Aujourd'hui, mon enfance est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. Je n'ai reçu ni télégramme ni aucun faire-part. Comme on n'a plus d'amis commun elle et moi, c'est bien que ce soit moi qui l'ai tuée, sinon je n'aurais peut-être jamais su qu'elle était morte.
C'est bizarre de tuer quelqu'un qu'on aime. Je ne sais pas si je dois porter le deuil, me vêtir de noir, être triste, ou si je dois célébrer la réussite de mon dessein. Il est des victoires qu'on ne saurait récompenser.
Je me souviendrai d'elle.
On ne s'est pas toujours aimés elle et moi.
Mon enfance était belle, le regard triste. Un sourire à peine esquissé, comme si elle se moquait de vous.
Nos débuts avaient été assez simples. Nous avancions main dans ma main, ne nous posant aucune question. Mais nous avons essuyé bien des larmes ensuite. Devenue lunatique, elle passait du sourire aux pleurs à une vitesse déconcertante.
Jeunesse tarée, elle a revêtu des masques immondes, m'a méprisé, m'a torturé. J'ai même tenté de la quitter un jour. C'était au-dessus de mes forces. On ne quitte pas ce pourquoi on a toujours vécu si facilement. Et puis, il faut le dire, j'avais besoin d'elle, qu'elle me materne, qu'elle me câline, qu'elle me chuchote des « Je t'aime » à l'oreille.
Je crois bien que ces derniers temps elle n'aimait pas ce que j'étais en train de devenir. Elle se sentait trahie. Elle qui m'avait fait élève appliqué et assidu, qui m'avait élevé dans l'amour de Dieu et des Hommes me voyait changer, me dresser contre ce qu'elle m'avait inculqué. C'est que moi, j'avais appris de ses erreurs, des erreurs qu'elle, refusait de voir.
Aujourd'hui, mon enfance est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. Des coups de mots l'ont tuée. Des mots tranchants et longs comme des poignards. Je les avais préparés depuis bien longtemps, le crime était prémédité. Lorsqu'il a été temps, je les ai lentement sortis de leurs étuis.
Je n'ai pas frappé de suite, j'ai pris tout mon temps, ai inspecté mes instruments consciencieusement, en ai aiguisés même un qui paraissait émoussé.
J'ai regardé mon enfance droit dans les yeux, l'ai prise dans mes bras, et l'ai frappée dans le dos comme je lui récitais mon oraison.
Même morte, elle portait le même sourire espiègle. Même les yeux fermés, elle pleurait. Moi aussi.
Vous lirez par-ci par-là qu'une jeunesse, ça se tue en faisant l'amour, en prenant une cuite, en fumant une barre de shit.
Mon enfance était plus forte que tout cela.
Mon enfance méritait de crever comme un chien, je lui devais bien ça.
J'ai un peu mal depuis, je crois qu'elle faisait partie de moi.
On s'est trahis, mon enfance, pardonne-moi, repends-toi et repose en paix.

Minorite_
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...