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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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L'autre

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La situation n'est pas encore réglée.

L'inertie est présente et les salariés se sentent de moins en moins concernés par leurs voisins de bureau ou leurs collègues de plan de travail. Il est vrai que bien des paramètres ont évolué depuis la première version de ce plan de licenciement. Je suis résolument poussé dehors, je ne veux plus insister, usé par tout un système, un fonctionnement avec lequel je ne veux avoir absolument aucun point commun. Il existe une force de l'habitude permettant, jour après jour, de réaliser ses tâches, mécaniquement, comme si rien ne se passait, comme si rien n'avait été annoncé et comme si rien n'arrivera. Je ne sais s'il s'agit de professionnalisme ou d'inconscience sourde.

Certains ou certaines ont sauvé leurs têtes. Il y a des plus de cinquante ans qui respireront encore quelques années. Leurs prochains mois seront sombres, noyés par l'inquiétude du nombre de trimestres non atteints avant la retraite. Est-ce un réflexe de surie pour les cinquantenaires? La Société prépare cela, tout est inscrit. Il faut courber l'échine après un âge, dit limite, et prier pour ne pas risquer de se mettre dans la difficulté financière dans la dernière ligne droite vitale.
Plus encore dans cette entreprise abjecte à sa tête, ceux qui se sortiront de la liste auront gagné l'obligation d'être corvéables. Si ta tête a été sauvé, il faut que tu comprennes que désormais, t'as intérêt à filer droit et à oublier de réfléchir. Sans compter les petits chefs de services, aigris, n'ayant pas réussi à se débarrasser des mauvais profils. Les futurs traitements humains seront désagréables.

Je les plains, je ne veux pas leur ressembler. Jusqu'à quel point ont-ils le choix?

Il n'y aura pas de pot de départ. Plus de trois mois après les premières annonces, presqu'un an après les premiers doutes, je ne vois plus que ce salaire qui tombe comme une vengeance personnelle. Allez-y, payez jusqu'au bout, je ne vous donne plus rien, j'ai la satisfaction de vous voler le taux horaire qui est le mien. C'est ainsi. Quelques uns d'entre nous, de ceux qui sont à part, calculent les quantités de mains à serrer au moment venu. Le volume de saluts amis diminue comme neige au soleil, une véritable peau de chagrin.

Le départ sera rapide, sans aucun regard en arrière. Dire que j'avais une certaine appréhension quant à être capable de faire le deuil de cette expérience, c'est enfin risible. Il n'y a presque plus d'amertume.

Je devrais être plus sage, plutôt apaisé mais je n'y arrive pas. Chaque journée est une véritable purge, une torture au lever, un itinéraire aller désolant. Je continue de m'insurger, de m'énerver, de réagir. Des sentiments négatifs, noirs m'emplissent parfois. Il ne s'agit pas de tristesse mais de haines criardes. Je crie vengeance intérieurement. Je nie toute possibilité de compassion, de compréhension, et sûrement pas de pardon. Celui-ci passerait sous un bus que je ne sourcillerais pas un instant, celle-ci finirait seule et sans le sou que mon regard serait encore rouge. Et les autres. Je penserais bien fait pour ta gueule, ce n'est que justice, tu n'as que ce que tu mérites, tant mieux.

Comment en arrive t-on à de telles extrémités ? J'ai été bien éduqué, j'essaye de respecter et d'apprendre à mes enfants le ne fais pas à autrui ce que tu n'aimerais pas que l'on te fasse. Mais dans ce cas là, je pense n'avoir rien fait à autrui, donc je ne perds pas mon âme. Sur l'échelle de la bienséance, où se placent ceux qui sont à la frontière d'espérer le mal pour d'autres au lieu de simplement les oublier ? Je ne suis pas un justicier, je n'ai pas à l'être. Pourquoi ces personnes ont-il la possibilité de jouer avec la vie des autres sans exprimer d'hésitation et d'humanité ?

Je m'octroie ce droit d'inhumanité face à ces mauvais rôles d'un scénario détestable.

Derrière tout cela, je crois que je suis en fait totalement utopiste ou foncièrement religieux en croyant au jugement dernier. Qui plus est, j'aimerais pouvoir avancer la date procès.

Cette expérience, trop longue, qui ne veut pas s'achever, me transforme en un être que je connais pas.

 

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By Sapiens

Qui suis-je ? Qu'en sais-je. Troisième blog en 6 ans, toujours des envies au milieu d'absurdités. Un profil non simple. Et tant mieux.

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Belam 02-04-2010 01:12:58

Texte qui met mal à l'aise car à la fin, il "supprime le statut " de victime au profit de "prochain bourreau"...

Mais j'ai bien aimé cette franchise. Elle est tres humaine.

Je crois aussi au jugement dernier. Et j'y crois fermement...
Rolanda Bibine 02-04-2010 11:27:18

La fin est surtout extrêmement honnête et tellement normal quand on souffre d'une situation qui nous semble injuste. Malheureusement, je ne crois pas au jugement dernier mais comme j'aimerais... cela m'enlèverait mes pulsions de vengeance !
  sapiens 02-04-2010 19:15:10

Je ne sais pas encore si on apprend ou on désapprend à vivre ces moments là.
C'est curieux, désagréable.
Mais oui, ce sentiment, finalement, c'est l'envie de vengeance.
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