suffisamment intelligent pour ne pas se barrer en courant, il assiste au pire - oui je vous ai gardé le meilleur pour la fin, comme dans les bons romans, j'essaye d'être à la hauteur de la tâche qu'on m'a confié.
Non seulement je m'endors en un claquement de doigt, mais je parle.
Ca commence par des bribes de mots mis bout à bout de manière surréaliste. « Culottes à sangles » (?) ou « Canard satiné » (??). Puis ça ressemble aux exercices sujet-verbe-compléments de CP. « Sur la moto, il y a un géant et un tout petit » (???). Enfin, voilà summum de l'horreur, « Bonsoir, je ne m'attendais pas à cette récompense, c'est un peu troublant d'être là ce soir habillée devant vous alors que vous remerciez pour un film où je joue nue pendant deux heures » - Oh mon dieu, pourquoi j'ai décidé de raconter ça, je vois d'ici les remarques fuser pendant des mois, heureusement que j'ai investi dans un bunker en Suisse).
Voilà probablement la phrase à haute voix la plus absurde que j'ai prononcé inconsciemment.
Dans mon sommeil (!).
A haute voix (!!).
Là, le mâle tient sa revanche ultime. Il lui suffit de noter tout ce que je dis. Je ne me souviens de rien, c'est très gênant. Si l'on me pose des questions je réponds, si l'on m'écoute je raconte des trucs, je ris parfois aussi. - Note pour plus tard, penser à publier mes « mémoires inconscientes ».
Tout ça pour dire que, quand je veux quitter une soirée car « je suis fatiguée », de grâce ne me retenez pas.
Voilà. Je doute que ça vous ait vraiment amusé, je retourne me coucher (il est 3h44).

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Belle lecture, merci, que ce moment v...
J'aime bien ces moments où les chose...
Toutes les semaines, je cherche un je...
Et du coup, tout à ton bonheur et ta...
Ce qui est génial avec ton écriture...
... Ce mec est un grand timide... Tou...