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S'envoyer en l'air, les pieds sur terre

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Poker

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Coup d'éclat. Coup de poker. Coup de folie. Jeter les cartes sur la table, désinvolte, hausser les épaules, comme si rien n'avait d'importance. Feindre l'indifférence, tenter de posséder l'autre, le défier en montrant un jeu faussé. Forcément. Battre à plates coutures la réalité, celle qui s'annonce, toute nue, fragile. Lui opposer un spectre brillant, larmes étincelantes et crocs à peine limés. Paraître celle qu'on n'est pas, qu'on n'est plus, qu'on n'a jamais été.


La plupart du temps, la construction d'un personnage suffit à satisfaire la petite curiosité des gens. Savoir faire. C'est exactement ça : se découvrir le don. Actrice. Être une grande actrice. Savoir faire les larmes, faire les sourires. Faire la vie en plus grand, en plus noir aussi. A partir de l'instant, du moment où tout bascule, où le danger d'être découverte point, composer. Ne plus seulement être.


Faire mieux qu'être soi. Être soi, ce n'est pas suffisant. Règne absolu et sans partage de l'humide. Une sorte de mousson de larmes. Perpétuellement, elles sont là, tapies, attendant leur heure. Elles ne veulent qu'une chose: qu'on ouvre un peu la porte, qu'on leur laisse le champ libre. De l'effacement, passer à la solitude. Pas pour le plaisir d'être seule, pas juste pour ça. Seule avec elles. Les découvrir, les apprivoiser. Dans toute leur diversité, dans leur biotope continuellement enrichi, à toujours se surprendre. Quelquefois, grosses, rondes, larmes molles, un peu paresseuses, un peu se traînant... Des larmes faciles, un peu trop premier degré, de celles qui passent leur existence sans laisser de traces, un peu futiles, un peu inutiles. Celles là, elles viennent comme elles sont, par excès de fatigue, par lassitude. Elles s'avachissent sur les joues, elles viennent taquiner un peu le coin des lèvres, mais sans plus.


Parfois, elles déboulent comme des furies, guerrières, bousculant tout sur leur passage, piquantes, exigeantes. Un flot impérieux, vagues d'écume, bouleversantes. Épuisantes. Éreintantes. Spasmatiques. Elles vous prennent là, au bord , et ne vous lâchent que quand elles sont à bout de vous, quand elles ont réussi à vous écoeurer , à vous donner la nausée. Elles usent de vous jusqu'à la lie, elles ne prennent pas seulement en otage vos canaux lacrymaux, mais l'ensemble de votre corps : vos épaules se raidissent, votre ventre se noue, votre thorax se soulève, hoquette. Elles ne vous laisseront tranquille qu'une fois qu'elles vous auront lessivé, essoré, vidé.


Souvent, elles coulent sans y penser, comme on ouvre un robinet : débit régulier, sans effort apparent, sans déclencheur précis évident que la simple libération mécanique de fluides internes.

 

Réagir dans l'excès, prendre en otage les éventuels témoins, les tenir sous son joug, les forcer à dire, à excuser, à donner.

Vouloir ne rien ressentir. Ni haine, ni amour, ni rien de ce qui fait l'essence humaine, et qui se termine toujours de la même façon : souffrance. Comprendre à quel point les émotions peuvent être des armes, à retourner contre soi, à utiliser contre les autres. S'inventer d'autres vies, se réfugier dans des scènes imaginaires, allumer des projecteurs sur ce que que l'on peut, veut, doit vivre. Apprendre doucement que les larmes, comme les sourires, peuvent être factices ou réelles, mais que toujours elles ont un impact. Qu'il est facile de tromper l'autre et de lui faire croire des choses, des fantasmes, des vies rêvées. Parce que souvent, on ne veut percevoir de l'autre que ce qui nous arrange. Il est rare de creuser jusqu'à l'essence d'un individu, jusqu'à la petite créature perdue entre les contradictions, les faux semblants, les habits de lumière, la théâtralité. Ces fossoyeurs de l'âme, on n'en rencontre pas souvent dans sa vie, qui vous mettent à nu, complètement, ôtent les fards, déshabillent vos mensonges.


Sentir le pouvoir de la conteuse, celle qui de deux mots posés sans presque y penser vous construira un mythe à dormir les yeux grands ouverts, à farfouiller au coeur des individus, à relier par mille fils invisibles des mots de rien, ... Pousser à son paroxysme le délire : le mensonge n'en est plus un puisqu'on y croit tellement fort. Le rendre tangible à force de persuasion. Tromper son monde, pour en retirer l'assurance.


Et pourtant...
Bluffer... Risquer.
Et si le plus sûr était de faire tapis, vraiment ?

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By Sand

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sand est membre de Voldemag depuis le Mercredi, 25 Février 2009.

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