L'aigle noir
Mardi, 01 Mars 2011 00:00
A.
Samedi, je regardais "n'oubliez pas les paroles", la merde pseudo-musicale de Nagui. Jusque là, on s'en fout. Ils ont chanté l'Aigle noir. Puisque ça parle d'inceste, le bien-pensant présentateur a cru bon d'appeler un éventuel enfant victime d'inceste à parler, à sortir du silence. Ce qui n'est pas, non-non, hypocrite du tout à genre 22 heures.
Ce qui est quand même un peu facile à dire. Je crois sincèrement que quelqu'un qui ne l'a pas vécu ne pourra jamais comprendre ce que c'est. L'avantage, quand tu l'as vécu, c'est que tu apprends que toi-même, tu ne peux pas comprendre les vrais malheurs des autres. Tu peux imaginer, mais comme tu vois l'incompréhension de ceux qui en parlent, tu conçois ta propre impuissance à comprendre les autres. Déjà, toi-même, tu as du mal à te comprendre. Tu as du mal à comprendre pourquoi tu n'as jamais pu, ni même envisagé, de porter plainte. Tu comprends pas pourquoi tu l'aimes encore, celui qui t'a fait ça.
Moi, c'était mon père. Entre mes trois ans et mes six ans, comme ma mère l'avait quitté et qu'il n'avait personne d'autre à taper et baiser, il a dû penser que j'étais un trou et punching ball acceptable. Depuis, je mens à chaque fois que la question de mon dépucelage vient. Mais je souris à chaque fois en imaginant le malaise des gens si je répondais :
"Moi ? J'ai sucé ma première bite à trois ans."
Je souris à chaque fois qu'un politicard de merde s'insurge contre le tourisme sexuel en Thaïlande. Ca existe aussi en France, hein. Je souris quand j'entends les discours qui parlent des victimes de viol au féminin. Je m'amuse souvent à choquer, mais jamais avec ça. Ca, je ne peux pas.
En fait, je mens, là. A moi-même comme je mens aux autres. Forcément, c'est classique, j'avais le choix entre devenir abstinent et baiser à tout-va. J'ai pris la seconde option. Celle-là, je peux choquer ouvertement avec. Parce que les gens pensent juste alors que je suis un pédé crade. Je ne suis pas un pédé crade. Le plus honnêtement du monde, je suis même homophobe. C'est injuste, je sais. Quand je réflechis, je sais bien que je fais un amalgame à la con, et je vomis Vanneste qui en fait un argument politique. Mais au fond de moi, soyons honnêtes, je hais tous les mecs qui sont passés par mon cul. Ou qui auraient pu. Ou dont j'aurais voulu qu'ils le fassent. C'est moche.
Essayer de rejouer la situation qui m'a échappé quand je ne maîtrisais rien. Je ne m'étendrai pas : tout le monde sait ça. Enfin j'espère. Du coup, c'est un miracle que je n'aie pas le VIH. (La capote dans une boîte à baise dégueulasse et anonyme de Paris ? Mon père n'avait pas de capote.) Du coup, j'ai aussi vachement peur de faire mal aux femmes avec qui je couche. Je n'arrive que difficilement à croire qu'elles soient d'accord. En fait, j'ai un mal fou à aller vers les femmes.
J'ai grossi. Surtout, ne jamais être désirable. Cachons nous derrière barbe et cheveux. Cachons nous derrière chemises un peu ringardes et grande gueule outrancière. Cachons nous derrière la haine du monde. J'aime les gens. Je voudrais qu'ils m'aiment. Mais la personne qui m'a fait le plus de mal aussi, je l'aime. Et il m'aime. Si mal.
Ca aussi, les quelques personnes à qui j'en parle, ne comprennent pas. J'aime sincèrement mon père. C'est un connard, je le sais. Mais inconditionnellement, je l'aime. Quand il mourra, bien sûr je serai soulagé. Mais dévasté. Dévasté sans doute de n'avoir jamais eu de père qui m'aime comme tel.
Quand t'es petit, même quand tu ne l'es plus, tu le vis super mal cette injonction permanente de briser le silence. Pour envoyer mon père en prison ? Pour qu'il se suicide de honte ? Pour avoir sa mort sur la conscience ? Tu le ferais, toi ? Pour que tout le monde sache ? Pour te "reconstruire", il paraît. Genre c'est possible. Tu ne te reconstruis pas, tu vis avec. Ou tu vis contre.
Je sais, j'ai été un peu fouillis. Je t'ai dit : je ne me comprends pas moi-même. Pas tout à fait. Mais s'il te plaît, quand tu parles de ce que tu ne connais pas, évite de donner des ordres à ceux qui le vivent. Merci.

By A.
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...