Tu t'appelles Ana. Ana Angèle Raymonde. Nous t'avons donné pour seconds prénoms, ceux de nos grand-mères. Je n'ai pas connu la mienne, mais mamie Jacky pourra t'en parler. Elle te dira combien elle était généreuse et emplie d'amour. Cela nous a suffit pour avoir envie de te donner son prénom. Raymonde était la grand-mère de ta maman Maou. Un jour, elle te racontera les souvenirs qu'elle a de cette grande dame, tu verras, c'était une mamie d'amour aussi, de celle que l'on rêve tous d'avoir.
Dans certains contes, des fées se posent sur les berceaux pour offrir aux nouveaux nés des dons, des qualités. Nous, nous avons posé au-dessus de ton berceau les prénoms de deux femmes aimantes, douces et généreuses pour que ta vie soit pareille, ma petite Ana, au-delà de nous.
Tu es et tu seras ma chérie, regardée comme étant la petite fille aux deux mamans. Il y eut bien avant toi, il y aura bien après toi, de petites filles, de petits garçons regardés comme une petite fille noire, un petit garçon rom, une petite fille arabe, un petit garçon pauvre, aveugle, handicapé, sans papa, sans maman, gaucher, boiteux, tordu, cancéreux, bégayant, muet, vert, rouge ...
Mais, au moins, tu auras cet avantage sur les autres, ma petite Ana, les « Affreux » s'élimineront d'eux-mêmes. Ainsi, ceux que leurs parents auront malheureusement trop pollués, trop gangrenés par cette affreuse dégénérescence de la bonté enfantine en un racisme primaire, ceux-là passeront leur chemin. Et ton amitié, ainsi préservée des bassesses que les adultes lèguent à leurs progénitures, ira à ceux qui, comme toi, nous l'espérons, seront généreux, libres et altruistes.
Sur tes mamans, tu entendras peut-être des vertes et sûrement des pas mûres, comme l'idée qu'il vaut mieux que tu aies deux mamans que des parents alcooliques, violents, drogués et j'en passe. Il faut que tu saches que nous ne sommes ni des mamans de seconde zone, ni des mamans en soldes, et encore moins des mamans du type « c'est toujours mieux que ... ».
Nous sommes, au contraire, des mamans toutes entières qui ont réfléchi durant six longues années avant de nous lancer dans cette aventure, ton aventure, notre aventure. Je ne sais pas si beaucoup de parents réfléchissent à ce qui arriverait à leur enfant si l'un d'eux venait à mourir. Nous oui, car si je devais mourir, ta maman Maou n'aurait aucune légitimité pour te garder. Je ne sais pas si beaucoup de parents réfléchissent à qui aurait à prendre une décision médicale urgente. Nous oui, car s'il t'arrivait quelque chose, ta maman Maou n'aurait aucune légitimité pour te faire opérer. Je ne sais pas si beaucoup de parents réfléchissent à qui ira à une assemblée de parents d'élèves pour leur enfant, nous oui, car ta maman Maou n'a pas la légitimité d'être parent d'élèves. Elle n'est ni sur ton livret de famille, ni sur ton passeport, ni sur ta carte d'identité, elle n'est nulle part dans tout ton univers administratif et pourtant, partout dans ton univers affectif. Il y a là, une injustice qui est intolérable. Notre société réduit la légitimité d'être parent à une affaire de sexualité. En effet, je ne connais pas de parents « hétérosexuels » qui aient eu besoin d'aller au commissariat pour répondre à un « interrogatoire » sur son histoire de couple, sur ses façons de voir l'éducation d'un enfant et autres, tout ça en vue d'une demande d'autorisation de délégation parentale.
Aujourd'hui, je refuse pour toi, ma petite Ana, ce mot d'homoparentalité comme j'ai refusé autrefois en rencontrant ta maman Maou, le mot d'homosexualité. Aujourd'hui, je me sens simplement comme tout autre : parent, comme autrefois je me suis simplement sentie amoureuse. Par contre, je conserve plus que jamais, le mot de parentalité et le grave comme un plastron indéfectible au devant de notre famille. Car oui, nous formons toutes les trois, une famille, envers et contre tout.
Chaque jour, ma chérie, je m'étonne avec bonheur de te voir avec nous. Je m'étonne que tu aies réussi à franchir tous ces obstacles pour arriver jusqu'à nous. Je ne parle pas seulement de ceux de la nature ou du temps, je parle aussi des obstacles sociaux et familiaux. Et chaque jour ou presque, moi qui n'avais jamais prié auparavant, je remercie ici et maintenant, l'entité qui t'a permise de venir parmi nous, quel que soit son nom.
Ta maman.

By Agrippine de la Mancha
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Ohhh… - Juste :
pas rien. - merci.
Découverte totale !
Dur exercice, mais entre deux pontes,...
J'avoue avoir un gros faible pour les...
.... ohhh la mauvaise foi du narrateu...
Pour tomber le manteau, faudra attend...
C'est bon je suis prête aussi : j'ai...
Le jeu de mot c'est "le fanta sai...