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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Les pleurs des hommes 1999: 19 ans

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Note de Sand: Chulie sème des petits cailloux sur son blog. Petit poucet des sentiments, des instants figés, et de jolies choses, elle retrouve sa route, année après année, caillou après caillou. A lire absolument sur son blog.


Lourds, déchirants, bruyants, perdus, indécents. C'est un homme qui vient de perdre son père et qui pleure dans les bras de son cousin, dans une basilique chalônnaise. Je me détourne, fascinée par cette douleur, car déjà il faut se lever, marcher parmi les vivants. Je ne pleure pas.

Un froid vendredi soir à la gare. Il est venu me chercher. Avec cet embarras qui nous est coutumier, nous nous installons dans la voiture. Il me souffle que le secret que maman a dévoilé est presque plus dur à supporter que la mort de son père. Il s'essuie les yeux, tourne la clé de contact, démarre. Je me détourne contre la vitre passager, je ne pleure pas.

Printemps. Je viens de passer la moitié de mon week end à faire le ménage dans le nouvel appartement que nous partageons tous les trois. Je suis fatiguée, à bouts de nerfs. Mon frère me cherche des poux. Une violente querelle éclate, mon père s'interpose, je me réfugies dans la salle de bain. Il se jette à mes pieds, il hurle que personne, personne ne doit pleurer dans cette maison. Je me dégage de son étreinte, je me détourne, ce n'est pas moi, qui pleure, là.

Visite de maman à ses enfants. Mon père s'échappe quelques minutes de son bureau pour venir la saluer, ils sont restés en bons termes après tout. Au moment des adieux, il se penche pour l'embrasser, geste habituel, elle le regarde, elle lui dit « non, plus maintenant » et ferme la porte sur elle. J'ai assisté à toute la scène depuis ma chambre, il me prend à témoin, sa gorge se noue, ses larmes pointent, mais qu'est ce qu'il a, bordel, à chialer tout le temps ? Il ne peut pas se faire une raison ? Est ce que je pleure, moi ? Non. Alors !

Septembre. Nous venons de faire l'amour, c'est la première fois pour moi. Il est comme je l'avais espéré, tendre, doux, prévenant. Il me prend dans ses bras, il frissonne, et tout à coup il pleure. Ce n'est pas pour la romance, ni pour marquer cet instant, c'est comme ça. Et comme moi aussi j'ai le cœur gonflé de tendresse à éclater, je me retourne contre son épaule, et je joins mes larmes aux siennes.

Enfin.

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By Chulie

Commentaires
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Alecto 08-03-2010 23:40:36

Brrr j'en ai des frissons de ton texte...merci Chulie.
Manu 09-03-2010 10:20:51

C'est aussi beau qu'ambiguë. Très étrange et déroutant.
sand 09-03-2010 11:20:24

j'en ai lu un, puis deux, puis trois....

et je n'ai plus pu m'arrêter...
j'ai beaucoup aimé dans celui ci cette exquise fragilité, cette espèce de pudeur tendre...

Faut lire Chulie, vraiment
Belam 09-03-2010 11:28:21

les cailloux de Chulie....
une claque...
Millie 09-03-2010 13:46:14

pfffffffou trouve pas de mots. très beau...
Rolanda Bibine 10-03-2010 10:50:46

Mécanisme complexe les larmes, de tristesse, de joie, de rire, de compassion et celles qui ne viennent pas...
  Chulie 10-03-2010 13:22:33

Merci, tout le monde, vraiment, merci.

Et surtout à Sand pour avoir choisi celui ci, c'est un de mes cailloux préféré.
  sapiens 11-03-2010 18:52:17

Merci pour ces références et les liens qui en découle. ça me résonne fortement comme un écho. C'est vraiment bien.
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Auteur de cette article : Chulie

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