
Je restais là, debout, dans la pénombre, les yeux fixés sur une dépouille qui n’était plus rien. Sur cette dépouille qui n’était que l’ombre d’un homme, l’ombre d’un siècle. Mon regard s’attardait sur les détails de ce corps débile, cette peau parcheminée et maquillée, ces joues creusées par des mâchoires vides, ces lèvres fermées de force, ces yeux clos… Sur ce drapé factice et ces ornements ridicules…
Il est de ces situations où l’esprit oscille entre l’observation et l’introspection, où l’on échafaude le rêve sur des fondations empiriques. Lorsque les questions qui nous assaillent se heurtent à un mur et que nos convictions fléchissent. Des questions si naïves sur notre propre essence que nous les survolons chaque jour, pour ne pas y penser. Un réflexe conditionnel pour pouvoir continuer à avancer, pour pouvoir vivre sans tomber à genoux… Devant ce corps inerte, résonnait dans ma tête embuée cette formule maladroite et égoïste : « que serais-je quand je ne serais plus ? ».
Je me rappelais de la force de cet homme qui, cinquante ans durant, s’était usé le corps à travailler la terre, l’arpentant, la retournant, la semant de ses mains et en récoltant les fruits, cette force physique, qu’était-elle devenue ? Je me rappelais de la voix de cet homme, puissante, grave, qui ne souffrait pas de comparaison et qui lorsqu’elle s’élevait occultait toutes les autres. Cette voix qui avait résonné haut et fort aux temps sombres de l’histoire, alors qu’autour on courbait le dos par lâcheté, par facilité, par profit. Cette voix qui avait dans un murmure sublimé la fraicheur des églises… Qu’était-elle devenue ?
Mes pensées tourbillonnaient, les souvenirs se superposaient les uns aux autres sans trêve, ne laissant qu’une impression vague, la persistance floue d’une esquisse maladroite et un gout âcre dans ma gorge. Ces réminiscences s’intriquaient de questions, d’essais infructueux de ma conscience à s’imaginer n’être plus, d’approches stériles d’un néant que je désirais appréhender, d’une douleur qui se développait dans mes entrailles face à la vacuité de ma volonté, d’un bourdonnement dans ma tête qui ne se résignait pas…
Je vacillais sous les coups répétés portés à mon esprit quand la lumière disparut soudainement. Le corps parcouru de frissons, je m’écroulais, le visage rouge et mouillé de mes larmes hoquetant sur le linceul de mon grand-père.

By Dawi
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...